Daniel Addeh | novembre 30, 2015
En cette période de récolte, Kossi Anani, sa femme et ses deux filles se rendent à chaque matin dans leurs potagers pour y récolter des oignons rouges pour la vente. Le maraîcher d’une trentaine d’année cultive en bordure de mer sur plus d’un hectare de terre.
Il dit: « La quantité d’oignon que j’ai récolté sur seulement quelques mètre carré peut me permettre de vivre un mois. Et je n’en suis qu’au 1/ 10 de la récolte ! J’ai encore beaucoup de travail à faire ».
Mais ces récoltes d’oignons n’ont pas toujours été aussi abondantes.
Cela fait déjà 10 ans que M. Anani cultive l’oignon dans le village côtier d’Agbodrafo, situé à une vingtaine de kilomètre de Lomé, la capitale du Togo. À l’époque, la mer se trouvait à un peu plus de cinq kilomètres de la côte.
Blivi Adoté est océanographe. Il dit qu’au Togo, la mer peut par endroit gruger jusqu’à 10 mètres de côte par année. Alors que la mer se rapprochait du champ de M. Anani, il constata qu’il avait un problème majeur.
Les oignons de M. Anani étaient constamment recouverts des gouttelettes d’eau transportées par le vent marin. Le résulat : ses oignons noircissaient et pourrissaient rapidement. Il n’arrivait même pas à récolter 50 kilogrammes d’oignon par saison.
Lassé de voir ses cultures se faner et se dessécher, M. Anani consulte une ONG locale, spécialisé dans l’agriculture. L’ONG lui conseille de semer du maïs tout autour de ses oignons, pour lutter contre l’érosion et l’air salin.
Eli Tchala Bodomziba est ingénieur agronome à la direction de la protection de végétaux du Togo. Il dit que les plants de maïs fournissent une barrière efficace contre les vents marins humides en raison de leur hauteur. Les gouttelettes du vent marin sont ainsi piégées par le maïs et les oignons sont épargnés.
Quelques mois après avoir planté la barrière de maïs, la production de M. Anani s’est nettement améliorée. Aujourd’hui, il arrive à cultiver 100 kilogrammes d’oignons.
M. Anani n’est pas le seul maraîcher travaillant en bordure de mer à avoir testé cette méthode. Agbeko Yao cultive des laitues et des carottes. Alors qu’il arrose son champs, M. Yao affirme que depuis qu’il protège ses cultures avec un mur de maïs, les récoltent sont meilleures.
Plusieurs autres maraîchères et maraîchers utilisent aussi les barrières de maïs pour protéger leurs cultures. Certain(e)s disent qu’elles ne sont pas entières fiables, mais ils admettent que les dégâts occasionnés par la salinité de l’air ont considérablement diminué.
M. Anani et ses collègues ont d’énormes défis à relever car la mer continue à avancer à grand pas. Les vagues ont emporté plusieurs fermes, et de nombreux maraîchers sont maintenant sans emploi.
Mais M. Anani n’attendra pas de voir ses oignons se faire engloutir par les vagues de la mer. Avec les profits qu’il accumule, il envisage acheter de nouvelles parcelles, bien loin de la plage, afin de poursuivre son activité en toute quiétude.
