admin | janvier 14, 2026
À Kati Radio à Zanzibar, les animateurs Mina Mohamed et Hassan Vuai Saburi commencent leurs matins avec un objectif simple : aider les communautés à protéger les environnements côtiers. Mme Mohamed déclare : « Je commence avec les pêcheurs, les mères et les jeunes, parce que c’est à eux que l’océan appartient. »
À travers la Tanzanie, les radios communautaires sont devenues des bouées de sauvetage. Dans le delta de Rufiji, envahi par les mangroves, des habitants comme Fakil Msumi écoutent quotidiennement.
M. Msumi explique : « Quand j’entends la radio annoncer de forts vents, je dis à mon peuple d’attendre. Je sais que la marée va monter. »
M. Msumi, pêcheur local, a appris d’abord grâce à la radio comment les mangroves protègent les habitations des tempêtes. Après que des inondations ont frappé les villages en 2024, il s’est joint à ses voisins pour replanter la côte de l’océan Indien. Aujourd’hui, il ne manque presque jamais Bahari Yetu, Maisha Yetu, Notre Mer, Notre Vie. Mme Mohamed ajoute : « La radio ne se contente pas de raconter des histoires. Elle suscite l’action. »
Des animateurs comme Evalilian Massawe de TBC FM transforment la science climatique en connaissances pratiques. Elle simplifie des sujets complexes pour les auditeurs ruraux, expliquant comment la coupe des arbres ou la cuisson au charbon de bois peut affecter le climat, et montrant aux familles comment s’adapter. Mme Massawe dit : « Parfois, le son raconte l’histoire mieux que les statistiques. Le craquement du sol, le sifflement des vagues, les gens comprennent à travers ce qu’ils entendent. »
La narration radiophonique inspire de vrais changements. Les agriculteurs se tournent vers des cultures résistantes à la sécheresse, les femmes adoptent la collecte d’eau de pluie et les jeunes se portent volontaires pour planter des arbres. À Zanzibar, Hussein Kombo, un pêcheur qui coupait autrefois des mangroves pour construire des bateaux, dirige aujourd’hui un groupe ayant planté plus de 10 000 plants.
M. Kombo raconte : « Avant, nous coupions les mangroves pour construire des bateaux. Quand j’ai entendu comment elles nous protègent des inondations, j’ai eu honte. »
Même en période de conditions météorologiques extrêmes, la radio communautaire diffuse des alertes vitales. Lors des inondations de 2024, les émissions précoces ont aidé les agriculteurs à récolter plus tôt et les éleveurs à déplacer leur bétail avant que les rivières ne débordent.
Mais gérer ces stations n’est pas facile. Beaucoup fonctionnent avec des financements limités, une électricité peu fiable ou du matériel ancien. Les animateurs comptent sur la créativité, les téléphones portables et les radios solaires pour atteindre les auditeurs. Mme Massawe dit : « Le journalisme climatique coûte cher, mais nous le faisons parce que ce sont des histoires qui comptent. »
Pour des experts comme John Mbise de l’Agence météorologique de Tanzanie, la radio communautaire est essentielle. M. Mbise explique : « Les gens n’ont peut-être pas de smartphone ou d’internet, mais ils ont toujours une radio. Quand les prévisions sont diffusées en langue locale, les communautés agissent vite et sauvent des vies. »
De retour à Rufiji, alors que la marée se retire, M. Msumi se branche à nouveau. Il confie : « Je pensais autrefois que le changement climatique était un problème pour les scientifiques. Maintenant, je sais que c’est aussi mon problème. »
Pour des animateurs comme Mme Mohamed et Massawe, ces petites victoires montrent le pouvoir de la voix, du son et de la narration pour construire des communautés résilientes.
Cette histoire est basée sur un article écrit par Kizito Makoye pour l’Interpress News Service, intitulé « How Community Radio Is Powering Tanzania’s Climate Resilience ». Pour lire l’article complet : https://www.ipsnews.net/2025/12/how-community-radio-is-powering-tanzanias-climate-resilience/
Photo : Amina Mohamed et Hassan Vuai Saburi, animateurs de la radio communautaire Kati Radio à Zanzibar, présentent une émission matinale pour sensibiliser les communautés à l’importance de protéger les environnements côtiers. Crédit : Kizito Makoye/IPS