James Karuga | juillet 17, 2026
Nouvelle en bref
Lilian Nakigozi a grandi dans le quartier pauvre de Katanga, à Kampala, en Ouganda, avec huit frères et sœurs. Ils n’avaient pas toujours à manger, et, parfois, ils n’avaient que pour seul repas de la journée une bouillie de maïs. Cela la motiva à lancer une entreprise qui permettrait aux habitants des zones urbaines surpeuplées de produire de la nourriture. Elle est la fondatrice de Women Gro Initiative Uganda qui aide les gens à aménager des jardins verticaux et à adopter les pratiques de l’agriculture régénératrice circulaire en ville. Ces jardins sont faits avec des matériaux locaux, comme des sacs et des bouteilles en plastique, des sachets, des bassines, des pneus ou du bois. Les restes de cuisine, comme les pelures et les déchets de fruits, sont compostés ou donnés à manger aux vers pour contribuer à la fertilité des sols. Madame Nakigozi déclare : « Notre approche intègre la production d’aliments à la génération de revenus et à la durabilité de l’environnement, permettant ainsi aux femmes et à leurs familles de bâtir une résilience à long terme tout en améliorant les conditions nutritionnelles. »
Lilian Nakigozi a grandi dans le bidonville de Katanga, à Kampala, en Ouganda, avec huit frères et sœurs. Ils n’avaient pas toujours à manger, et, parfois, ils n’avaient que pour seul repas de la journée une bouillie de maïs. D’autres fois, ils allaient se coucher le ventre vide. Cette situation n’était pas unique à eux. Leurs voisins connaissaient le même sort. Toutefois, le pire moment que sa famille vécut, fut lorsqu’elle avait huit ans, quand elle perdit sa sœur de trois ans pour raison de malnutrition.
Ces expériences suscitèrent chez elle une mission : s’assurer qu’aucun enfant ne meure de malnutrition et qu’aucune mère ne se retrouve démunie en essayant de nourrir sa famille. Madame Nakigozi était une brillante élève et ses études ont été financées grâce à des bourses. Après l’obtention de son diplôme en administration des affaires de la Makerere University en 2018, elle chercha sur l’Internet des informations sur la façon dont les habitants des zones urbaines surpeuplées, comme les bidonvilles, pouvaient optimiser des petits espaces pour produire de la nourriture, et découvrit ainsi les jardins verticaux.
En novembre 2018, elle fonda Women Gro Initiative Uganda, une entreprise sociale, afin d’apprendre aux jeunes et aux femmes des communautés urbaines et périurbaines la production de nourriture dans des jardins verticaux grâce aux pratiques de l’agriculture régénératrice circulaire pour leur garantir une sécurité alimentaire et améliorer leurs moyens économiques. Au début de l’initiative, elle investit 300 $ US pour tester le concept des jardins verticaux et l’améliorer. Aujourd’hui, un jardin idéal coûte aussi peu 35 $.
Women Gro Initiative montre aux ménages comment aménager des potagers à partir de matériaux locaux, comme des sacs et des bouteilles en plastique, des sachets, des bassines, des pneus ou du bois. Les jardins verticaux sont remplis de terre mélangée avec des engrais organiques. Cependant, comme les ménages à faible revenu ne peuvent pas avoir assez d’argent pour se lancer dans l’agriculture verticale, Women Gro Initiative Uganda les intègre dans des groupes et créé pour eux des jardins communautaires, grâce au financement de donateurs.
Madame Nakigozi déclare : « L’accessibilité est cruciale pour notre solution, car, si celle-ci n’est pas accessible, elle ne peut être vraiment mise à l’échelle. Par conséquent, nous avons redéfini notre modèle pour être certains qu’elle correspond au niveau de revenus de nos communautés, et qu’il peut être facilement mis à l’échelle. »
Dans les jardins verticaux, les cultures sont plantées à la verticale plutôt qu’à l’horizontale, afin d’optimiser l’espace, et l’arrosage se fait au moyen de tuyaux percés de trous et installés pour arroser par le haut. Les jardins sont aménagés là où ils peuvent bénéficier amplement de la lumière du soleil. Dans ces jardins verticaux, les gens cultivent des légumes locaux et des légumes verts, comme les épinards, l’amarante, la morelle noire, les feuilles de chou vert (sukuma wiki), la laitue, ainsi que des oignons, du curcuma, du romarin et des tomates.
