Malawi : Les agricultrices et les agriculteurs économisent de l’argent grâce aux résidus de tabac gratuits qui leur servent de fumier

| décembre 7, 2015

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Au Malawi, les productrices et les producteurs de maïs labourent leurs champs entre novembre et janvier pour pouvoir planter dès les premières pluies de la nouvelle saison. C’est une période très occupée. Les cultivatrices et les cultivateurs comme Chikondi Nguluwe sarclent leurs champs, les labourent et creusent des sillons où ils sèmeront des grains de maïs.

Cependant, durant ces dernières années, M. Nguluwe a ajouté un autre ingrédient à ses planches de semis. Il a répandu des résidus de tabac dans son champ, car les engrais chimiques se font rares et coûtent cher.

M. Nguluwe est un petit exploitant agricole du village de Chikanda, dans le district de Dowa, à environ 30 kilomètres, au nord de la capitale du Malawi, Lilongwe. Il affirme que les intrants agricoles coûtent de plus en plus cher. Il explique : « Plusieurs agricultrices et agriculteurs qui ne bénéficient pas du programme gouvernemental de subvention des intrants agricoles pourraient avoir de la difficulté à trouver de l’argent pour se procurer des engrais [chimiques]. Certain(e)s n’auront aucun moyen d’utiliser de l’engrais et seront certainement confrontés à une pénurie de vivres l’an prochain. »

Les agricultrices et les agriculteurs doivent débourser plus d’argent pour acheter des engrais chimiques cette année, car la quantité d’intrants agricoles subventionnés par le gouvernement ne suffit pas à combler la demande. Un sac d’engrais chimique de 50 kilogrammes coûte environ 30 $US au Malawi, et ce coût élevé met de la pression sur les petits producteurs et productrices de maïs qui cultivent cet aliment de base consommé par les habitant(e)s du pays.

Pour réduire ses dépenses en engrais, M. Nguluwe enfouit des résidus de tabac dans son champ. À mesure que ces derniers se décomposent, ils libèrent des nutriments et de la matière organique qui accroissent la fertilité du sol. Il déclare : « Le prix des engrais ne fait qu’augmenter chaque année. J’ai commencé à épandre les [résidus] de tabac dans mon champ de maïs en 2013. Plutôt que d’utiliser six sacs d’engrais, je n’en utilise que trois maintenant. »

Chaque année, M. Nguluwe se rend sur les marchés de tabac de Lilongwe, ainsi que dans les usines de transformation. Il raconte : « Nous ramassons gratuitement ces résidus de tabac. J’utilise mon charriot de bœuf. Je dois faire ça, … car nos sols sont devenus arides et sans fumier ou engrais [chimique], les agricultrices et les agriculteurs sont incapables de récolter suffisamment de maïs. »

Chikondi Nguluwe collecting tobacco residues  at Kanengo industrial area (2)

Les cultivatrices et les cultivateurs de maïs savent à quel moment précis appliquer les résidus de tabac sur leurs champs. Originaire du village de Chimwanya, Felix Gama explique : « Nous appliquons le fumier de tabac avant de creuser les stries et les sillons. J’utilise environ 12 charrettes remplies de tabac pour mon champ [d’un hectare et demi]. »

Chapatuka Vakishoni cultive également à Chimwanya. Il n’a pas d’argent pour acheter de l’engrais. Mais cette année, il a collecté des résidus de tabac après avoir vu comment ses collègues tiraient profit de cette méthode. Il déclare : « J’ai confiance, car j’ai vu [que] certains agricultrices et agriculteurs qui ne disposaient d’aucun engrais [chimique] récoltaient du maïs. »

Douglas Malawa est agent de vulgarisation agricole à Lilongwe. Il affirme que les paysannes et les paysans utilisent les résidus de tabac parce que cela coûte moins cher, et qu’ils économisent de l’argent lorsqu’ils n’appliquent pas d’engrais chimiques sur leurs planches de semis ou en guise de fumure de couverture. Il déclare : « Le maïs absorbe facilement le [résidu] de tabac, et cela n’exige pas beaucoup de travail comme c’est le cas pour la préparation d’autres types de fumier. »

M. Nguluwe est soulagé que les résidus de tabac soient efficaces. Grâce à l’argent qu’il économise en n’achetant aucun engrais, il subvient aux besoins de sa famille. Il explique : « Avant, je devais me démener pour trouver de l’argent pour les engrais. J’utilise cet argent maintenant pour acheter des articles d’épicerie et d’autres produits alimentaires pour ma famille. »