RDC : L’interdiction de la consommation de viande sauvage modifie les habitudes alimentaires des communautés

| juillet 6, 2020

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Nouvelle en bref

En RDC, le braconnage est interdit dans le parc national des Virunga depuis quelque temps. La chasse et la consommation de viande sauvage ont été interdites pour protéger les humains d’éventuelles maladies comme l’Ebola et le nouveau coronavirus et protéger les espèces menacées. L’Ebola et le nouveau coronavirus sont deux maladies zoonotiques, c’est-à-dire qu’elles peuvent se transmettre d’un animal à un humain, même si le contact entre humains est la source de transmission. Malese Yirayira est une responsable communautaire du Nord-Kivu, en RDC. Selon elle, l’interdiction de la chasse et la consommation de la viande d’animaux sauvages influent sur les habitudes alimentaires et les traditions de la population locale. Cependant, d’autres responsables communautaires travaillent à vulgariser d’autres sources de protéines, dont les champignons.

Cette nouvelle est parue initialement le 25 mai dernier.

Il est 7 heures du matin et une fine pluie tombe sur le parc national des Virunga, dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Paluku Kaposolina, qui réside dans la région, se penche pour allumer le feu près de sa cabane. Monsieur Kaposolina n’a que 30 ans, mais son air renfrogné lui en donne plus.

Le jeune homme pratique la chasse illégale pour avoir de quoi manger. Cependant, face à la propagation des maladies virales comme l’Ebola et le nouveau coronavirus, qui ont été transmises toutes les deux par des animaux, la chasse et la consommation du gibier sont formellement interdites. Des campagnes de sensibilisation sont menées pour s’assurer que tout le monde comprend le message. Cependant, les communautés riveraines des forêts peinent à respecter cette interdiction, car c’est de la viande sauvage qu’elles ont toujours tiré la majeure partie de leurs protéines.

Monsieur Kaposolina déclare : « Je gagne ma vie ici. Chaque jour, je dois me lever à cinq heures du matin pour vérifier mes pièges dans la brousse et ramasser mon gibier … mais je n’y vais pas aujourd’hui et ma clientèle souffre comme moi. »

Avant le début de la pandémie du COVID-19 et l’interdiction de la viande sauvage, la loi congolaise avait déjà interdit le braconnage dans les aires protégées telles que le parc national des Virunga, classé comme site du patrimoine mondial. Toutefois, les chasseurs comme monsieur Kaposolina continuent d’y entrer illégalement pour chasser.

Malese Yirayira est un responsable communautaire et un anthropologue, et il craint que les habitudes alimentaires et les traditions de la communauté soient compromises par l’interdiction de chasse. Il explique : « Si les interdictions pesant sur la chasse et la consommation de la viande d’animaux sauvages sont maintenues, des millions de personnes dans les communautés autochtones ou rurales qui tirent directement leurs protéinées de la viande sauvage risquent de souffrir de malnutrition. »

Il affirme que plusieurs groupes de cette région vivent de la chasse d’animaux sauvages tels que les singes, les renards, les pigeons sauvages, les phacochères, les rats, les antilopes, les buffles et beaucoup d’autres. Certains utilisent également ces bêtes pour les sacrifices coutumiers afin d’invoquer les ancêtres et résoudre les problèmes de la communauté.

La transmission des maladies de l’animal à l’humain n’est pas chose nouvelle. Selon les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies, trois maladies infectieuses sur quatre nouvelles ou émergentes chez les humains proviennent d’animaux. L’article souligne que lorsque les maladies passent de l’animal à l’humain, elles peuvent devenir plus graves et provoquer une pandémie, à mesure qu’elles se propagent d’une personne à une autre.

Bahati Kiro est expert en maladies animales. Monsieur Kiro explique : « Les zoonoses sont des maladies infectieuses qui touchent les humains au contact d’animaux… C’est pour cela que la consommation de la viande sauvage est strictement interdite aujourd’hui même ici en RDC. Il est évident que la pression humaine sur la biodiversité devient problématique. »

Dans cette région, plusieurs populations locales enfreignent les lois concernant les aires protégées comme le parc national des Virunga pour couper le bois ou cultiver la terre, mais également chasser le gibier. Le charbon est devenu une industrie florissante et il n’y a pas suffisamment de terres arables pour l’agriculture dans la région. Les animaux sont utilisés pour la consommation et le commerce. Ces activités sont menées avec la bénédiction des groupes armés actifs dans la région.

Bien que l’origine de la pandémie du coronavirus et la voie de transmission exacte de l’animal à l’humain n’aient pas encore déterminées avec certitude, on pense qu’il est possible que ce soit un animal qui a transmis le virus à l’humain.

Cependant, la viande, et plus précisément la viande sauvage, n’est pas la seule source de protéines. Bantu Lukambo est le coordonnateur d’une organisation locale qui protège l’environnement et fait la promotion du développement durable à l’est de la RDC. Il explique que les besoins en protéines diffèrent d’une personne à l’autre et que plusieurs facteurs les déterminent, y compris le poids corporel. Il déclare : « On peut avoir des protéines dans les végétaux tout comme avec les animaux. Le corps humain a besoin de toutes [sortes de] protéines. »

Son organisation a déjà aménagé un clapier communautaire et une exploitation de champignons pour aider les agriculteurs(rices) à cultiver des champignons aux alentours du parc national des Virunga en vue de réduire le braconnage et la consommation de viande sauvage.

La présente nouvelle a été produite grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.