Ted Phido | juin 20, 2016
Les Nigérians et les Nigérianes adorent la tomate. C’est un ingrédient essentiel dans la cuisson de plusieurs mets populaires, et les agriculteurs et les agricultrices l’aiment, car elle se vend à un bon prix au marché.
Toutefois, cette année, les agriculteurs et les agricultrices de l’État de Kaduna, au centre-nord du Nigeria, risquent de subir des pertes après qu’une très grande partie de leurs tomates a été détruite par une infestation de ravageurs. Environ 80 % des cultures de tomate de l’État ont été détruites par une chenille mineuse des feuilles appelée Tuta absoluta.
Mallam Sagir Bala est un agriculteur du village d’Afaka, dans l’État de Kaduna. Il affirme que l’éclosion des ravageurs cette année a été dévastatrice pour les producteurs et les productrices de tomates. Il explique : « Une sorte de vers se développe et ronge les feuilles de tomate en un laps de temps, et cela [nuit] à la production de tomates. »
Avant, les tomates lui rapportaient au moins 300 000 nairas [1 500 $US] par an. Il raconte : « J’ai même pu acheter une moto avec les recettes, et il me restait beaucoup d’argent. Mais, cette année, je ne pourrai même pas gagner 50 000 nairas [250 $US]. »
Cela fait 30 ans que M. Bala cultive la tomate. Il soutient que c’est la deuxième fois qu’il voit une infestation de ravageurs aussi massive, mais que les effets sont plus désastreux cette année. Il explique : « Nous avons de la difficulté à nous en débarrasser. Ce n’était pas une véritable menace, donc aucune mesure préventive n’avait été prise. Nous attendons simplement d’autres instructions du gouvernement. »
Les autorités de l’État de Kaduna ont déclaré l’état d’urgence en ce qui concerne la production de tomate, et le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a exhorté les experts à trouver des moyens de lutte contre l’infestation.
Zainab est une consommatrice de tomates d’Abuja, la capitale du Nigeria. Elle a remarqué une hausse vertigineuse des prix. Elle déclare : « Avant, le panier de tomates coûtait 3 000 nairas [15 $US], mais presque du jour au lendemain, le prix a grimpé à 12 000 nairas [60 $US]. » Les paniers artisanaux de tomates peuvent contenir entre 40 et 65 kilos de tomates.
Taiwo Ganzallo est expert agricole dans l’État de Lagos, qui, de même que d’autres localités du pays, a été touché par l’infestation. Il affirme que les pluies abondantes sont une des raisons de l’infestation aux ravageurs. Il explique : « Les tomates ont besoin d’une certaine quantité d’eau pour survivre. Généralement, il est préférable de les arroser, car vous pouvez donner aux plantes la quantité optimale d’eau. Mais lorsqu’il pleut, et, il semblerait qu’il pleut beaucoup, vous ne pouvez pas exercer le même niveau de contrôle. Cela expose davantage les plantes à la pourriture, au mildiou et aux maladies. »
Mais tout n’est pas perdu pour les producteurs et les productrices de tomate nigérians.
Art Cardoso est l’agronome en chef de la Tomato Jos Company, dans la petite bourgade de Panda, dans l’État de Nassarawa. M. Cardoso affirme qu’il ne savait pas que le Tuta absoluta était aussi dangereux jusqu’à ce qu’il visite une ferme, à l’extérieur d’Abuja. Il se rappelle : « Je me promenais dans une serre et au milieu de pépinières, et tout avait été simplement détruit par le Tuta. »
Toutefois, M. Cardoso soutient qu’on peut vaincre l’infestation au moyen de pesticides. Il explique : « Nous possédons des pesticides efficaces que les gens peuvent se procurer assez facilement dans le pays. [Par exemple] : nous avons enregistré des résultats efficaces avec l’abamectine et le chlorantraniliprole. Nous les avons utilisés l’an dernier, et ce, pendant toute l’année, et jusqu’ici cela a fonctionné cette année. »
Pour l’instant, malheureusement, les agriculteurs et les agricultrices ont du mal à cerner la situation. M. Bala déclare : « Pour le moment, je ne [cultiverai] plus de tomates. » Il a préféré se tourner vers le maïs, ainsi que les experts du gouvernement. Il déclare : « J’ai appris que le gouvernement a fait appel à des chercheurs pour nous aider à résoudre le problème. Je prie pour qu’ils trouvent une solution positive. »