Vladmir Mzaca | juillet 8, 2013
Michael Ndlovu a dû prendre une décision difficile il y a quelques années. Cet agriculteur cultivait du coton à Gokwe, une petite municipalité rurale de la province des Midlands, au Zimbabwe. Mais il ne faisait plus de profits.
Gokwe, qui est à environ 250 kilomètres à l’ouest d’Harare, la capitale, est située dans l’une des parties les plus sèches du Zimbabwe. Autrefois, le coton assurait de bons revenus à la plupart des petits agriculteurs de cette zone.
Mais les choses ont changé au cours des trois dernières années. Les agriculteurs sont frustrés à cause des bas prix offerts par les acheteurs. Alors M. Ndlovu a décidé d’abandonner le coton et de se convertir à la culture du maïs. Il dit: « Le maïs est une meilleure option parce que personne ne peut me tromper. Je peux vendre des épis frais pour récupérer mon argent. » Bien qu’il ne gagne pas beaucoup avec son maïs, M. Ndlovu dit qu’il s’en sort.
Les cultivateurs de coton de partout au Zimbabwe se sont rencontrés plus tôt cette année et ont déterminé qu’ils avaient besoin de 85 centimes US par kilogramme pour faire un profit. L’année dernière, on leur a offert les prix les plus bas de toute l’Afrique australe, pour leur coton: 35 centimes US par kilogramme. Par contre, les cultivateurs de coton de la Zambie, du Mozambique et du Malawi n’ont pas été payés moins de 68 centimes US par kilogramme.
Brian Chireya cultive du coton dans la région depuis plus de dix ans. Une compagnie d’exploitation du coton a aidé M. Chireya à négocier un prêt auprès d’une banque locale. Il explique: « L’an dernier, je me suis rendu dans une institution de prêts où on m’a [prêté] 3500$ US pour acheter des intrants. Mais (…) on nous a offert des bas prix. Je me suis retrouvé en déficit, alors ils ont saisi certains de mes biens afin de réduire la dette. »
Comme il ne pouvait pas rembourser sa dette avec les recettes de la culture de coton, il a été obligé de vendre son bétail et son équipement agricole. Beaucoup de petits agriculteurs disent que les compagnies d’exploitation de coton conspirent pour les forcer à accepter des bas prix.
Sinikiwe Shonhe cultive aussi du coton dans la région. Après la mort de son mari, il y a sept ans, elle est devenue le soutien de la famille. Elle fait partie des cultivateurs de coton qui n’aiment pas les prix qu’on leur offre. L’an passé, elle a protesté en refusant de vendre son coton aux compagnies de transformation. Mme Shonhe dit: « Cela ne m’a pas aidée car certains autres agriculteurs (…) sont allés vendre leurs récoltes à des prix ridicules, dans notre dos. »
Le Chef Nemangwe est le leader d’un village de Gokwe Sud. Il pense que de nombreux agriculteurs ne font plus confiance aux compagnies d’exploitation de coton. Il dit: « La survie des égreneurs dépend de leur relation avec les gens et (…) à ce rythme-là, ils vont être forcés de fermer boutique. »
Morris Mukwe est le Sécrétaire Général de la Cotton Producers and Marketers Association du Zimbabwe. Il pense que certaines des plus grosses firmes forcent les compagnies plus petites à offrir des bas prix. M. Mukwe dit: « En tant qu’association, nous conseillons aux agriculteurs de chercher les acheteurs qui offrent les prix les plus élevés pour leurs récoltes. »
C’est la troisième année de suite que M. Chirey et d’autres agriculteurs de la région subissent l’effet des bas prix. Bien que certains abandonnent le coton à la faveur du maïs et d’autres cultures, M. Chirey continue d’essayer. Il compte donner une autre chance au coton, dans l’espoir que les prix s’améliorent.
Quant à M. Ndlovu, il sait que le maïs nécessite plus d’eau que le coton. Vu que les pluies sont faibles et sporadiques dans la région, les agriculteurs qui se convertissent au maïs n’ont pas la garantie d’une récolte exceptionnelle. Il l’admet volontiers, disant: « C’est une question de chance. »