Sénégal : Des associations appellent à une modification de loi pour autoriser l’avortement médicalisé pour les femmes victimes de viol et d’inceste

| avril 11, 2021

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Au Sénégal, les associations féminines font pression pour la légalisation des avortements médicaux afin d’aider les femmes victimes de viol et d’inceste. À 16 ans, Maimouna a été violée par son père et est tombée enceinte. Cela s’est passé dans un petit village de la région de Kaolack, au centre du Sénégal. Maimouna a élevé son fils, Amadou, mais lorsqu’il apprit qui était son père, il abandonna sa mère et se rendit en Gambie. L’inceste est un délit qui ne figure pas dans le Code pénal du Sénégal. Mais les femmes qui avortent, même lorsqu’il s’agit d’une grossesse incestueuse, risquent une peine d’emprisonnement. En 2012, plus de 50 000 avortements clandestins ont été pratiqués dans le pays, mais un nombre élevé ont entraîné des complications.

À 16 ans, Maimouna a été violée et engrossée par son propre père. L’adolescente n’eut pas le choix que de garder cet enfant, qui lui rappellerait toujours le geste ignoble de son père. L’avortement n’est pas autorisé au Sénégal alors que la violence basée sur le genre y est une réalité. Et parmi les pires formes figurent le viol et l’inceste.

Maimouna garda son secret pendant plus de 30 ans. Finalement, elle décida enfin de se confier, mais dans la plus grande discrétion. Maimouna ne trouve aucun mot pour définir la douleur qui la ronge depuis trois dizaines d’années. Et ces rides et cette fatigue sur son visage ne sont pas seulement les marques de ses 50 années. Ils sont également les stigmates du passage brusque et ignoble de l’adolescence à l’âge adulte qui bouleversa sa vie entière.

Les faits se sont déroulés dans un petit village de la région de Kaolack, au centre du Sénégal. Un soir, alors que la mère de Maimouna cherchait des feuilles pour préparer sa sauce, elle tomba d’un arbre et se retrouva paralysée. Ce fut le début d’un long feuilleton douloureux. Âgée de 16 ans seulement, la jeune fille était désormais chargée de s’occuper et de sa mère, et de la maison. Et le pire l’attendait.

Elle raconte : « La première fois qu’il (son père) a commis ce forfait, il a quitté la maison dès l’aube. Toute seule, je me morfondais dans ma douleur. » Maimouna ne dénonça pas son père. Elle devait continuer à s’occuper de sa mère, très malade et presque inconsciente. 

À son retour à la maison, quelques semaines plus tard, le père récidiva. Cette fois, Maimouna devint enceinte, ce qui alerta les proches. À la demande de la famille, Maimouna garda le secret sur l’auteur de la grossesse. Elle pensa au suicide, mais se ressaisit à temps. Son père décèdera six mois plus tard avant la naissance d’Amadou, son fils.

Maimouna raconte : « En classe de terminale, Amadou était curieux de savoir pourquoi il n’y avait que mon nom sur son acte de naissance. » Quand il était enfant, sa mère lui disait que son père était décédé. Elle fit tout pour inscrire un nom dans la case du père sur l’extrait de naissance d’Amadou. Seulement la loi ne le lui permit pas. Dix-neuf ans plus tard, Amadou abandonna sa mère après avoir appris la vérité sur son histoire.


Il s’exila en Gambie, un pays voisin du Sénégal. Il ne compte plus retourner au Sénégal. Contacté au téléphone, il répond : « J’ai tourné la page. Aujourd’hui, j’ai une famille qui ne connait pas mon histoire et je ne compte pas revenir en arrière. »

Ndèye Madjiguène Sarr est juriste et consultante pour le compte de l’Association des femmes juristes du Sénégal. Ils voudraient la change pour que l’inceste est une infraction spécifique. Elle indique, « Le père incestueux ne peut pas reconnaître son enfant, même s’il souhaite le faire. »

Comme Maimouna, des milliers de jeunes femmes et filles sénégalaises vivent ce genre de drame. Pire, elles souffrent en silence.
Selon la dernière enquête de l’Association des juristes sénégalaises, l’avortement est la deuxième cause d’emprisonnement des femmes dans le pays. Cette association qui œuvre pour la promotion des droits des femmes et des enfants déclare que 16 % des Sénégalaises en prison ont commis un avortement et 3 % un infanticide. En 2012, plus de 51 000 avortements clandestins ont été provoqués au Sénégal, dont 17 600 qui ont entraîné des complications, y compris de graves problèmes de santé ou des poursuites judiciaires.


Dans le cas de Maimouna, l’avortement médicalisé lui aurait évité de subir la lourde peine causée par la présence d’un fils incestueux. Comme l’explique Khayra Thiam, psychologue clinicienne : « Les conséquences d’un viol suivi de grossesse sont désastreuses. La relation entre la mère et l’enfant est confuse et pathétique. C’est pour cette raison qu’un problème psychique supplémentaire s’ajoute au traumatisme des victimes. »
Alors, en mi-février 2021, 22 organisations qui défendent les droits des femmes ont lancé au Sénégal, une campagne de plaidoyer pour la légalisation de l’avortement médicalisé. Ce plaidoyer vise les cas de viol et surtout d’inceste suivi de grossesse. Cette campagne dénommée WuyuWallu signifie « répondre à l’appel au secours », a duré un mois. À travers cette campagne, ces organisations veulent donner au grand public des informations justes sur ces cas de grossesse qui mettent en danger la vie et la santé morale et physique de la mère.

La présente nouvelle a été produite avec le soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

Photo: Une femme écoute la radio.