Mali : Une coopérative de femmes s’organise pour une vente plus lucrative de leurs pommes de terre

| février 7, 2022

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Nouvelle en bref

On est vendredi, 9 h du matin, et le soleil de décembre est à peine visible. Au marché Château, Néné Traoré tient sa rencontre hebdomadaire avec les vingt membres de sa coopérative de vendeuses de pommes de terre. Au Mali, ce sont surtout des hommes qui vendent la pomme de terre. Les femmes qui en vendent ont généralement des revenus plus faibles et n’ont pas les moyens d’acheter des quantités suffisantes pour réaliser de bons profits. Madame Traoré et ses camarades vendeuses ont créé leur coopérative pour acheter en groupe. Grâce à ce système, chaque femme gagne désormais plus de 150 FCFA (environ 0,60 $ US) par kilogramme, comparativement aux 50 FCFA (moins de 1 $ US) par kilogramme si elle vend indépendamment de la coopérative. Outre l’achat de pommes de terre, madame Traoré et ses amies ont investi dans un système pour éviter que la chaleur détériore leur denrée.

Vendredi, il est 9 h et le soleil de décembre est à peine visible. Au marché du Château, le deuxième plus grand marché du centre-ville de Ségou, situé à 240 kilomètres de la capitale Bamako, des client.e.s marchandent et des commerçant.e.s ambulants vendent leur produits. La place des bouchers est noire de monde et la clientèle agitée passe ses commandes à haute voix.

Au milieu de ce brouhaha se tient Néné Traoré qui a quitté Markala, une localité située à 35 kilomètres pour se rendre au marché. Elle tient sa réunion hebdomadaire avec les 20 membres de sa coopérative de revendeuses de pommes de terre. Comme elle le fait chaque vendredi, madame Traoré collecte l’argent des revendeuses, et prend leurs commandes pour ses achats hebdomadaires du dimanche.

Cela fait exactement deux ans que madame Traoré et ses femmes ont formé leur coopérative de revendeuses. Avant, chaque femme achetait ses pommes de terre individuellement chez des grossistes. Mais elles avaient un bénéfice dérisoire à cause des prix et des frais de transport élevés.

Madame Traoré explique : « Nous n’avons pas beaucoup d’argent comme les hommes. Les grossistes achètent leurs pommes de terre en grande quantité, par conséquent, ils obtiennent une réduction. Lorsque les femmes reçoivent de petites commandes de la part des grossistes, elles peuvent seulement revendre le kilo à 50 FCFA (moins d’un dollar américain). Cela ne nous permet pas de subvenir à nos besoins. »

L’activité de commercialisation de la pomme de terre est dominée par les hommes au Mali. Les femmes vendeuses de pomme de terre ont des revenus faibles qui ne leur permettent pas d’acheter en quantité suffisante afin de faire de bonnes marges bénéficiaires. Elles s’approvisionnent alors auprès des grossistes à des prix très élevés.

Pour faire à cette situation, madame Traoré et ses collègues vendeuses de pommes de terre ont créé leur coopérative pour effectuer des achats en groupe. La coopérative s’appelle CESIRI, ce qui signifie « courage » en bambara, une langue couramment parlée au Mali. À travers ce dispositif d’achat groupé, la coopérative permet à chaque femme d’augmenter ses profits.

Elle explique : « Chaque vendredi, chaque femme donne l’argent de sa commande. Et je fais le voyage avec le camion parfois à Bamako, souvent à Sikasso auprès des producteurs direct là où les hommes grossistes de Ségou eux-mêmes s’approvisionnent. De retour à Ségou les dimanches chaque femme vient récupérer sa commande. Avec ce système, nous gagnons plus de 150 FCFA (environ 0,26 $ US) par kilogramme. »

Madame Traoré ne gagne rien en faisant le voyage, bien que ses frais soient couverts par la petite caisse qui est alimentée chaque mois à raison de 5 000 FCFA par chacune des femmes.

Outre l’achat de la pomme de terre, madame Traoré et ses amies ont investi dans un système pour protéger les produits agricoles de la chaleur. En saison chaude, beaucoup de femmes assistent impuissantes au pourrissement de leurs pommes de terre à cause des mauvaises conditions d’entreposage, ce qui entraîne la ruine de leur commerce. Pour éviter cela, les vingt membres du CESIRI ont cotisé 10 000 FCFA chacune pour la confection d’une étagère géante en bois avec un système d’aération où les membres peuvent préserver la fraîcheur de leurs pommes de terre en période de chaleur extrême.

Selon madame Traoré, l’idée du système leur est venue des meubles qu’on trouve souvent dans les salles à manger des familles. Lorsqu’il sera terminé, le système d’entreposage sera constitué d’une série de compartiments en bois couverts reliés par du grillage. L’obscurité permettra aux pommes de conserver leur fraîcheur, tandis que le grillage laissera l’air circuler librement et les empêchera de pourrir.

Madame Traoré explique : « Grâce à ce système de conservation, les femmes peuvent stocker les pommes de terre au marché et les vendre progressivement sans subir trop de pertes. »

Le système complet sera installé au marché Château, où il sera accessible à toutes les vendeuses de la coopérative.

Justin Théra est le directeur régional de l’agriculture nouvellement affecté à San, une ville de la région de Ségou. Il affirme que les femmes à tous les niveaux de la chaîne de commercialisation rencontrent d’énormes défis et parviennent difficilement à joindre les deux bouts. Il suggère aux femmes de former des coopératives comme CESIRI et de solliciter un appui technique pour l’achat et la conservation qui représentent l’un des plus grands problèmes pour les vendeuses.

Face aux nombreux défis, Madame Traoré invite les vendeuses de pommes de terre de tout le Mali à s’unir. Elle déclare : « Si nous acceptons de nous réunir et faire un seul bloc, nous pouvons sortir de cette dépendance économique des hommes. »

Cette nouvelle a été produite grâce à une subvention de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit GmhH (GIZ) qui met en œuvre le projet des centres d’innovations vertes.

Photo : Mariame Samake, membre de la coopérative CESIRI, vend sa part de pommes de terre au marché. Crédit : Dioro Cissé.