Burkina Faso : Faire sécher les fruits et les légumes pour moins de pertes après récolte

| septembre 3, 2026

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Nouvelle en bref

Sarata Ouédraogo se déplace d’un séchoir à un autre. Munie de gants, elle inspecte soigneusement la qualité des tranches de mangues éparpillées sur les claies. Le séchage des mangues aide les agriculteurs et les agricultrices de l’Association Paoline de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, à réduire la quantité de fruits gaspillée. De plus, des séchoirs de meilleure qualité permettent d’obtenir des revenus bien meilleurs. De récentes technologies permettent aux fruits et aux légumes de sécher plus rapidement, et améliorent ainsi la qualité et la propreté du produit final. Avec un séchoir Atesta ou un tunnel de séchage, il ne faudra souvent que 14 à 17 heures pour faire sécher environ 200 kilogrammes de produits. Sécher la même quantité au soleil requiert deux à trois jours. Même si les séchoirs exigent un important investissement, l’association des agriculteurs considère qu’ils valent la peine.

Dès les premiers rayons du soleil, Ouédraogo Sarata fait le tour des séchoirs. Les mains gantées, elle inspecte la qualité des tranches de mangues disposées sur les claies de séchage dans l’unité de transformation de l’Association Paoline, à Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du Burkina Faso.

Madame Ouédraogo déclare : « Transformer la mangue, c’est lui donner une seconde vie. C’est aussi permettre à plusieurs familles de subvenir à leurs besoins. »

En 1999, madame Ouédraogo a fondé l’Association Paoline, à Bobo-Dioulasso, la deuxième plus grande ville du Burkina Faso, située à environ 300 kilomètres à l’ouest de la capitale, Ouagadougou. L’association transforme et fait sécher les fruits et les légumes, notamment la mangue, la tomate, l’hibiscus, l’anacarde et le niébé. Aujourd’hui, elle compte 130 membres, dont la plupart sont des femmes.

Madame Ouédraogo déclare : « Avant, je vendais les fruits frais et je subissais beaucoup de pertes dues au pourrissement. Je me suis donc orientée vers le séchage. »

L’association a commencé par deux séchoirs solaires traditionnels. Aujourd’hui, son unité de transformation utilise trois sortes de technologies de séchage : des séchoirs solaires traditionnels, dix séchoirs Atesta et deux tunnels de séchage hybrides alimentés au gaz et à l’électricité.

Jetant un coup d’œil aux installations, madame Ouédraogo explique que les séchoirs solaires traditionnels se vendent entre 30 000 et 90 000 francs CFA. Cependant, elle affirme qu’un faible ensoleillement peut rallonger le temps de séchage à trois jours, voire plus, ce qui entraîne souvent une baisse de la qualité des produits.

Madame Ouédraogo déclare : « Parfois, les résidus de bois des supports de séchage se retrouvent dans le produit final. »

Selon ses explications, les séchoirs Atesta nécessitent un investissement plus important. En fonction du modèle et de ses fonctionnalités, le prix d’un séchoir Atesta varie entre 150 000 et 2 000 000 francs CFA, tandis qu’un tunnel de séchage coûte sept à quinze millions de francs CFA.

Malgré le coût très élevé, elle soutient que les nouvelles technologies ont un meilleur rendement.

Madame Ouédraogo déclare : « Ces systèmes améliorent aussi bien la qualité et la propreté de nos produits. Aujourd’hui, nous produisons chaque année plus de 60 tonnes de produits biologiques certifiés et plus de 200 tonnes de produits ordinaires. »

Avec un séchoir Atesta ou un tunnel de séchage, près de 200 kilogrammes de produits peuvent sécher rien qu’en 14 ou 17 heures. Il faut deux ou trois jours pour faire sécher la même quantité au soleil.

L’Association Paoline emballe ses produits séchés dans les sachets de 100 grammes, d’un kilogramme ou de trois kilogrammes, en fonction des besoins de la clientèle. Un sachet d’un kilogramme coûte 3 000 francs CFA.

La modernisation a également amélioré les conditions de vie des femmes qui travaillent dans l’association.

Madame Ouédraogo déclare : « Grâce à Paoline, je participe aux frais de scolarité de mes enfants et j’ai acquis une indépendance financière. »

Fati Barry travaille dans l’équipe de transformation qui pèle et découpe les mangues en fines lamelles avec une vitesse et une précision remarquables.

Madame Barry déclare : « Le séchage m’a permis d’acquérir un vélo, d’acheter des ustensiles de cuisine et surtout de participer aux charges familiales. Chaque femme ici a vu sa situation financière améliorée. »

Coulibaly Seydou, un technicien agricole qui accompagne l’association Paoline, explique la science derrière le processus de séchage.

Monsieur Coulibaly déclare : « Le séchage repose sur une déshydratation maîtrisée du fruit. Dans les fours de séchage, la température idéale pour les fruits et les légumes varie entre 45 et 65 degrés Celsius environ. »

Il explique que les fruits, comme la mangue et la tomate sont des produits très périssables. Lorsqu’il y a une forte production, les marchés peuvent être rapidement saturés, ce qui entraîne des pertes après récolte importantes. Le séchage transforme ce défi en une possibilité, car elle permet de transformer ces produits fragiles en des aliments qui peuvent se conserver pendant plus d’une année.

Toutefois, le séchage traditionnel à l’air libre comporte d’importantes limites.

Monsieur Coulibaly explique : « Si le soleil disparaît pendant plusieurs jours consécutifs, l’humidité reste piégée à l’intérieur du fruit, favorisant ainsi le développement des moisissures. »

Il ajoute que le séchage des fruits à l’air libre comporte également des risques graves pour la propreté des aliments. Les fruits sont exposés à la poussière, au vent, aux fientes d’oiseaux et aux fumées qui s’échappent des voitures. Les sucres naturels contenus dans le fruit attirent les insectes, les rongeurs et les animaux domestiques. De plus, les rayons ultraviolets détruisent les vitamines, tandis qu’un séchage trop lent, ou sous des conditions trop chaudes, fait que le fruit devient brun et perd sa couleur naturelle.

Bien que madame Ouédraogo soit convaincue que les tunnels de séchage fournissent de meilleurs résultats, elle raconte que les coûts énergétiques élevés demeurent un obstacle majeur.

Pour réduire ces coûts, l’Association Paoline teste actuellement un biodigesteur en guise de source d’énergie alternative avec le soutien de son partenaire, Biostar.

Selon madame Ouédraogo, la baisse des coûts d’énergie pour les entreprises de transformation locales permettrait de réduire les pertes après récolte, et 30 à 50 % de la production agricole au Burkina Faso sont perdus à cause de leur détérioration après la récolte.

Aujourd’hui, madame Ouédraogo est fière de contribuer à la réduction de cette perte. Partout où elle aperçoit des produits de Paoline exposés dans des magasins à Bobo-Dioulasso, elle sourit.

Madame Ouédraogo déclare : « Je sais que je fais une différence. »