Dioro Cissé | mai 13, 2024
Nouvelle en bref
Oury Thera est une jeune mère de la commune rurale de Pélengana, près de Ségou, au Mali. Son parcours vers la maternité a été difficile, assombri par des craintes d’infertilité, ce qui l’a amené à consulter des tradipraticiens et des tradipraticiennes. Confrontée à l’infertilité, elle a souffert de l’isolement et des préjudices de sa propre famille, et son mari finit par divorcer d’avec elle. Après s’être remariée, madame Thera demanda une assistance médicale avec le soutien de son nouvel époux. Elle fut soignée pour une infection à la gonorrhée, put finalement concevoir et vit désormais heureuse avec sa famille.
Oury Thera est une jeune mère de la commune rurale de Pélengana, située à seulement sept kilomètres de Ségou, au Mali. Alors que les rayons du soleil disparaissent en cette soirée du mois d’avril, elle applique du beurre de karité sur le corps de son fils âgé d’un an et demi sous la véranda de sa maison.
Madame Thera évoque son chemin difficile vers la maternité, qui a été assombrie par des années de lutte contre les préjugés de la société. Après trois ans de mariage, son incapacité à concevoir commença à la préoccuper de plus en plus et pendant deux ans elle consulta des tradipraticiens sans succès.
L’infertilité est un sujet tabou dans la société malienne à cause des croyances religieuses et traditionnelles. Cela a nui à la vie de couple de madame Thera. Elle explique : « Lorsque tu souffres de l’infertilité, tes proches t’accusent de sorcellerie ou de malédiction. J’avais donc peur de l’avenir de mon mariage et du jugement de ma belle-famille. » Sa belle-famille et son mari pensaient qu’elle était maudite, et elle n’a pas bénéficié de leur soutien dans sa lutte contre l’infertilité. Elle déclare : « Ma belle-famille m’a rejetée. J’étais meurtrie. »
Elle a été mariée pendant cinq ans sans tomber enceinte. Elle raconte que son mari a divorcé d’elle à cause de son infertilité.
Madame Thera a finalement enfanté après avoir bénéficié d’un traitement efficace à la Clinique Wassa de Pélengana. Après son divorce, son père lui conseilla de voir un médecin, alors elle consulta un spécialiste en santé sexuelle et reproductive. Le diagnostic révéla qu’elle souffrait d’une gonococcie qui avait affecté ses trompes. Madame Thera fut soumise à un traitement aux antibiotiques de deux mois avec un suivi hebdomadaire, ce qui lui permit de guérir complètement. Maintenant qu’elle s’est remariée, elle est toujours suivie par un gynécologue, et son nouvel époux la soutient.
Elle déclare : « Quand j’ai rencontré mon [deuxième] époux, j’ai expliqué mon passé. On a décidé de consulter un gynécologue pour avoir une assistance. »
Le docteur Mamadou Kewou est le responsable de la Clinique Wassa de Pélengana. Il déclare : « On parle d’infertilité quand le couple rencontre des difficultés d’avoir une grossesse après une année de relations sexuelles sans utilisation de méthodes contraceptives. »
Il explique que l’infertilité peut toucher aussi bien les hommes que les femmes. Un homme infertile peut avoir des troubles hormonaux, une dilation des veines des testicules, une obstruction des voies génitales, d’infections sexuellement transmissibles chroniques ou de carences nutritionnelles. Chez la femme, les causes de l’infertilité sont la ménopause précoce, l’endométriose, l’obstruction des trompes de Fallope ou les anomalies de l’utérus.
Le docteur Kewou ajoute que les signes de l’infertilité sont les troubles de l’érection ou d’éjaculation, les tumeurs testiculaires chez l’homme. Chez la femme, elle peut souffrir d’une irrégularité des règles ou de douleurs pelviennes. Il explique que les infections sexuellement transmissibles comme la gonococcie dont a souffert madame Thera peuvent être une cause de l’infertilité chez l’homme ou chez la femme si elles ne sont pas détectées et soignées à temps.
Il affirme que les femmes et les filles portent souvent à tort le poids sociétal de l’infertilité et de ses conséquences comme les violences basées sur le genre ou la stigmatisation. Il indique que selon leurs statistiques sur la prévalence de l’infertilité au Mali, le taux de prévalence de l’infertilité dans les couples qui effectuaient des consultations gynécologiques était de 20 % en 2018.
Le docteur Kewou soutient que l’homme ou la femme peut guérir d’une infertilité, car plusieurs traitements existent, y compris l’insémination intra-utérine et l’hormonothérapie.
Madame Thera, désormais remariée, mène une vie paisible avec son second époux et leur fils grâce aux soins médicaux efficaces. Elle conseille vivement aux couples de consulter un médecin en cas de problème de reproduction.
Elle déclare : « Je demande aux femmes de garder espoir et de se faire consulter rapidement, car l’infertilité n’est pas irréversible. Aux hommes je leur demande de s’impliquer, car l’infertilité peut venir de leur côté aussi. »
La présente nouvelle a été produite dans le cadre de l’initiative « Hérè – Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et filles en matière de santé sexuelle et reproductive et à renforcer la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti et le district de Bamako au Mali. Le projet est mis en œuvre par le Consortium Hérè – MSI Reproductive Choices Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.
Crédit photo : Oury Thera et son fils au Mali, prise par Dioro Cissé en 2024.