Mark Ndipita | mai 8, 2017
Il est presque midi et la pluie vient juste de s’arrêter. Le temps est redevenu normal pour un début de mois de mars, avec une brise fraîche et un soleil qui apparaît lentement, chassant les nuages blancs, et réchauffant le village de Kunthulu. Kunthulu est situé à environ 25 kilomètres, au sud de Lilongwe, la capitale du Malawi. Il est entouré de champs de maïs verts, la principale culture de la région.
Martin Tchoyo cultive à environ 800 mètres de sa maison recouverte d’un toit de chaume. Il cultive des concombres, du maïs, des arachides et des patates douces. Il déclare : « [Pendant] cette période de l’année où la plupart des denrées ne sont pas prêtes pour la récolte, l’unique source fiable de revenus pour moi c’est le concombre. »
Le temps presse aujourd’hui pour M. Tchoyo qui est le soutien de famille. Il a désespérément besoin d’argent pour acheter de la nourriture et faire des provisions pour sa famille. Par conséquent, il retire son téléphone cellulaire de sa poche et appelle un fournisseur se trouvant dans les environs pour qu’il vienne dans son champ pour acheter ses concombres.
Lorsque le fournisseur accepte de venir, M. Tchoyo se précipite au champ pour récolter suffisamment de concombres pour ce dernier. Il récolte la moitié de son champ de concombres d’une demi-acre, et les trie en fonction de leur taille, leur couleur et leur qualité. Il déclare : « Je suis sûr que j’aurai de l’argent aujourd’hui parce que j’ai déjà discuté avec ce fournisseur qui vient régulièrement acheter mes concombres. Il les vend en ville. Je ne peux pas m’y rendre personnellement pour en vendre, car c’est moi qui m’occupe du champ la plupart du temps. Par conséquent, je vends toujours aux intermédiaires. »
Mr. Tchoyo a commencé à cultiver les concombres en 2013 après avoir remarqué que les agriculteurs et les agricultrices qui en cultivaient disposaient de liquidité entre janvier et mars, lorsque la plupart des cultures n’étaient pas encore prêtes pour la récolte. Avoir de la liquidité durant ces mois constitue un défi pour plusieurs agriculteurs et agricultrices d’exploitations familiales.
Patheretu Likisoni cultive du concombre dans le village voisin de Nkumanyama. Selon lui, la majorité des producteurs et productrices de concombre perdent au change parce qu’ils vendent aux fournisseurs. Il explique : « Les fournisseurs vendent dans différents coins de la ville de Lilongwe et ont environ 100 % de bénéfices. Certains agriculteurs et agricultrices qui avaient l’habitude de cultiver du concombre ont arrêté et sont actuellement des fournisseurs, car ils ont réalisé que les intermédiaires étaient ceux qui profitaient le plus de la culture du concombre. »
Mr. Likisoni ajoute que, pour que les producteurs et les productrices bénéficient de la culture du concombre, ils doivent mettre en œuvre de bonnes pratiques agricoles, telles que sarcler et utiliser de bonnes semences achetées dans des magasins. Il leur conseille également d’utiliser des intrants comme les engrais et les pesticides.
Il affirme que pendant les récoltes, les agriculteurs et les agricultrices doivent constamment surveiller les champs pour éviter de gaspiller les concombres mûrs. Il déclare : « Il faut récolter les concombres lorsqu’ils sont verts. » Lorsque les concombres jaunissent, les gens n’achètent pas ça parce qu’ils n’aiment le goût.
Mr. Likisoni dit que les organismes nuisibles compliquent la culture du concombre dans sa région, mais que les producteurs et les productrices luttent contre ce problème au moyen de pesticides.
Mr. Tchoyo encourage les agriculteurs et les agricultrices à commencer à cultiver le concombre avec d’autres denrées pour être en mesure d’avoir de l’argent lorsqu’ils commencent à en manquer. La plupart des producteurs et productrices de concombres de Kunthulu et des villages voisins gagnent entre 0,40 $ à 0,80 $ pour une douzaine de concombres. L’an dernier, il a eu près de 90 $US en vendant des concombres aux fournisseurs. Cet argent lui a permis d’acheter du maïs pour les besoins de sa famille. Le prix du maïs a flambé l’an dernier à cause des mauvaises récoltes.
Il raconte : « J’avais un peu d’argent chaque semaine grâce à la vente des concombres … et je parvenais à faire des provisions pour ma famille. »
Photo : Martin Tchoyo récolte des concombres