Kabakila Pierre Pasuanzambi | avril 24, 2026
Nouvelle en bref
À Kanyuka, un village situé non loin de Kananga, en République démocratique du Congo, l’agricultrice Thérèse Ntumba transforme son champ de manioc d’un hectare au moyen d’une méthode de restauration innovante des sols. Jadis frappée par une fertilité déclinante, sa terre se porte très bien maintenant grâce au haricot velouté (Mucuna pruriens), qui sert de culture de couverture pour l’enrichir naturellement en azote, réduire les mauvaises herbes et prévenir l’érosion. Depuis qu’elle a adopté cette technique en 2023, sa récolte de manioc est passée de moins d’une tonne à cinq tonnes par saison. Elle transmet cette méthode à d’autres agriculteurs et agricultrices, contribuant ainsi à restaurer la fertilité des sols et à renforcer la production alimentaire locale.
Il est 8 h du matin au village de Kanyuka, à environ quatre kilomètres de la ville de Kananga, en République démocratique du Congo (RDC). Thérèse Ntumba est dans son champ de manioc d’un hectare, où elle inspecte ses cultures. Elle est ravie de les voir robustes et en bonne santé.
Madame Ntumba déclare : « Plusieurs disaient qu’il était impossible de cultiver ici, mais je suis en train de prouver le contraire. »
Madame Ntumba cultive du manioc à côté du haricot velouté, dont le nom scientifique est Mucuna pruriens, et qui est une légumineuse qui sert de culture de couverture pour enrichir naturellement le sol et rendre le champ plus productif. Cette terre qui jadis produisait peu, se porte désormais bien grâce à cette méthode de culture.
Madame Ntumba explique avoir appris cette technique de sa mère, une agricultrice formée à l’Université de Kananga. Après avoir constaté une baisse de productivité au cours des trois dernières années à cause de l’épuisement des sols, madame Ntumba décida d’appliquer une technique traditionnelle qu’elle a apprise de sa mère pour restaurer la fertilité de son champ.
Selon ses explications, elle cultive du haricot velouté deux ou trois mois avant la saison agricole. Après que la plante a poussé, ses tiges et ses feuilles sont coupées et éparpillées à travers le champ. La plante se décompose pour enrichir naturellement le sol. Elle explique que cette technique de culture de couverture contribue à protéger le sol contre l’érosion, réduit la pousse des mauvaises herbes et enrichit le sol en azote. Madame Ntumba déclare : « Je suis fière de voir mes champs produire comme jamais auparavant. »
Madame Ntumba soutient que, depuis qu’elle a adopté cette technique en 2023, sa récolte a considérablement augmenté. Elle peut désormais récolter parfois jusqu’à cinq tonnes de manioc par saison, contrairement à moins d’une tonne avant qu’elle commence à cultiver le haricot velouté.
Athanase Kankonde est spécialiste agroalimentaire et instructeur à l’Institut supérieur du développement rural de Kananga. Il raconte que le haricot velouté est une légumineuse exceptionnelle pour la fertilisation des sols. Il agit comme un engrais vert qui enrichit le sol avec en azote, produit une importante biomasse, améliore la structure du sol, limite l’érosion grâce à son paillis et élimine les mauvaises herbes. Monsieur Kankondé ajoute que le haricot velouté utilisé comme du paillis contribue à une augmentation durable des rendements.
Le succès de madame Ntumba avec les cultures de couverture impressionne les agriculteurs et les agricultrices de Kanyuka qui visitent son champ pour s’instruire. Marie Lenyi, une agricultrice dans la quarantaine, participe aussi à la formation de madame Ntumba. Elle confirme l’efficacité de cette technique. Elle explique qu’il y a quelques années, son champ était devenu infertile. Elle a approché madame Ntumba pour se renseigner sur les avantages de la culture du haricot velouté. Aujourd’hui, madame Lenyi raconte qu’elle récolte deux fois autant qu’avant grâce à la plantation du haricot velouté dans son champ. Elle déclare : « Je peinais à obtenir de bonnes récoltes. Depuis que j’ai adopté cette technique, mes champs d’arachides et de maïs produisent plus et le sol est devenu plus fertile. »
Monsieur Kankondé soutient que le partage de connaissances sur cette technique a permis aux champs de nombreux agriculteurs et agricultrices de Kananga d’être à nouveau fertiles. Il souligne qu’avant d’adopter le haricot velouté, près de 60 % des champs du village étaient considérés comme peu productifs et difficiles à cultiver. Aujourd’hui, grâce à l’utilisation des cultures de couverture, plus de 15 hectares ont été restaurés en trois ans et produisent régulièrement. La technique a particulièrement permis aux agricultrices d’accroître leurs rendements et de réduire l’utilisation des engrais chimiques. Il invite les autres agriculteurs et agricultrices de la région à adopter cette pratique pour améliorer la fertilité des sols.
Pour madame Ntumba, au-delà des bénéfices économiques, l’enjeu est collectif. Elle considère que c’est un moyen pour restaurer la terre et renforcer la sécurité alimentaire. À cet effet, elle veut continuer à communiquer son savoir-faire avec d’autres villages, afin qu’un plus grand nombre de terres redeviennent fertiles. Madame Ntumba conclut : « Nous avons tous besoin d’adopter cette technique, car notre survie en dépend. »
