admin | juillet 20, 2015
En novembre 2014, des membres de Boko Haram sont arrivés chez Fanna Liman Mustafa et ont incendié sa maison de Baga, dans le nord-est du Nigeria. Cette femme de 25 ans a décide de fuir au Niger avec ses quatre enfants. Elle témoigne : « Nous avons tout perdu dans l’incendie».
Depuis 2013, des milliers de nigérianes et de nigérians comme Mme Mustafa ont fui les violences. Elles ont tout laissé derrière elles pour se refugier de l’autre côté de la frontière à Diffa, au Niger. La multiplication des violences a entrainé une explosion du nombre de réfugiés et une crise humanitaire dont l’ampleur ne cesse de s’accentuer. Les services des Nations Unies dénombrent environ 150 000 déplacés dans la région de Diffa.
Akébou Sawadogo est le directeur de l’organisation humanitaire Save the Children au Niger. Il dit : « Ils (les réfugiés) continuent d’arriver à Diffa. Les arrivées ont considérablement alourdi le fardeau des communautés hôtes locales qui étaient déjà très vulnérables ». M. Sawadogo rajoute que les communautés hôtes ont un besoin urgent d’assistance, notamment de nourriture.
Binta Ali n’a aucune façon de prouver son identité. Les extraits d’acte de naissance des membres de sa famille et leurs autres documents avaient été détruits lors des attaques commises par Boko Haram dans leur village. Elle dit : « Aujourd’hui, j’ai des difficultés à accéder aux services de base ».
Mme Ali n’est pas la seule dans ce cas. Abdel Kadar Gonimi est un Nigérien qui vivait au Nigeria et qui a été contraint de revenir au Niger. Il dit : « Chaque fois que je veux accéder aux services destinés aux réfugiés, je dois m’expliquer plusieurs fois pour pouvoir bénéficier des prestations ».
Alassane Seyboune est le secrétaire général du ministère de l’Intérieur du Niger. Il explique : « Sans acte de naissance ou document d’identité, les populations visées ne bénéficient pas de tous leurs droits [en tant que réfugiés] et elles risquent de devenir apatrides ».
Les habitants de Diffa luttaient déjà pour leur survie avant l’arrivée des réfugiés. M. Sawadogo explique : « Si vous allez à Diffa aujourd’hui, les principaux besoins des communautés – d’après ce qu’elles disent – sont la nourriture et l’eau. La sécurité alimentaire reste donc notre principale préoccupation […] car plus il y a de ménages en situation de vulnérabilité, plus on doit distribuer d’aide alimentaire aux déplacés ».
La moitié de la population de Diffa vit avec moins de $1,25 US par jour et les taux de malnutrition sont parmi les plus élevés d’Afrique. Et pourtant, les ménages locaux partagent le peu de nourriture qu’ils ont avec les réfugié(e)s. Chaque famille héberge 17 personnes en moyenne, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies ou OCHA.
De nombreuses familles n’ont pas pu cultiver l’année dernière. L’OCHA estime que cela a provoqué un déficit céréalier de plus de 80 000 tonnes. Benoît Thiry est le directeur pays du Programme alimentaire mondiale au Niger. Il dit : « Les récoltes n’ont pas été très bonnes à Diffa et la combinaison de l’insécurité et des récoltes insuffisantes explique qu’il est difficile de nourrir les familles ».
Les enfants souffrent le plus dans cette situation. Entre le 1er janvier et le 26 avril, plus de 8 400 cas de malnutrition aiguë sévère ont été enregistrés chez les enfants de moins de cinq ans de la région. En 2014, un peu moins de 3200 cas avaient été recensés durant la même période.
Akébou Sawadogo explique que par manque de financements, les besoins alimentaires des ménages de Diffa ne peuvent pas être couverts. Ils ont besoin de mobiliser environ 14 millions de dollars pour poursuivre les opérations jusqu’à la fin de l’année.
Pour lire l’article sur lequel cette histoire est basée dans son intégralité, cliquer sur le lien suivant : http://www.irinnews.org/fr/report/101693/la-crise-humanitaire-n%C3%A9glig%C3%A9e-au-niger