Nigeria : Des femmes privées de propriété foncière se frayent un chemin vers l’avenir (Christian Science Monitor)

| juin 4, 2026

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Nouvelle en bref

Au Nigeria, des agricultrices s’attaquent aux barrières à la propriété foncière grâce à un modèle de coopérative qui renforce l’accès aux terres agricoles et aux revenus. Dans l’État du Plateau, la coopérative agricole féminine Hoomsen de Shepwan, dirigée par Ngwan Ruda, met en commun les économies de ses membres pour louer et acheter des terres, et cultive près de 25 acres. Soutenu par une subvention de 2019 et des alliés communautaires, le groupe produit des cultures, telles que du piment et du maïs. Leur succès transforme les mentalités concernant les droits fonciers des femmes et est perçu comme un modèle pour le renforcement des pouvoirs économiques des femmes dans l’agriculture.

Tôt un matin, au marché de Longvel, dans l’État du Plateau, au Nigeria, une petite foule se rassemble autour d’un tricycle motorisé chargé à ras bord de sacs de piments. Deux garçons recrutés sur place commencent à décharger les sacs, chaque choc soulevant un nuage de poussière. Les sept femmes qui ont apporté les piments observent la scène à proximité.

Ngwan Ruda raconte que la première étape consiste à observer. Ses yeux examinent les étals du marché. Elle déclare : « Si vous vendez trop tôt, vous risquez de vendre à perte. »

Les sacs de piments, ainsi que le prix que les femmes en demanderont, témoignent de leur autonomie. Dans les zones rurales du Nigeria, les femmes cultivent la plupart des petites parcelles, mais en sont rarement propriétaires. La coopérative agricole féminine Hoomsen de Shepwan, dirigée par madame Ruda, change discrètement la donne et ouvre la voie à un élargissement de l’accès des femmes à la terre dans le pays.

L’histoire de ce groupement remonte à plus de 30 ans, dans le village de Shepwan, lorsque Goftar Rifkatu perdit son mari. À Shepwan, comme dans une grande partie du Nigeria, la terre se transmet par la lignée masculine, bien que la Constitution du pays et la loi de 1978 sur l’utilisation des terres garantissent l’égalité en matière de droits fonciers. Le maintien de l’accès d’une veuve aux terres agricoles dépend souvent de sa volonté de rester au sein de la famille de son défunt mari. Madame Rikatu a refusé d’épouser le frère de son mari et a ainsi perdu l’accès à la terre qu’elle et son mari avaient cultivée, une terre qui nourrissait ses enfants et payait leurs frais de scolarité. Elle se souvient : « Mes droits sur la terre sont morts avec lui. »

Le cas de madame Rifkatu est loin d’être exceptionnel. On estime que les femmes représentent entre 70 % et 80 % de la main-d’œuvre dans les petites exploitations agricoles du Nigeria, mais seules quelques-unes détiennent des titres fonciers. Sans ces titres, il leur est pratiquement impossible d’obtenir un crédit ou d’agrandir leurs parcelles.

Madame Rifkatu n’a pas saisi la justice, car les frais d’avocat sont élevés et les procédures peuvent s’éterniser pendant des années. Elle a préféré créer un groupement avec une vingtaine de femmes se trouvant dans une situation similaire. Elles ont commencé à travailler comme ouvrières agricoles, proposant de cultiver des parcelles pour le compte d’autres personnes et acceptant d’être payées en nature ou en espèces. En 2000, elles ont mis leurs économies en commun pour louer leur première parcelle, sur laquelle elles ont cultivé des piments, du maïs et des arachides.

« Nous étions des sœurs à la recherche de sœurs, » déclare madame Rifkatu.

D’autres femmes suivent la même voie. Ngizan Chahul est la présidente nationale de l’Association nigériane des femmes dans l’agriculture. Elle explique que les femmes défient de plus en plus les normes sociales en créant des coopératives, en rassemblant leurs économies pour louer ou acheter des parcelles, et même en saisissant la justice pour obtenir la propriété de terres. Elle ajoute : « Les obstacles sont toujours là, mais les mentalités évoluent. Un plus grand nombre de femmes commencent à considérer la terre comme un levier, et nous sommes plus nombreuses à en devenir propriétaires. »

Au départ, beaucoup de gens n’étaient pas favorables à l’idée que des femmes exploitent des terres agricoles. Manasseh Komsol, un agriculteur local, se souvient : « Au début, les gens se moquaient. Ils disaient que les femmes ne pouvaient pas et ne devaient pas gérer une exploitation agricole seules. Moi aussi, j’étais réticent. » Mais après avoir constaté leur rigueur, il leur a loué une parcelle de terre.

Les femmes ont pu développer leur entreprise en 2019, lorsque le groupe obtint une subvention de 25 000 euros (environ 29 000 $ US). Grâce à cet argent et à l’intervention d’alliés masculins, tels que monsieur Komsol, les femmes ont acheté près de 25 acres de terrain, ainsi que de l’engrais et des plants. Lorsque d’autres membres de la communauté virent cela, ils commencèrent à aider à préparer la terre pour la culture et à fournir plus de main-d’œuvre pendant les semis et la récolte.

Rebecca Naa’npoe, responsable agricole à la municipalité de Shendam, explique que la coopérative de femmes offre un modèle qu’elle espère voir reproduit par d’autres communautés. Elle déclare : « Le fait qu’elles aient réussi à mener ce projet à bien pendant plus d’une décennie, en partant de zéro et en ne comptant que les unes sur les autres, montre ce qu’il est possible de réaliser. Cela renforce l’indépendance économique des femmes. »

Le groupe a également milité en faveur de la représentation des femmes au sein de la direction traditionnelle de Shepwan, un espace longtemps réservé aux hommes. En 2023, pour la première fois dans l’histoire de la communauté, une femme a été nommée Magajiya, la dirigeante officiellement reconnue au sein de la structure clanique. Elle représente les femmes lors des réunions du conseil et contribue à la médiation des conflits. Cette nomination n’a pas mis fin aux hiérarchies de genre profondément ancrées ni aux restrictions culturelles empêchant les femmes de posséder des terres, mais elle a permis aux femmes d’avoir leur place à la table des négociations.

La coopérative des agricultrices de Hoomsen à Shepwan, qui compte désormais plus de 50 membres, se réunit chaque semaine. Les sujets de discussion vont des préoccupations familiales à la gestion logistique de l’exploitation, mais l’examen des registres répertoriant les cotisations, l’épargne et les besoins figure toujours à l’ordre du jour.

Photo : Goftar Rifkatu (en vert) et Ngwan Ruda (troisième à partir de la gauche) assistent à une rencontre la coopérative Hoomsen à Shepwan, au Nigeria.

La présente nouvelle est inspirée d’un article écrit par Ogar Monday pour Christian Science Monitor, intitulé « Women shut out of landownership in Nigeria cultivate a path forward. » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://www.csmonitor.com/Perspectives/Making-a-difference/2026/0317/nigeria-farming-women-cooperative.