RDC : Le café haut de gamme n’est pas rentable selon les producteurs (Global Press Journal)

| juin 18, 2018

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Bien que le café soit la denrée la plus cultivée à l’est de la République démocratique du Congo, Justine Mwaka a abattu ses caféiers pour cultiver de la banane. Elle ne supporte plus de voir sa famille vendre des fèves de café.

Madame Mwaka déclare : « Nous avons constaté que ceux qui cultivent de la banane étaient plus stables que nous les producteurs de café. »

Avant de se lancer dans la culture de la banane, elle vendait ses fèves de café à la coopérative internationale SOPACDI à crédit. Elle affirme être toujours en attente de son paiement.

SOPACDI et la coopérative MUUNGANO sont en grande partie responsables de la relance du commerce du café en RDC. L’initiative des deux coopératives a été saluée à l’échelle internationale, et SOPACDI commercialise fièrement son café équitable auprès de magasins haut de gamme dans le monde entier. SOPACDI est membre de la Fair Trade Federation (Fédération du commerce équitable) et détient le label Agriculture biologique de l’USDA. La Fair Trade Federation définit le commerce équitable comme « une approche pour un commerce et un développement axés sur le dialogue, la transparence et le respect qui vise à créer plus d’équité dans le système commercial international. »

Toutefois, madame Mwaka et d’autres agriculteurs soutiennent que cette reconnaissance positive est erronée.

La coopérative achète les fèves de café chez les producteurs pour les exporter vers les pays occidentaux. Les cultivateurs de café reçoivent 400 francs congolais (environ 0,25 $ US) pour un kilogramme de fèves. Les données de l’Organisation internationale du café révèlent que les producteurs perçoivent moins pour leurs fèves que les producteurs d’autres pays tels que le Rwanda et Cuba, et sont très en deçà de la moyenne mondiale. Madame Mwaka et d’autres agriculteurs affirment que les coopératives comme SOPACDI ne partagent pas leurs gros bénéfices avec les cultivateurs de café.

Selon les cultivateurs, les coopératives vendent le kilogramme de fève entre 1 $ US et 4 $ US sur le marché de l’exportation. Les exportateurs de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, vendent le kilogramme de fèves aux détaillants tels que Starbucks à des prix beaucoup plus élevés, soit 6, 20 $ US.

Innocent Lunyere, 42 ans, cultive du café dans la province du Sud-Kivu, en RDC. Il affirme que les coopératives « s’enrichissent sur notre dos. »

Selon les statistiques officielles, la RDC exporte moins du dixième du café qu’elle exportait il y a 20 ans. En dépit de ces chiffres en baisse, certains experts croient que la production de café demeure constante en RDC. Certains producteurs congolais passent leurs fèves en contrebande dans des pays voisins comme le Rwanda et l’Ouganda. Ces fèves sont étiquetées comme du café rwandais et vendu à des prix plus élevés.

Gilbert Makelele est responsable d’une coopérative de producteurs et de détaillants de café. Il explique : « Bien que nos pratiques agricoles soient demeurées les mêmes depuis des années, nous continuons à cultiver le café dans des conditions extrêmement difficiles. »

Monsieur Makelele soutient qu’il n’existe aucune banque agricole pour fournir aux producteurs un capital pour l’achat de meilleurs équipements et de meilleures terres, ou le recrutement d’un nombre supplémentaire d’ouvriers. En outre, le transport du café vers les marchés comporte des difficultés en raison des milices armées, des barrages routiers et des routes emportées pendant la saison pluvieuse.

Jules Mpalume est le responsable de la section du Conseil national du café du Nord-Kivu. Il est convaincu que chaque acteur de la chaîne d’approvisionnement en café doit s’entendre sur des prix minimums acceptables.

Monsieur Mpalume déclare : « Il est nécessaire de trouver des moyens pour fixer des prix équitables et de sensibiliser le public par rapport à la détresse des petits producteurs, car ils dépendent de la production du café pour vivre dignement. »

Cependant, plusieurs années pourraient s’écouler avant que les prix soient suffisamment élevés pour rendre la production de cette denrée rentable pour les producteurs congolais.

En attendant, les producteurs comme madame Mwaka s’en tiendront à la culture de la banane.

La présente nouvelle est une adaptation d’un article intitulé « Their Coffee is World-Class, but DRC Farmers Say Growing It Doesn’t Pay » écrit parM ariam Aboubakar Esperance pour Global Press Journal, DRC. Pour lire l’article original, cliquez sur : https://globalpressjournal.com/africa/democratic-republic-of-congo/coffee-world-class-drc-farmers-say-growing-doesnt-pay/