Vladmir Mzaca | mai 23, 2016
Au Zimbabwe, les agriculteurs et les agricultrices de la province des Midlands vivent constamment dans la peur. La vie sur leur terre devient de plus en plus incertaine chaque jour qu’ils sont confrontés au risque d’être expulsés par les autorités.
Entre 2008 et 2013, 18 000 agriculteurs et agricultrices se sont installés dans les régions de Kwekwe, Gweru, Mberengwa, Zvishavane et de Gokwe-Nord et Gokwe-Sud au centre du Zimbabwe. Mais de faux agents et des chefs traditionnels ont distribué illégalement ces terrains.
Brian Taika est un ancien instituteur qui a quitté son emploi en 2009, après avoir trouvé une terre pour cultiver grâce à un de ces chefs traditionnels. Actuellement, il risque l’expulsion.
M. Taika affirme qu’il a quitté sa maison pour trouver une bonne terre à cultiver. Il a été déçu d’apprendre qu’il avait été réinstallé sur une terre du gouvernement. Il explique : « Je voulais à tout prix trouver une terre. Juste parce que nous nous étions mis à chercher une terre bien après la période de recasement agricole, il fallait ‘connaître quelqu’un qui connaissait quelqu’un d’autre’ [qui pouvait vous aider à trouver une terre rapidement]. Il a payé 5 000 $ pour avoir le nouveau terrain.
Cela fait longtemps que la terre pose problème au Zimbabwe. Entre 2000 et 2007, environ 14,5 millions d’hectares de terre ont été distribués en vertu du programme de réforme agraire. Ce programme visait à redistribuer les terres de propriétaires terriens blancs aux Noirs du Zimbabwe, mais le processus était souvent entaché de violence et excluait plusieurs personnes.
M. Taika exploite six hectares dans la région de Shurugwi, située à 100 kilomètres au nord de son ancienne demeure. Il affirme que sa plus grande déception par rapport à l’expulsion est qu’il a investi dans sa nouvelle terre, et l’expulsion entravera son rêve de devenir un producteur de pommes de terre prospère.
Il déclare : « J’ai creusé un forage à la main, et rien que le mois dernier j’ai également creusé des diguettes en courbe de niveau et des puits d’infiltration pour retenir l’eau. »
Talent Ndlhovu est un autre agriculteur de la région de Shurugwi. Il a hérité d’une terre après le décès de son père l’an dernier. Il soutient qu’il a d’abord eu des problèmes avec des responsables fonciers en 2014, quand sa famille s’est fait dire qu’elle s’était installée sur un parcours naturel. Sa famille a reçu des sursis temporaires jusqu’à présent, ce qui leur a permis de rester sur leur exploitation agricole.
Mais depuis que le gouvernement a émis l’avis d’expulsion, M. Ndlhovu a cessé d’investir dans sa terre. Il déclare : « Nous allons simplement attendre de voir ce que le gouvernement fera pour nous. Nous avons envoyé des lettres au ministre et c’est tout ce que nous avons pu faire. »
Certains des fonctionnaires qui ont réinstallé illégalement les agriculteurs et les agricultrices ont été identifiés et inculpés pour leurs crimes. M. Taila a découvert que la personne qui lui avait vendu le terrain s’était fait passer pour un chef du village. L’imposteur a reconnu avoir vendu illégalement le terrain devant le tribunal. Mais M. Taika et d’autres agriculteurs et agricultrices sont toujours confrontés à la réalité de perdre leurs maisons et leurs entreprises.
Il affirme qu’il continuera de travailler sur sa terre, mais à un degré moindre, juste pour avoir de quoi payer ses factures. Comme il a mis en valeur le terrain, il espère que le gouvernement va au moins dédommager les agriculteurs et les agricultrices consentants comme lui. Il ajoute : « Il se peut que ma fille aille à l’université l’an prochain, donc pour l’instant je vais juste cultiver pour notre propre consommation, question de nous en sortir tout simplement.
