Nelly Bassily | mars 30, 2015
On est vendredi, et il est six heures passées de quelques minutes. Partout en Tanzanie, les agricultrices et les agriculteurs écoute Radio 5.
Clara Moita est assise dans un studio peint en bleu et insonorisé d’Arusha, hochant la tête au son de la musique qui provient de ses écouteurs. Une lumière clignote sur la console placée devant elle et son téléphone cellulaire se met à sonner. Elle vérifie que le téléphone est bien connecté à l’équipement, puis fait un signe de la tête à son collègue qui baisse le volume de la musique.
Avant de répondre au téléphone, Mme Moita déclare : « Certaines personnes appellent régulièrement, mais je ne reconnais pas ce numéro. » D’un geste, elle demande le silence dans le studio et répond ensuite d’une voix enjouée : « Bonjour, cher correspondant(e)! Quelle est votre question? »
Radio5 diffuse des émissions agricoles depuis plusieurs années. Mme Moita anime et réalise Farhari yangu ou « Ma fierté » depuis le lancement de l’émission en 2013. L’émission met l’accent sur les régions du nord de la Tanzanie, mais Radio 5 émet à l’échelle nationale et les agricultrices et les agriculteurs téléphonent de partout à travers le pays.
Farhari yangu encourage actuellement les agricultrices et les agriculteurs à cultiver, consommer et commercialiser des légumes locaux très nutritifs, riches en fer et en vitamine A. La station collabore avec Radios Rurales Internationales et Irish Aid pour améliorer l’alimentation et les revenus agricoles des ménages.
Joseph Justo préside le groupe d’écoute communautaire Agape du petit village de Makiba, à 40 kilomètres au sud-est d’Arusha. M. Justo a écouté l’émission d’aujourd’hui en compagnie du groupe. Alors que l’émission prend fin, il éteint la radio et encourage les membres du groupe à discuter de ce qu’ils ont entendu durant l’émission. Un membre prend note les questions et les commentaires du groupe, qu’il enverra plus tard à Radio 5 à l’aide d’un téléphone cellulaire.
Lorsque les membres du groupe se dispersent, M. Justo revient dans son champ. Il raconte : « Depuis que l’émission a commencé, je cultive des [légumes-feuilles= traditionnels, y compris] du mnavu, du sikuma wiki et du mchicha. Ce qui est intéressant c’est la façon dont l’heure du dîner à changer. »
L’air pensif, il tripote sa barbe grise avec sa main calleuse, puis déclare : « Lorsque ma femme prépare du ugali makande [pâte épaisse faite à base de farine de maïs qui s’accompagne d’une sauce à la viande], alors il faut qu’il y ait du mchicha à côté sinon mes enfants demandent, ‘Mais maman, où est le mchicha?’ » Il rit avant d’ajouter : « Cela ne se serait pas produit il y a un an. »
M. Justo soutient que les légumes locaux sont très prisés maintenant, mais pas uniquement par les agricultrices et les agriculteurs qui écoutent Farhari yangu. Le marché est généralement en rupture de stock des légumes. Maintenant, les gens accordent de l’importance aux nutriments que contiennent les aliments qu’ils consomment. Il explique : « J’ai mis de côté [un demi-hectare] pour y cultiver du mchicha dont je récupère les graines. Tout le monde veut en cultiver, et je vais faire un bon bénéfice en leur vendant tout simplement des graines. »
Les agent(e)s de vulgarisation agricole locaux apportent leur contribution à la réalisation de Farhari yangu pour s’assurer que les informations diffusées à travers l’émission sont exactes et pertinentes. Shayo Fumis travaille comme agent de vulgarisation depuis 30 ans, et il a travaillé pendant les sept dernières années à l’intérieur et aux alentours de Makiba.
M. Fumis raconte que la radio complète les services que son service offre aux agricultrices et aux agriculteurs. Il apprécie le fait que ces derniers le considèrent désormais comme un maillon entre ce qu’ils entendent à la radio et les activités pratiques de la plantation et la récolte.
Il explique : « Les agricultrices et les agriculteurs qui progressent sont ceux qui écoutent des émissions radiophoniques comme celle-ci. L’amélioration provient directement de ce qu’ils entendent à la radio. »
M. Fumis poursuit : « C’est parfois difficile de convaincre les agricultrices et les agriculteurs de changer de pratiques. Mais l’auditoire cumulé de la radio signifie que plus de gens qui pourraient accepter les nouvelles techniques, cultures ou idées ont une chance d’en entendre parler. »
De retour à Radio 5, Mme Moita règle sa table de mixage. Elle déclare : « Ce qui me satisfait, c’est que les agricultrices et les agriculteurs comprennent ce que je diffuse, ou appellent pour avoir plus d’explications. Et, » ajoute-t-elle avec un sourire : « Lorsque je me rends dans leurs exploitations pour les interviewer, je peux ramasser des légumes frais. »