Florence Ugbem | décembre 19, 2025
Nouvelle en bref
Il est tôt le matin à Uosuh 1, près de Gbajimgba dans l’État de Benue, au Nigeria, alors que les agriculteurs se préparent pour une nouvelle journée dans les champs. Grâce à des formations sur la production de riz durable, les agriculteurs locaux adoptent des variétés de cultures intelligentes face au climat et résistantes à la sécheresse. L’ancien fonctionnaire Chief Edward Tsesar et d’autres membres de la coopérative polyvalente Sabongida cultivent désormais des variétés de riz à maturité précoce, comme le FARO 44, qui nécessitent moins d’eau et mûrissent plus rapidement. Les agriculteurs constatent une amélioration des rendements, une meilleure résilience face aux courtes saisons de pluie et de meilleures opportunités sur le marché malgré les changements climatiques.
Il est environ 6 h 30 à Uosuh 1, une communauté située à quelques kilomètres de Gbajimgba, dans la collectivité locale de l’État de Benue, au centre nord du Nigeria. Malgré le vent poussiéreux de l’harmattan, Chef Edward Tsesar, 69 ans, le chef traditionnel de Tse Uosuh 1, accompagné de ses deux épouses Christiana et Hembadoon Tsesar, se rend sur sa terre agricole de six hectares pour y travailler. Il cultive du manioc sur trois hectares, du riz sur deux hectares, et du sésame et du soja sur la superficie restante.
Avec plus de 25 ans d’expérience, Chef Tsesar est un fonctionnaire à la retraite, qui s’est reconverti dans l’agriculture. Il avait l’habitude de cultiver une variété locale de riz appelée zomuje. Cette variété pousse très haut et met environ quatre à cinq mois pour arriver à maturité. Mais, il y a deux ans, lui et d’autres membres de la Sabongida Multi-purpose Cooperative ont suivi une formation de l’agence allemande de développement, GIZ, sur la production durable du riz, avec le soutien technique de l’agronome Jerry Kwaghna.
Cette formation a permis aux producteurs et productrices de découvrir des variétés de riz résistantes à la sécheresse, telles que le FARO 44, 61 et 67, ainsi que des variétés de maïs SAMMAZ 40 et 52, localement appelée Aligetenani (« qui ne prend pas de temps pour arriver à maturité » en haoussa), aux côtés du sorgho et du sésame.
Chef Tsesar raconte que l’adoption du FARO 44 ces deux dernières années a été l’une des meilleures décisions qu’il ait prises pour l’agriculture. Contrairement aux variétés locales, elle nécessite moins d’eau et arrive à maturité en seulement trois mois. Il explique : « J’ai cultivé deux fois cette année, en mai et en août 2025. Cette année, il n’a pas beaucoup plu, et ça s’est arrêté tôt. Cependant, je me réjouis que cela n’ait pas nui à mes cultures, car j’ai semé tôt et j’ai utilisé la variété résistante à la sécheresse FARO 44. Je n’ai eu aucun problème de mon rendement. »
Madame Linda Akegh, une mère de cinq enfants, âgée de 31 ans, membre de la même communauté, a également assisté à la formation. Elle cultive du riz sur un hectare et loue un autre hectare et demi pour cultiver du sésame, du soja et du manioc. À l’instar de Chef Tsesar, elle se dit satisfaite de ses récoltes. Elle témoigne : « Nous sommes en train de récolter maintenant, et le rendement semble bon. Il me reste à battre le soja, car je veux que le vent de l’harmattan réduise l’humidité avant le battage. »
Jerry Kwaghna est le PDG et le fondateur de Kwanzi Agri Innovation Limited. Il est également l’agronome qui apporte un soutien technique aux agriculteurs et aux agricultrices. Il explique que, lorsqu’il a commencé à travailler avec les agriculteurs et les agricultrices de Gbajimgba, plusieurs continuaient à semer des variétés locales, comme zomuje qui produit moins. Il souligne que les améliorations sont considérables depuis l’introduction de pratiques intelligentes face au climat, et ajoute qu’il peut désormais acheter en toute confiance le riz paddy auprès des producteurs et productrices locaux pour l’usinage.
Il ajoute que les membres de la Sabongida Multi-purpose Cooperative ont été formés aux pratiques rizicoles durables, y compris la plantation hâtive et la récolte au bon moment pour éviter les pertes après récolte.
Monsieur Kwaghna affirme : « Ils ont également choisi des graines adaptées au climat, qui résistent à la sécheresse, tolèrent les maladies et mûrissent rapidement, tout en laissant un espace de 25 centimètres entre chaque rangée de 75 centimètres. Cela permet de conserver l’humidité du sol pendant les périodes de sécheresse. »
Une fois récolté, le riz paddy se vend au marché de lyee dans la même communauté. Ce marché sert de plaque tournante où les agriculteurs et les agricultrices utilisent des balances pour vendre leurs récoltes, et on y trouve des entrepôts où sont stockées de grosses quantités. Les ouvriers et les ouvrières à l’usinage du riz et les intermédiaires se rendent fréquemment au marché pour acheter directement auprès des agriculteurs et des agricultrices.
Au marché de lyee, un centre commercial très animé, Stephen Igba, président de la Sabongida Multi-purpose Cooperative, coordonne la vente du riz paddy. Alors que le soleil se couche, beaucoup de gens arrivent pour acheter du riz.
En repensant au passé et à l’impact des variétés améliorées, il raconte : « Avant, je ne récoltais que sept à dix sacs de riz par hectare. Jusqu’ici, sur ma rizière de 15 hectares, j’ai récolté sur six hectares et ai obtenu plus de 130 sacs rien qu’avec ce qui est provenu des six hectares. Nous poursuivons la récolte sur les sept hectares restants. »
De plus, monsieur Igba a délaissé les variétés de maïs locales au profit d’autres plus intelligentes face au climat, comme le SAMMAS 40 ET 52. Il déclare : « Avec la variété de maïs locale, je récoltais environ deux sacs sur 20 rangées. Actuellement, sur ces 20 rangées, j’ai récolté plus de trois sacs. »
Outre l’amélioration des rendements, ces changements aident les agriculteurs et les agricultrices locaux à s’adapter aux nouvelles conditions climatiques plus imprévisibles, notamment la brièveté des saisons pluvieuses et la hausse des températures. Les producteurs et les productrices de Gbajimgba ont reconnu qu’avec le grand soutien des programmes de formation, l’accès aux marchés et les innovations intelligentes face au climat, ils sont mieux préparés pour affronter les chocs climatiques et récolter le fruit de leur résilience.