Women Gro Initiative Uganda apprend également aux femmes à faire du compost. Les restes de cuisine, comme les pelures et les restes de fruits sont compostés, et répandus sur le sol en guise de fumier composté. Ils pratiquent également le lombricompostage : ils nourrissent des vers avec des restes de cuisine et des déchets organiques, et ils produisent un engrais riche issu du lombricompostage qui renforce la santé des sols et leur capacité à retenir l’eau. Les femmes apprennent également des méthodes de conservation de l’eau, comme le paillage, certaines reçoivent des trousses d’irrigation au goutte-à-goutte.
Un jardin vertical normal peut contenir jusqu’à 200 légumes à feuilles. Comme les choux ont besoin d’espaces plus grands, ils sont plantés sur des espaces ouverts. Selon madame Nakigozi, lorsqu’ils sont bien gérés, chaque jardin vertical produit 25 à 35 kilogrammes de légumes par mois, soit environ 300 à 420 kilogrammes par an. Les organismes nuisibles et les maladies sont gérés naturellement par la rotation de cultures, afin de briser les cycles de ravageurs et de maladies. De même, la culture associée de légumes avec des oignons, dont l’odeur âcre repousse certains ravageurs, y contribue.
Women Gro Initiative Uganda a aménagé 5 000 fermes verticales à travers le pays, ce qui a permis d’améliorer la production alimentaire et la consommation familiale de près de 12 000 personnes. Selon madame Nakigozi, certaines familles peuvent maintenant prendre trois repas par jour, alors qu’avant elles n’en prenaient aucun, voire un seul. L’organisation a aidé environ 8 000 femmes à aménager des fermes verticales, ce qui représente environ 80 % de l’ensemble des participantes formées par Women Gro Initiative Uganda. Madame Nakigozi explique que ce choix était délibéré, car les femmes jouent un rôle essentiel dans l’alimentation et l’approvisionnement alimentaire des ménages dans les communautés africaines.
Christine Nekessa est une jeune agricultrice urbaine de Katale, un quartier de Kampala, et une bénéficiaire des formations de Women Gro Initiative Uganda. Sa propriété regorge d’oignons nouveaux et de divers légumes-feuilles biologiques dans des jardins verticaux aménagés dans des sacs, des filets d’ombrage, une véranda, des bacs et des plateformes en bois surélevées. Elle fabrique du fumier composté à partir d’excréments de lapins et de chèvres, qu’elle vend à d’autres agriculteurs et agricultrices pratiquant le jardinage vertical. Elle vend également des légumes et installe, contre rémunération, des jardins verticaux pour d’autres personnes disposant d’espaces urbains limités. Cela lui a permis d’atteindre l’indépendance financière.
La clé du succès durable des fermes verticales réside dans la génération de revenus. Women Gro Initiative Uganda met en relation les communautés pratiquant l’agriculture verticale avec des débouchés commerciaux, tels que les hôtels, les écoles et les marchés locaux. Elle leur dispense également des formations aux compétences liées à l’agroalimentaire, notamment la tenue de registres et de comptabilité, pour les aider à contrôler leurs revenus et leurs économies.
Madame Nakigozi déclare : « Notre approche associe la production alimentaire à la création de revenus et à la durabilité environnementale, ce qui permet ainsi aux femmes et à leurs familles de renforcer leur résilience à long terme tout en améliorant leur situation nutritionnelle. »
La Fondation IKEA a financé la présente nouvelle dans le cadre du projet « Sustainable Dialogue and Knowledge Sharing Communication Platforms. »