Lovemore Khomo | février 16, 2024
Nouvelle en bref
À Kasungu, au Malawi, Funny Kampala fait fi des rôles traditionnellement dévolus aux femmes et aux hommes en ayant recours à l’agriculture pour subvenir aux besoins de sa famille. Son mari gagne un revenu modeste avec son travail de gardiennage, mais la production de cultures de valeur élevée telle que le maïs, le soja et les arachides font de madame Kampala la principale pourvoyeuse de la famille. Elle a gagné 440 000 kwachas malawites (260 $ US) la saison dernière. Son époux l’aide en partageant les tâches ménagères, ce qui dénote des rôles traditionnels dévolus aux hommes et aux femmes, ainsi que des croyances traditionnelles. Leur partenariat met en lumière la nécessité pour la société de soutenir les agricultrices, ce qui favorise le bien-être de la famille et la communauté.
C’est mercredi matin et Funny Kampala vient de terminer de désherber son champ de maïs. Ses cultures sont verdoyantes et respirent la santé, ce qui lui fait espérer une autre année de récoltes exceptionnelles.
L’époux de madame Kampala ne l’a pas accompagnée dans son champ, car il vient de rentrer du travail fatigué. Il travaille à Kasungu, où il occupe un poste de garde temporaire dans des magasins de gens d’affaires de la région.
Madame Kampala déclare : « Mon mari gagne très peu avec son travail temporaire. Je suis celle qui pourvoit aux besoins de la famille, car j’ai un meilleur revenu de l’agriculture. »
Madame Kampala vit à Kabuluzi, un village du district de Kasungu, à environ 130 kilomètres de Lilongwe, la capitale du Malawi. Elle a trois enfants et joue un rôle important dans le soutien financier de sa famille, ce qui n’est pas la norme.
Elle explique : « Dans mon pays, il y a une croissance traditionnelle dans plusieurs communautés selon laquelle seuls les hommes doivent supporter leurs familles financièrement. Mais les choses changent progressivement parce que des femmes comme moi arrivent à travailler dur et à subvenir aux besoins de leur époux et les enfants grâce aux revenus de l’agriculture. »
Depuis 2017, elle utilise son revenu agricole pour les besoins élémentaires de sa famille. Outre le maïs, elle produit des cultures à valeur élevée telles que le soja et les arachides.
Lors de la dernière saison agricole, madame Kampala a gagné 240 000 kwachas malawites (142 $ US) en vendant six sacs de soja de 50 kilogrammes chacun à 800 kwachas (0,47 $ US) le kilogramme.
Elle a également récolté cinq sacs d’arachides non décortiquées de 50 kilogrammes chacun, qui lui ont rapporté environ 200 000 kwachas (150 $ US).
Madame Kampala possède deux acres de terre pour l’agriculture. Bien que les cultures à valeur élevée l’aident à subvenir aux besoins de sa famille, affirme que le manque de terres pour produire plus de cultures à valeur élevée limite ses profits.
Elle ajoute : « Pendant longtemps, le rôle des femmes se limitait aux travaux domestiques et aux soins à apporter aux enfants. Aujourd’hui, alors que nous les femmes cultivons des denrées agricoles à valeur élevée et sommes devenues le soutien de famille, nous rendons nos familles plus solides sur le plan financier, car nous pouvons contribuer à réduire les problèmes financiers de nos familles. »
Son mari, Jacob Kampala, témoigne sa reconnaissance envers son épouse. Il ajoute : « Mon épouse est une femme travailleuse qui sait ce qu’elle veut. Ces dernières années, elle a clairement subvenu à nos besoins financiers et élémentaires grâce au profit qu’elle a réalisé de l’agriculture. »
Monsieur Kampala explique que, comme il travaille la nuit et rentre à la maison le matin, il aide sa femme à effectuer les travaux domestiques tels que la cuisine et la lessive, malgré le fait qu’il soit un homme.
Il déclare : « Pour que je commence à effectuer des travaux domestiques, généralement réservés aux femmes, j’ai été motivé par le travail assidu de mon épouse. Cela fait longtemps que nous sommes ensemble, donc je crois qu’il est convenable que je la soutienne puisqu’elle fait de son mieux pour s’assurer qu’en tant que famille nous prospérons ensemble. »
Selon monsieur Kampala, les croyances traditionnelles qui écartent les femmes et suggèrent qu’elles ne doivent pas être responsables de la prise en charge de leur famille devraient être découragées, car les choses ont changé.
Jessie Ching’oma milite pour les questions de genre et elle membre du conseil d’administration du Réseau pour la coordination du genre, une association de la société civile locale qui milite pour l’égalité entre les Malawites.
À ses dires, pour que les femmes produisent avec succès les cultures à valeur élevée et soient capables de subvenir aux besoins de leurs familles, elles ont besoin d’un solide appui de tous les membres de la société, y compris les responsables des politiques et les décisionnaires qui peuvent aider plus de femmes à avoir une terre et combattre les différentes formes de discrimination et de stéréotypes négatifs.
Madame Ching’oma déclare : « Travaillons à ce que plus de femmes aient leur terre pour qu’elles soient plus productives dans l’agriculture. Les femmes ne doivent pas fléchir, mais être douces pour convaincre leur mari de les aider dans les travaux ménagers. Les hommes doivent permettre aux femmes de travailler fort et de soutenir leurs familles financièrement. »
Madame Kampala utilise ses revenus à bon escient. Elle déclare : « J’ai utilisé l’argent pour payer les frais de scolarité de mes enfants qui étudient au secondaire. Récemment, j’ai pu également construire une bonne maison avec l’aide de mon mari. »
La présente nouvelle a été produite dans le cadre du projet « UCARE – Soins non rémunérés en Afrique subsaharienne » qui vise à renforcer l’égalité des genres et le pouvoir des femmes par un engagement pour un partage plus juste et équitable des soins non rémunérés et des travaux domestiques au sein des ménages et des familles en Afrique subsaharienne. Ce projet est réalisé en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI), ONU Femmes et le Réseau de développement et de communication des femmes africaines (FEMNET) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.
Photo : Mme Kampala debout devant son jardin où elle a diversifié avec du Soja au Malawi