Assivavi Agbogbe | juillet 23, 2023
Nouvelle en bref
Sitan Traoré est une jeune institutrice qui offre des cours d’alphabétisation à Kita, une ville située à plus de 400 kilomètres de Kayes, au Mali. Chaque jeudi soir, elle profite de ses cours pour engager des discussions sur l’avortement. Madame Traoré informe ses concitoyennes qu’elles peuvent opter pour un avortement légal lorsque cela est nécessaire afin de réduire les risques que comportent les avortements clandestins. Berthe Diarafa Sissoko est sage femme. Selon elle, les femmes ont recours aux avortements clandestins, car elles méconnaissent la loi et les préjugés de la société malienne. Madame Traoré invite les femmes à choisir un avortement légal au besoin pour préserver leur santé.
Il est 14 h 30 en ce jeudi après-midi à Kita, une localité située à 400 kilomètres de la région de Kayes au Mali. Sitan Traoré, une institutrice d’alphabétisation, s’installe dans sa classe à l’Académie d’enseignement de Kayes. Elle apprend à lire et à écrire à des hommes et des femmes adultes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Outre ses cours d’alphabétisation, chaque jeudi, madame Traoré discute de l’importance de l’avortement légal avec les élèves.
Elle déclare : « Au cours des discussions, une des apprenantes victimes de viol a avoué avoir eu recours à l’avortement clandestin à cause des préjugés. Aujourd’hui, elle ne peut plus enfanter, car son utérus a été endommagé. »
Madame Traoré profite de son cours d’alphabétisation pour sensibiliser ses concitoyens et ses concitoyennes sur la façon dont les avortements légaux sont moins risqués que les avortements clandestins pour les femmes. Elle déclare : « Je sensibilise ma communauté pour éviter aux femmes de subir le traumatisme lié à l’avortement mal pratiqué. Je vis avec les séquelles d’un avortement clandestin et je ne souhaite pas cela à une autre femme. »
Madame Traoré explique avoir subi un avortement clandestin. Elle déclare : « J’avais 17 ans quand je suis tombée enceinte. Mon copain et moi avons opté pour un avortement clandestin, car l’avortement est interdit au Mali. J’ai perdu du sang pendant des mois, j’ai subi un traumatisme et j’ai failli perdre la vie. » Madame Traoré affirme avoir eu recours à l’avortement clandestin à cause des préjugés sur les grossesses hors mariage.
Aujourd’hui, grâce à une prise en charge médicale et psychologique, madame Traoré est en bonne santé. Elle sensibilise sa communauté pour qu’elle abandonne les avortements clandestins. Lors des discussions, elle se base sur son histoire pour expliquer les conséquences des avortements clandestins. Elle raconte à ses élèves que malgré l’interdiction de l’avortement au Mali, en cas de viol ou d’inceste, la femme ou la jeune fille est autorisée à recourir à l’avortement après consultation d’un médecin. Elle déclare : « En discutant avec ma communauté, je me suis rendu compte qu’elle ne savait pas que l’avortement légal était possible dans certaines situations. »
Berthe Diarafa Sissoko est sage-femme au Centre médico-social (CMS) de la commune V de Bamako. Elle déclare : « En plus de l’interdiction légale, la société malienne n’est pas favorable à l’avortement. Elle est très attachée à la religion. Lorsqu’une femme se risque à l’avortement, sa communauté la considère comme un paria. Je salue le courage de madame Traoré qui brave ces tabous pour sensibiliser les gens à travers son histoire. »
Au-delà des préjugés qu’elles subissent, les femmes qui ont recours aux avortements clandestins s’exposent à des risques pour leur santé sexuelle et reproductive. Madame Sissoko déclare qu’après un avortement clandestin, la santé de la femme peut-être gravement compromise. La femme peut avoir une rupture de l’utérus ou une hémorragie sévère. D’autres conséquences incluent les lésions de l’appareil génital, les perforations de l’utérus et les infections qui peuvent être une cause infertilité. Les femmes peuvent également souffrir de traumatisme psychologique lié à l’avortement.
Amos Goïta est sociologue et enseignant à l’université de Ségou. Il estime que les femmes et les jeunes filles ont de plus en plus recours à l’avortement clandestin malgré les risques que cela comporte à cause de la méconnaissance des textes et des préjugés. Monsieur Goïta déclare que le taux d’avortement clandestin chez les femmes et les jeunes filles au Mali est passé de 19 % à 23,3 % entre 2014 et 2019.
Il conseille aux femmes ayant subi un viol ou un inceste de consulter un gynécologue afin de bénéficier d’un avortement légal en cas de besoin.
Madame Sissoko salue l’initiative de madame Traoré. Elle pense que la sensibilisation contre les avortements clandestins peut aider les populations à comprendre les dangers et à abandonner la pratique. Elle soutient qu’au-delà de celle de madame Traoré, la sensibilisation se fait aussi dans les centres de santé au Mali.
Madame Traoré conclut : « La vie est sacrée. Mais l’avortement est nécessaire dans certaines situations pour sauver celle de la femme. C’est pour cela que nous devons continuer de sensibiliser nos communautés sur la nécessité d’opter pour un avortement légal dans ce genre de situation. »
Cette nouvelle a été produite dans le cadre de l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et filles en matière de santé sexuelle et reproductive et à renforcer la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti et le district de Bamako au Mali. Le projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ – MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.