Zambie : Des agriculteurs ont recours au gliricidia pour améliorer la fertilité des sols

| juin 11, 2023

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C’est une fraiche matinée, il est 10 h et le ciel est bleu clair. Un vent léger souffle et Josephine Tembo est occupée à inspecter son maïs qu’elle a cultivé en association avec un arbre appelé Gliricidia sepium. L’agricultrice de 53 ans observe les épis de maïs, toute souriante, car elle est certaine d’avoir une récolte exceptionnelle.

Madame Tembo épluche un épi de maïs sec provenant d’une tige voisine et chantonne joyeusement. Elle continue de vérifier le taux d’humidité des épis afin de savoir quel sera le bon moment pour commencer la récolte.

Elle déclare : « J’ai découvert les avantages de la culture intercalaire du maïs et du gliricidia en 2016 en écoutant Radio Breeze, à Chipata, ici en Zambie. Je l’ai testée la même saison agricole et la récolte a été très bonne. »

Madame Tembo est une agricultrice d’exploitation familiale qui vit à Kakumbi, un village du district de Mambwe, à près de 200 kilomètres de la ville de Chipata, dans la province de l’Est, en Zambie. Elle soutient que le gliricidia a considérablement amélioré la fertilité du sol de son exploitation.

Elle explique : « Lorsque nous ramassons les feuilles du gliricidia et que nous les enfouissons dans le sol, elles se décomposent et libèrent de l’azote qui favorise une croissance saine des cultures. Ses feuilles fournissent des engrais naturels et les agriculteurs qui plantent le Gliricidia sepium commencent à voir les bénéfices deux ans après. »

Elle ajoute : « Je plante les Gliricidia sepium en laissant un espace d’un mètre entre chaque arbre et cinq mètres entre les rangées d’arbres. » Elle alterne les rangées de Gliricidia sepium avec des rangées de maïs, et laisse trois à cinq mètres entre les rangées de gliricidia et celles du maïs.

Avant de se lancer dans la culture intercalaire du maïs avec le Gliricidia sepium, madame Tembo peinait à acheter les quatre à huit sacs d’engrais chimiques pour son champ de deux hectares, car cela coûtait très cher. Mais, maintenant, déclare-t-elle : « La forte dépendance aux engrais chimiques coûteux a disparu parce que j’utilise le gliricidia comme un engrais naturel pour restaurer la fertilité du sol. »

Les rendements exceptionnels font également que le mari de madame Tembo ne pratique plus le braconnage pour compléter leurs revenus.

Gloria Phiri est une agricultrice de 32 ans du district de Mambwe qui cultive également le maïs en association avec le gliricidia. Selon elle, en plus de rendre les sols plus fertiles, le Gliricidia sepium est une bonne source de bois de chauffe.

À l’instar de madame Tembo, madame Phiri a entendu parler du gliricidia à la radio. Elle déclare : « Le gliricidia est un arbre magique qui change la donne à cause des nombreux avantages qu’il offre tel que bois de chauffe. » Il pousse également vite, et arrive à maturité en trois seulement, contrairement à d’autres arbres qui peuvent nécessiter 25 à 30 ans.

Madame Phiri affirme utiliser aussi le gliricidia pour d’autres raisons. Elle explique : « Je n’utilise plus de produits chimiques pour tuer les charançons dans les lieux d’entreposage, mais j’utilise les feuilles du gliricidia qui ne sont pas nocives pour l’environnement. Je me sers également les feuilles pour lutter contre les chenilles légionnaires dans mon champ. »

George Sichinga est le chargé des communications de la Community Market for Conservation, ou COMACO. À ses dires, depuis 30 ans, son organisation encourage les agriculteurs et les agricultrices à planter du gliricidia sur leurs exploitations agricoles.

Monsieur Sichinga explique : « Les gliricidia aident à restaurer les éléments nutritifs qui ont diminué dans les sols. Cultiver cet arbre en plus de labourer au minimum permet de conserver des niveaux élevés de carbone dans les sols, ce qui améliore grandement la fertilité des sols. »

Bien que les gliricidia constituent une méthode moins coûteuse que les engrais chimiques pour fertiliser les cultures, monsieur Sichinga affirme que les recherches de la COMACO indiquent que les récoltes de champs où il y a des gliricidia sont légèrement moins importantes que celles des champs où des engrais chimiques sont utilisés. La différence est d’environ 10 %, mais cette petite perte de rendement et de revenus est largement compensée par l’argent que les agriculteurs et les agricultrices économisent en n’achetant pas d’engrais.

Il déclare : « Les agriculteurs constatent les avantages de l’agroforesterie qu’ils pratiquent avec les gliricidia. La demande pour cet arbre a augmenté. Jusqu’ici, les agriculteurs zambiens ont planté plus de 100 millions de gliricidia. »

Le gliricidia fait le bonheur de madame Tembo. Avec les récoltes exceptionnelles qu’elle a chaque année, elle parvient à subvenir aux besoins de sa famille.

Elle déclare : « Après avoir récolté le maïs lors de la dernière saison agricole, nous avons envoyé notre enfant à l’École secondaire Jumbe. Nous avons suffisamment de nourriture et nous sommes parvenus à ouvrir une petite boutique dans notre village où les gens viennent acheter des provisions. Nous n’aurions pas pu le faire dans le temps où nous achetions des engrais chimiques. »