Tanzanie: Les poules aident les filles à planifier leur avenir (Par Paddy Roberts, pour Agro Radio Hebdo)

| août 26, 2013

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« J’ai mon premier œuf! » Rosy Goodluck montre fièrement un œuf blanc-crème, tandis que ses 34 poules picorent le sol autour de ses pieds. Ses amies se pressent autour d’elle pour voir, la félicitant avec de larges de sourires et riant avec elle. Mais ce ne sont pas là des agricultrices ordinaires : ce sont des filles de treize ans fréquentant l’école primaire.

Rosy vit dans le village de Kishisha, un hameau aux fermes éparses, au pied du versant ouest du Kilimanjaro, à environ 45 kilomètres au nord-ouest de la ville de Moshi. Les champs sont un patchwork de verts vifs. Des buissons de caféiers sombres poussent à l’ombre de plants de bananes d’un vert plus clair. Il y a différents types d’herbes, des plants de haricots et des tiges de maïs, tous contrastant de façon frappante avec le sol couleur rouille.

Ces filles font partie d’un groupe qui était éligible pour un projet géré par Shukuru, une ONG active localement. En Tanzanie, l’éducation n’est gratuite qu’au niveau primaire, jusqu’à l’âge de quatorze ans. Beaucoup de filles manquent d’aller à l’école secondaire parce que leurs parents ne peuvent pas se permettre les frais scolaires.

Cependant, l’argent que ces filles gagnent en un an, en élevant des poules sera suffisant pour payer l’école secondaire. De plus, elles ont une motivation supplémentaire : s’il reste de l’argent après le paiement de leurs frais, Shukuru leur remettra le même montant en sus, doublant ainsi les liquidités à leur disposition.

Rosy dit : « Je veux devenir docteur. Sans ces poules, ma grand-mère devrait vendre ses vaches afin de payer pour ma scolarité, ce qui la laisserait sans rien pour elle-même. »

JoAnne Longanilla est la fondatrice de Shukuru. Elle dit : « Notre objectif est de faciliter l’autonomisation des adolescentes afin qu’elles soient capables de payer pour leur éducation secondaire elles-mêmes. Nous le faisons par l’entremise de ce projet durable de prêt et d’entreprenariat. » Shukuru compte faciliter l’autonomisation de beaucoup d’autres files dans les années à venir.

Toutes les filles impliquées dans ce projet sont éligibles à cause de leur situation familiale. Beaucoup sont orphelines ou n’ont qu’un seul parent. Rosy quant à elle a été abandonnée par ses deux parents, et sa grand-mère l’a donc élevée. Sa grand-mère, Bibi Rose, dit : « Je l’aide à s’occuper des poules parce qu’elle a besoin d’aller à l’école durant la semaine. C’est un effort coopératif, afin qu’elle puisse étudier. »

Upendo Daudi est une des bénéficiaires du projet. Son père est mort il y a quelques années. Elle dit : « Beaucoup de filles ne peuvent pas arriver au niveau de l’école secondaire. J’ai fait une demande pour participer au projet après qu’il a été présenté à mon école. J’ai été acceptée. Avant, une poule  n’était rien d’autre qu’une poule à mes yeux. Maintenant, je vois les poules comme étant de l’argent. »

Haggai Nkini est le coordinateur de Shukuru sur le terrain. Il récupère les poules auprès des filles une fois qu’elles pèsent plus d’un kilogramme et demi. Elles sont vendues au marché de Moshi au prix d’environ 8000 shilling tanzaniens (5$ US) l’unité. L’argent est ensuite gardé dans un compte pour l’éducation des filles. À la fin du programme d’un an, après déduction du montant du prêt initial pour les poules, leur alimentation et leurs vaccinations, il reste encore assez d’argent pour que les filles payent pour quatre ans d’études secondaires.

M. Nkini apprend aussi aux filles certaines pratiques vétérinaires. Il dit : « Si elles peuvent garder les oiseaux en bonne santé, elles utiliseront moins de médicaments et feront ultimement un meilleur profit. » Cette formation aide les jeunes agricultrices à apprendre à planifier leur avenir.

Dorine Peris est une jeune femme pleine d’assurance qui a été adoptée alors qu’elle était très jeune. Elle veut aussi être docteur. Dorine dit : « J’aurais trouvé un moyen de payer pour mes frais [scolaires] avec des haricots et du maïs, s’il avait fallu. Maintenant, mes poules vont me permettre d’aller à l’école et de commencer une meilleure vie. »

Rosy a gardé certaines de ses 100 poules pour obtenir des œufs. Maintenant qu’elles ont commencé à pondre, elle compte vendre les œufs dans un marché local. Elle dit : « Avec ces poules, je pourrais gagner 9000 shillings (5,60$ US) par jour. Je veux être auto-suffisante. »