Sénégal : Les agriculteurs et les agricultrices sont en colère au sujet de l’achat massif de terres

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Doudou Sow est furieux. Au cours des 10 dernières années, les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales de sa région n’ont cessé de perdre leurs terres à un afflux d’investisseurs privés. Le paysan sénégalais dit que les étrangers achètent des terres fertiles dans la vallée du fleuve Sénégal où il a pratiqué l’agriculture pendant les deux dernières décennies.

M. Sow est originaire de la région de Saint-Louis au nord du Sénégal. « Je ne comprends pas pourquoi des centaines d’hectares sont donnés aux étrangers quand la priorité devrait être de mettre les terres à la disposition de nos propres agriculteurs et agricultrices », se désole-t-il.

Depuis la dernière décennie, les politiques au Sénégal ont favorisé les acquisitions à grande échelle de terres agricoles par des investisseurs étrangers et locaux. Des systèmes de haut niveau font la promotion de l’industrie agroalimentaire et des biocarburants. Cependant, le gouvernement de l’actuel président Macky Sall a largement critiqué les politiques agricoles favorisées par l’administration précédente sous le règne d’Abdoulaye Wade.

Le gouvernement du président Macky Sall, élu en 2012, souhaite examiner la propriété des terres, en faisant valoir qu’elle n’a pas été correctement examinée depuis la période après l’indépendance. L’élément majeur de la loi foncière au Sénégal remonte à 1964 et souligne le libre accès à la terre et l’importance de la propriété collective sous le contrôle de l’État.

Entre 2000 and 2010, plus de 650 000 hectares de terre ont été attribués à 17 firmes privées, ce qui représente environ 17 pour cent des terres cultivables au Sénégal. Selon un groupe de défense régional, Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement, dix de ces firmes sont sénégalaises et les autres appartiennent à des étrangers.

Mariam Sow est la coordonnatrice du programme de protection de la nature de l’ONG internationale ENDA. « Ces initiatives ont conduit à une surabondance de dirigeant(e)s privé(e)s, y compris des chefs religieux et des hauts fonctionnaires de l’État qui mettent la main sur des terres dans les zones rurales », explique-t-elle.

Elle dit que la perte de terres agricoles dans des domaines comme Gandon, à 230 kilomètres au nord de Dakar, sape le moral des agriculteurs. « Lorsqu’ils et elles perdent leurs terres … les agriculteurs et les agricultrices perdent une partie de leur identité », ajoute-t-elle.

Beaucoup d’agriculteurs et d’agricultrices sont entièrement d’accord. Le collectif de défense des terres de Fanaye, situé à 430 km au nord de Dakar, a exprimé sa vive préoccupation au sujet de l’évolution des modes de propriété foncière.

Les agriculteurs locaux et les agricultrices locales de Fanaye disent qu’ils et elles ont besoin que l’État manifeste davantage de soutien à leur égard. Ils et elles sont aussi déçu(e)s que les nouveaux et les nouvelles propriétaires ne parviennent pas à « ajouter de la valeur » aux terres qu’ils et elles achètent à l’aide de la production de meilleures récoltes et de la création de plus d’emplois pour les populations locales.

Il est tout à fait légal que les investisseurs privés acquièrent des terres. Toutefois, de telles acquisitions entrent en conflit avec les droits juridiques coutumiers des agriculteurs locaux et des agricultrices locales et la majorité d’entre eux et elles n’ont pas de titres de propriété officiels.

Les tensions sont fortes dans la vallée du fleuve Sénégal. Cependant, Jean-Philippe Tre, un agroéconomiste de la Banque mondiale, assure les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales que la présence croissante de l’agro-industrie n’est pas un accaparement des terres, mais représente plutôt le développement de l’agriculture commerciale.

La société soutenue par l’Italie, Senhuile / Senethanol, a acquis 20 000 hectares près de Fanaye en 2011 par décret présidentiel. Elle a annoncé son intention de cultiver des patates douces pour produire de l’éthanol et de l’huile de tournesol à des fins d’exportation. Les populations locales se sont fait promettre des milliers d’emplois, mais seulement 30 personnes ont été embauchées jusqu’ici.

Younouss Ball est un membre du collectif de défense des terres de Fanaye. « Dans de telles circonstances, les jeunes n’ont pas de raison de rester alors ils et elles quittent la communauté pour s’établir dans les villes », déplore-t-il.

Pour lire l’article sur lequel se fonde cette histoire, visitez le  http://www.irinnews.org/fr/report/100270/les-propri%C3%A9taires-terriens-priv%C3%A9s-soul%C3%A8vent-l-indignation-au-s%C3%A9n%C3%A9gal.