Zimbabwe: Les eaux contaminées obligent les maraîchers et les maraîchères à changer de cultures et de techniques d’irrigation

| août 18, 2014

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Killian Moyo gagne sa vie grâce à la production de laitue, de carotte, de tomate et de chou. Il vend ses produits aux populations de Bulawayo. Toutefois, il a découvert récemment un grave problème. En effet, sa source d’eau d’irrigation est contaminée.

En mai 2014, la National University of Science and Technology du Zimbabwe a effectué des tests sur les sources d’eau dans la région de Nyamandlovu à Bulawayo. Les résultats des tests ont démontré la présence de bactéries et de métaux lourds dangereux pour la santé dans les eaux fluviales.

M. Moyo vit dans la région de Nyamandlovu. Comme la plupart des agriculteurs et des agricultrices locaux, il irrigue son lopin de terre à partir du fleuve Khami. Toutefois, lui et plusieurs autres agriculteurs et agricultrices d’exploitations agricoles ont reçu l’ordre de ne plus utiliser l’eau du fleuve pour irriguer leurs cultures. Si M. Moyo veut poursuivre ses activités, il devra trouver d’autres sources d’eau.

M. Moyo a été surpris et déçu par les résultats des tests. « Ce sont les pires nouvelles que j’ai jamais entendues. Le maraîchage c’est ma spécialité. Il faudra un miracle pour nous sauver de cette situation, » dit-il.

Les gens n’achètent plus ses produits. « Lorsque les gens ont appris que nos produits étaient contaminés, les prix ont chuté, et les gens évitent nos produits. Mes tomates pourrissent, faute d’acheteurs et d’acheteuses, » explique M. Moyo.

Une étude de la National University of Science and Technology attribue la contamination aux eaux d’égout brutes rejetées dans le Khami. L’étude estime que la moitié des eaux usées produites par les 1,5 million d’habitants de Bulawayo sont rejetées dans la rivière sans être traitées.

Fortune Musoni est le gestionnaire local du captage des eaux de l’Office national de l’eau du Zimbabwe. Il affirme qu’il faudra 100 ans au moins pour décontaminer la région. Il explique : « La situation est désespérée. Le fleuve et les puits de forage situés tout près sont touchés. Près de 200 agriculteurs et agricultrices qui utilisent cette eau pour irriguer leurs champs en sont également affecté(e)s, » explique Fortune.

Mexen Mpofu cultive également à Nyamandlovy. Comme il suspectait un problème avec l’eau du fleuve, il a mis en place un système d’irrigation goutte à goutte. Mais le système coûte cher et a grugé tous ses bénéfices.

« J’avais l’habitude d’arroser les légumes et à un moment donné, les feuilles jaunissaient. J’ai demandé conseil et on m’a dit que c’était l’eau qui posait problème. [Cependant] nous ne pouvons pas tous nous offrir l’irrigation goutte à goutte, » raconte M. Mpofu qui pense qu’il pourra récupérer l’argent qu’il a investi dans le système, étant donné qu’il bénéficiera d’une meilleure part de marché, vu que les autres maraîchers et maraîchères ne cultivent plus de légumes.

M. Moyo a demandé conseil auprès de spécialistes en eau, qui lui ont dit de cultiver plutôt du maïs et du blé. Mais il n’est pas satisfait. Il a compris que le maïs et le blé ne seraient pas touchés, car les agriculteurs et les agricultrices n’irriguent pas ces cultures, mais il s’inquiète du fait qu’il gagnera moins d’argent. Étant donné qu’il peut produire des légumes tout au long de l’année, le maïs et le blé sont récoltés seulement une ou deux fois par an. Il craint de devoir mettre à pied une partie de sa main d’oeuvre.

M. Moyo dit: « J’ai investi beaucoup d’argent dans mon lopin de terre. Je vais engager des experts en questions hydrauliques pour trouver une solution durable. Il doit y avoir un moyen de régler ça. Je pense à faire installer des systèmes de récupération d’eau ».