admin | novembre 10, 2025
Nouvelle en bref
À Freetown, la militante Eunice Dumbuya se rappelle les critiques dont elle a fait l’objet après qu’elle s’est fait placer un implant contraceptif, ce qui illustre une stigmatisation bien ancrée de la planification familiale en Sierra Leone. Malgré les progrès réalisés, seulement 24 % des femmes utilisent les moyens de contraception modernes, selon l’Enquête de 2019 sur la démographie et la santé. Les croyances culturelles et religieuses freinent souvent leur utilisation, notamment chez les femmes célibataires. Des militantes soutiennent que les moyens de contraception permettent aux jeunes de poursuivre leurs études et de différer leur première grossesse, pourtant la stigmatisation demeure forte. Elle déclare : « Vous ne pouvez pas échapper à la stigmatisation, mais vous pouvez choisir d’être courageux. »
Eunice Dumbuya, une jeune militante de Freetown, en Sierra Leone, se rappelle les murmures et les critiques dont elle a fait l’objet après avoir reçu un implant contraceptif il y a quelques années. Dans une société où les rapports intimes en dehors de mariage sont tabous et où on honore la maternité dans le mariage, les moyens de contraception sont souvent montrés du doigt.
Elle explique : « J’ai dû aller avec ma tante à l’hôpital, car ma mère était très stricte. Ma tante m’a soutenue. L’utilisation des moyens de contraception a renforcé ma confiance en moi. »
La planification familiale demeure un défi majeur en Sierra Leone. L’Enquête de 2019 sur la démographie et la santé rapporte que seulement 24 pour cent de toutes les femmes utilisent des moyens de contraception moderne, y compris 21 pour cent de femmes mariées. Chez les femmes célibataires sexuellement actives, la prévalence est plus élevée et se situe à 53 pour cent.
Fayia Foray, chargée de marketing intégré chez Marie Stopes en Sierra Leone, affirme que la stigmatisation culturelle, la discrimination et les croyances religieuses constituent les principaux obstacles. Il ajoute : « Les femmes mariées utilisent les moyens de contraception pour espacer les naissances et prendre soin de leurs familles. Les jeunes s’en servent pour retarder les grossesses et se concentrer sur leurs études ou leurs compétences, et contribuer ainsi au développement national. »
L’étudiante universitaire Mariatu Sanko se souvient de sa propre lutte. Elle déclare : « Je ne pouvais pas dire à mes parents que je voulais utiliser la contraception, car j’aurais été sévèrement punie. J’ai dû aller avec la tante d’une amie à l’hôpital. Je ne voulais pas tomber enceinte. »
Rebecca Kamara, qui a elle-même vécu la stigmatisation, déclare : « La société est dure envers les jeunes filles concernant l’utilisation des implants. Même les partenaires déconseillent parfois les moyens de contraception, suggérant plutôt la pilule du lendemain qui a de graves effets secondaires. »
Isha Sesay, une jeune célibataire, ajoute : « Les voisins et certains membres de la famille murmuraient que j’avais plusieurs partenaires, et que c’est pour cela que j’utilisais des moyens de contraception. »
Les hommes contribuent également à cette stigmatisation. Francis Kanu déclare : « Je ne peux pas faire la cour à une femme qui utilise des moyens de contraception. En tant qu’homme, c’est de celles-ci que vous devez avoir peur. » Michael Sahr Kendor commente : « Je peux comprendre qu’une adolescente utilise des moyens de contraception, mais je ne vois pas de raison pour des femmes adultes d’en utiliser. »
Malgré ces défis, la Sierra Leone progresse. Le pays est membre du FP2030, une initiative mondiale visant à s’assurer que toutes les femmes et les filles ont accès aux moyens de contraception d’ici 2030. Le Fonds des Nations Unies pour la population fournit des moyens de contraception au secteur public, mais la stigmatisation persiste.
Les personnes handicapées rencontrent plus de difficultés. Adama*, qui a une déficience visuelle, déclare : « À un moment donné, un pharmacien a présumé que je ne pouvais pas être l’utilisatrice et a fait une remarque dénigrante lorsque j’ai acheté un contraceptif d’urgence. » Marie Kamara, une autre femme handicapée, ajoute : « Je ne peux pas me procurer des moyens de contraception. J’arrive à peine à subvenir à mes besoins élémentaires, alors la planification familiale n’est pas quelque chose de réaliste pour moi. »
Mme. Dumbuya termine : « La pression de la société pousse plusieurs filles à retirer les implants ou à se tourner vers des méthodes moins visibles. Même si j’ai vécu la stigmatisation, je ne l’ai pas retiré. Parfois, je ne peux tout simplement pas me soustraire à la stigmatisation, mais je peux choisir d’être courageuse. »
Note : le nom d’Adama a été changé, car elle voulait garder l’anonymat.
Photo : Marie Kamara parle de l’impact de la stigmatisation des femmes, notamment les personnes handicapées, lorsqu’elles tentent d’avoir accès aux moyens de contraception. Mention de source : Madina Kula Sheriff/IPS
La présente nouvelle est inspirée d’un article écrit par Robert Kibet pour Interpress News Service, intitulé « How Stigma Undermines Contraceptive Use Among Women in Sierra Leone. » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://www.ipsnews.net/2025/09/how-stigma-undermines-contraceptive-use-among-women-in-sierra-leone/.