Togo : Une femme plaide pour la reconnaissance des soins non rémunérés et des charges familiales partagées

| février 5, 2024

Téléchargez cette nouvelle

Nouvelle en bref

Akofa Amagnon est une mère de trois enfants qui a décidé de fermer sa boutique, car ses travaux domestiques étaient trop exigeants. Maintenant, ses tâches ménagères occupent la majeure partie de son temps. Selon elle, les hommes devraient partager les tâches ménagères et honorer les femmes pour la prestation de soins non rémunérée. Tchilalo Anastasie Sosso est facilitatrice pour le compte du projet d’une ONG togolaise sur la violence basée sur le genre. Madame Sosso affirme qu’au Togo : « De plus en plus d’hommes, surtout ceux qui sont instruits, assistent leurs femmes dans les tâches quotidiennes. Les attitudes changent peu à peu. » En attendant, madame Amagnon travaille à éduquer ses enfants pour s’assurer que le partage des travaux domestiques devienne une réalité. Elle déclare : « J’apprends déjà à mon fils ainé que les travaux domestiques doivent être partagés entre les filles et les garçons. »

Il est très tôt et la ménagère Akofa Amagnon emprunte un petit sentier avec quatre cuvettes vides sur la tête. Madame Amagon se rend au forage du quartier situé à 500 mètres de sa maison pour puiser de l’eau. Elle habite à Elavagnon, situé à une soixantaine de kilomètres au sud d’Atakpamé au Togo. Elle déclare : « Je dois garantir que la jarre que nous utilisons pour conserver l’eau est remplie chaque matin pour satisfaire les besoins quotidiens de ma famille. Ensuite, je balaie la cour, je fais la vaisselle et la cuisine et j’accompagne mes enfants à l’école. »

Madame Amagnon est mariée et mère de trois enfants. Elle gérait une boutique et devait garder l’équilibre entre les travaux domestiques et la gestion de son commerce. Mais cette année, elle a dû fermer son commerce à cause des quatre navettes journalières qu’elle doit faire chaque jour pour accompagner le benjamin de la famille qui vient d’être scolarisé.

Madame Amagnon déclare : « Je ne sais plus combien d’heures par jour je passe à prendre soin de ma famille. » Elle ajoute que ses travaux ménagers prennent presque tout son temps. Elle déclare : « Je suis la première à me lever et la dernière à me coucher. »

Tchilalo Anastasie Sosso est facilitatrice du projet d’une ONG togolaise pour la lutte contre les violences basées sur le genre. Madame Sosso affirme que le travail non rémunéré des femmes inclut toute activité qu’elles accomplissent pour l’entretien de la famille ou toute activité qui apporte un bien-être à la famille, sans une rétribution financière en contrepartie. Il s’agit des travaux domestiques comme les soins des membres de la famille et les tâches ménagères comme la cuisine, la vaisselle. Elle estime que ces travaux domestiques sont exclusivement délégués aux femmes au Togo à cause des idées reçues de l’éducation traditionnelle. Elle dit : « Depuis tout petit, on apprend à la fille à faire la cuisine et pas les garçons. »

Madame Amagnon souhaite que ses efforts non rémunérés soient reconnus. Elle croit que les hommes doivent aider leurs femmes pour des tâches, telles qu’amener les enfants, et qu’ils doivent aussi les encourager pour tous les soins que les femmes apportent au bien-être de la famille. 

Alika Passinda est enseignant au CEG d’Elavagnon et habite dans le quartier Kossi Kope. Il reconnait que son épouse joue un rôle considérable pour la bonne marche du foyer. Il soutient qu’elle s’occupe des travaux domestiques, ce qui lui laisse le temps de s’occuper de ses activités professionnelles. Mais, il aide souvent sa femme en lavant les enfants ou en les gardant pendant que madame est occupée à la cuisine.

Madame Sosso soutient que les hommes peuvent contribuer à la reconnaissance de la valeur des travaux domestiques des femmes, mais que cela passe par la sensibilisation concernant la façon dont les époux peuvent partager les travaux domestiques. Son ONG continue de sensibiliser les hommes, afin qu’ils aident davantage les femmes. Elle déclare : « De plus en plus d’hommes, surtout ceux qui sont instruits, assistent leurs femmes dans les tâches quotidiennes. Les attitudes changent peu à peu. »

Madame Sosso affirme que le travail non rémunéré des femmes est sous-estimé et non reconnu dans les familles malgré son apport important au fonctionnement et au bien-être de la famille. Elle estime la valeur financière du travail non rémunéré des femmes au Togo entre 10 000 FCFA et 40 000 FCFA (environ 16 à 66 $ US) par mois.

Elle explique : « C’est le salaire moyen des aides ménagères. Cette somme est dérisoire, car toutes les tâches ne sont pas prises en compte. Il y a des choses qui n’ont pas de prix comme les soins qu’on apporte aux membres de sa famille. »

Elle déclare que l’étude d’une ONG estimait qu’une femme au foyer consacre jusqu’à 20 heures par semaine pour les travaux domestiques contre 12 heures pour les hommes.

Madame Sosso estime également que les femmes qui abandonnent leurs occupations professionnelles pour s’occuper de la famille doivent être déclarées dans une caisse de prévoyance sociale afin qu’elle puisse bénéficier d’une pension de retraite.

En attendant, madame Akofa Amagnon met l’accent sur l’éducation de ses enfants pour s’assurer que le partage des tâches domestiques devienne une réalité. Elle déclare : « J’apprends déjà à mon fils ainé que les travaux domestiques doivent être partagés entre les filles et les garçons. »

La présente nouvelle a été produite dans le cadre du projet « UCARE – Soins non rémunérés en Afrique subsaharienne » qui vise à renforcer l’égalité des genres et le pouvoir des femmes par un engagement pour un partage plus juste et équitable des soins non rémunérés et des travaux domestiques au sein des ménages et des familles en Afrique subsaharienne. Ce projet est réalisé en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI), ONU Femmes et le Réseau de développement et de communication des femmes africaines (FEMNET) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.


Photo : Amagnon Akofa à un forage public à Elavagnon, Est Mono dans le sud du Togo.