admin | novembre 8, 2021
Nouvelle en bref
Patrick Wasa-Nziabo égrène dans un grand seau en plastique une dizaine de grains d’un épi séché au soleil. L’homme de 31 ans trie les épis de maïs récolté sur un lopin de terre situé à moins de 30 minutes de marche de son village, Nkala, au fond de la forêt tropicale de la République démocratique du Congo. La majeure partie du bassin du Congo se trouve en RDC, et là s’y trouve la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. En décembre 2018, 300 villageois(e)s de Nkala sont devenus propriétaires de plus de 4100 hectares de forêt. Ce qui signifiait que, pour la première fois de leur vie, la communauté avait légalement le droit de posséder et gérer la forêt dans laquelle elle réside. Jusqu’ici, les résultats indiquent que ce modèle de propriété communautaire pourrait être un puissant outil pour freiner le déboisement de la forêt tropicale du bassin du Congo, tout en réduisant la pauvreté.
Patrick Wasa-Nziabo égrène des dizaines de graines d’épis de maïs dans un grand seau en plastique. L’homme de 31 ans trie le maïs récolté sur un lopin de terre situé à moins de 30 minutes de son village, Nkala, dans les profondeurs de la forêt tropicale de la République démocratique du Congo.
Monsieur Wasa-Nziabo prend un autre épi, et déclare : « Le maïs pousse tellement vite qu’il nous est difficile de le traiter en entier. La terre ici est si riche. Elle nous nourrit de plusieurs façons. Pour nous, elle est sacrée. »
La RDC abrite la majeure partie du bassin du Congo, où se trouve la deuxième plus grande forêt du monde. La relation des gens de Nkala avec la forêt remonte à plusieurs générations, mais, en décembre 2018, elle s’est renforcée quand 300 habitant(e)s de Nkala obtinrent la propriété de plus de 4100 hectares de forêt.
Ainsi, pour la première fois de leur vie, la communauté avait légalement le droit de posséder et de gérer la forêt où elle vit. Jusqu’à présent, les résultats indiquent que ce modèle de propriété communautaire pourrait constituer un puissant outil pour freiner le déboisement de la forêt tropicale du bassin du Congo, tout en réduisant la pauvreté.
La forêt tropicale joue un rôle crucial dans la stabilité du climat dans le monde, car les arbres du bassin du Congo absorbent plus d’un milliard de tonnes de gaz carbonique chaque année.
Cependant, à cause de la chaleur extrême, les arbres sont de moins en moins capables d’absorber le carbone et le nombre d’arbres diminue en raison des activités industrielles telles que les plantations de palmiers à huile, l’exploitation minière, la production de charbon à petite échelle, et l’agriculture sur brûlis.
L’idée de la propriété communautaire de la forêt c’est qu’elle fournit aux villages une excellente motivation de gérer la forêt de façon durable. Et les preuves le démontrent.
La Rainforest Foundation UK, ou RFUK, est une organisation à but non lucratif qui surveille et facilite la mise en œuvre du programme des concessions communautaires de la forêt en RDC. L’organisation a constaté que le taux de déforestation dans les régions où les communautés sont propriétaires de la forêt était inférieur de 23 % à la moyenne nationale.
C’est en 2002 que le concept de foresterie communautaire fut mentionné pour la première fois dans le code national de la foresterie. Actuellement, plus de deux millions d’hectares de concessions de forêt tropicale ont été attribués (ou sont sur le point de l’être) aux communautés pour qu’elles en soient propriétaires. Les statistiques montrent que jusqu’à 75 millions d’hectares pourraient devenir la propriété des communautés.
Depuis que Nkala est devenu propriétaire d’une concession de la forêt tropicale, on observe une vague de diversification de cultures sur les exploitations agricoles familiales, notamment de nouvelles cultures telles que le maïs, l’ananas et le manioc. Ces cultures résistent plus aux conditions climatiques extrêmes et imprévisibles et elles contribuent à augmenter le nombre de sources de revenus de la communauté. Des coopératives ont été constituées pour vendre les produits agricoles et des produits comme les nattes tressées avec les palmes de marante qui procurent un emploi aux villageoises.
Chaque communauté qui désire devenir propriétaire d’une parcelle de forêt tropicale doit travailler avec les autorités locales pour démarquer les limites exactes de la parcelle de forêt tropicale. Cela est fait avec la bénédiction des villages voisins pour éviter les litiges. Les communautés définissent également des plans simples de gestion des forêts et d’utilisation des terres, en vue de présenter leurs activités économiques, et préciser comment celles-ci seront menées de manière durable.
Cependant, les coûts de ces exigences sont élevés et plusieurs communautés éloignées ignorent qu’elles peuvent être propriétaires d’une parcelle de forêt tropicale.
Serge Ngwato est le responsable de Greenpeace Africa pour le programme de propriété communautaire de la forêt tropicale à Lokolama. Il déclare : « C’est un défi. Les exigences techniques sont actuellement trop difficiles à satisfaire pour les communautés et cela coûte trop cher. Mais il est possible d’aplanir cette difficulté en simplifiant les procédures juridiques et en permettant aux communautés de commencer à gagner de l’argent grâce au modèle pendant la période de demande. »
Pour les résident(e)s qui ont les moyens et le soutien pour s’orienter à travers le processus, le résultat se traduit par une amélioration de la qualité de vie.
Monsieur Wasa-Nziabo déclare : « Nos vies sont désormais bien plus connectées avec la forêt qu’autrefois. Nos destins seront les mêmes. Cela nous motive véritablement. »
La présente nouvelle est inspirée de l’article « Un plan audacieux pour sauver la plus grande forêt d’Afrique. », écrit par Peter Yeung et publié par la BBC le 7 janvier 2021. Pour lire l’intégralité de la nouvelle, cliquez sur : https://www.bbc.com/afrique/region-55648596
Photo : Deux hommes au milieu d’une forêt. Crédit : Peter Yeung.