Mali : Des jeunes filles échappent au mariage forcé grâce à des actions de sensibilisation

| janvier 15, 2026

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Nouvelle en bref

À Komolazanfina, un village traditionnel bamanan situé à 35 kilomètres de Markala, Marama Singaré, 27 ans, s’apprête à se marier avec l’homme de son choix. Il y a quelques mois, son père a voulu la marier par force, mais sa mère, Kadidia Singaré, demanda de l’aide auprès du club des hommes défenseurs des femmes. Ce club, en collaboration avec les anciens du village, convainquit son père de changer d’idée. Selon le gestionnaire de programme Mamadou Bagayoko, les mariages forcés sont toujours monnaie courante, mais la sensibilisation est en train de changer les mentalités. Grâce au club, environ dix filles ont échappé au mariage forcé cette année.

Komolazanfina est un village traditionnel bamanan du Mali, connu pour son fort attachement aux coutumes et aux traditions. Il est situé à 35 kilomètres de Markala, au Mali. Chaque soir, Marama Singaré, 27 ans, rentre du marché avec une pile d’ustensiles bien équilibrée sur la tête. Rayonnante de joie, elle déclare : « Je me prépare pour mon mariage avec l’homme de mon choix. »

Il y a quelques mois, son père, Sitman Singaré, voulait l’obliger à se marier à un homme qu’il avait choisi. Cependant, madame Singaré obtint le soutien de sa mère, Kadidia Singaré, qui avait assisté à des séances d’information du club des hommes défenseurs des femmes sur les conséquences du mariage forcé. Il s’agit d’un club qui milite pour les droits des jeunes filles au Mali. Madame Singaré contacta le président du club, qui, accompagné de plusieurs anciens du village, rendit visite à monsieur Singaré pour le convaincre de changer d’idée. Ils lui citèrent des exemples de mariages forcés ratés qui avaient entraîné des conflits entre des familles de la communauté.

À Komolazanfina, les hommes croient à tort que les mariages basés sur le libre choix des jeunes femmes sont voués à l’échec à cause de l’absence de la bénédiction des parents. Ils ont l’impression que le respect et la dignité font défaut dans ce genre d’unions. En revanche, les mariages entre cousins et cousines choisis par les parents contribueraient à des alliances familiales fortes. Mademoiselle Singaré explique : « Si les parents croient que le prétendant du village est respectueux et travaille dur au champ, la fille n’a plus son mot à dire. »

Cependant, depuis la visite du club, monsieur Singaré voit les choses différemment. La pensée de voir sa fille souffrir dans un ménage qu’elle n’avait pas choisi l’a convaincu. À ses dires, la décision n’a pas été facile à prendre. Monsieur Singaré ajoute : « Dans le village, certains disent que je suis irresponsable et que je laisse ma femme diriger le foyer. Mais je recherche le bonheur de ma fille. » Aujourd’hui, mademoiselle Singaré s’apprête à se marier avec Amadou Traoré, l’homme qu’elle a librement choisi.

Mamadou Bagayoko est gestionnaire de programme à la direction régionale de la promotion des femmes, des enfants et de la famille. Il estime qu’il existe en moyenne trois cas de mariages forcés dans le village, et que le nombre augmente, notamment avec l’approche des mariages collectifs. Cela démontre jusqu’à quel point la communauté reste attachée à cette pratique.

Selon monsieur Bagayoko, ce n’est que par la sensibilisation que les communautés pourraient abandonner cette pratique. Il déclare : « Nous devons poursuivre nos efforts de sensibilisation, équiper les jeunes, les femmes, les responsables communautaires, et surtout les chefs religieux, en leur disant que c’est la fille qui doit choisir son partenaire pour son propre bonheur. »

Karime Keita est le président du club des hommes défenseurs des femmes. Il raconte que les mentalités commencent à changer à Komolazanfina grâce aux actions du club. Cette année, près de dix jeunes filles ont échappé au mariage forcé grâce à des activités de sensibilisation. Il ajoute que, depuis 2021, le club a sensibilisé plus de 100 personnes. Monsieur Keita déclare : « Je discute directement avec les parents. Je leur explique que cela rendra leur fille malheureuse. » Pour lui, les mariages forcés nuisent à la santé mentale et émotionnelle des jeunes qui portent ces stigmates pendant toute leur vie.

Monsieur Keita pense que le mariage forcé est l’une des causes de l’abandon scolaire chez les filles. Cet abandon les expose aux grossesses précoces et les rend vulnérables et financièrement dépendantes de leur époux.

Malgré la persistance de la pratique du mariage forcé à Komolanzanfina, mademoiselle Singaré fait partie des plus chanceuses grâce au club des hommes défenseurs des femmes qui a pu convaincre son père. Elle espère que d’autres jeunes filles auront la même chance grâce aux initiatives du club. Mademoiselle Singaré termine : « L’homme que j’aime a déjà apporté les noix de cola, et j’ai hâte de me marier avec lui. Je n’ai jamais été aussi heureuse ! »

La présente nouvelle a été produite grâce à l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et des filles en termes de santé sexuelle et reproductive, et renforcer la prévention et les solutions à la violence basée sur le genre dans les régions de Sissoko, Sékou, Mopti et le district de Bamako, au Mali. Ce projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ-MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law et Development in Africa (WiLDAF), grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.