admin | mars 16, 2026
Nouvelle en bref
Grena Banda et son mari, Daniel Mwafulirwa, peinaient autrefois face aux précipitations irrégulières, aux inondations et aux engrais coûteux sur leur exploitation de Rumphi. Après avoir assisté à une formation de SPRODETA sur l’agroécologie, ils utilisent désormais du fumier, la rotation des cultures et des pratiques leur permettant d’économiser l’eau pour améliorer leurs rendements et de réduire leurs coûts. Des agriculteurs et des agricultrices comme Judith Chikoko et John Nyangulu font cas d’une production et d’économies plus importantes, alors que le district fait la promotion de solutions naturelles pour la santé des sols. Les spécialistes affirment que l’agroécologie renforce la sécurité alimentaire, encourage la diversité et subvient aux besoins des femmes et des jeunes. Le ministère de l’Agriculture du Malawi vulgarise cette approche, en vue d’une meilleure résilience et d’une meilleure durabilité.
Grena Banda et son mari, Daniel Mwafulirwa, ont peiné à joindre les deux bouts sur leur petite exploitation agricole dans le district de Rumphi pendant des années. Les précipitations irrégulières, les inondations et la hausse du coût des engrais mettaient en péril chaque saison. Nourrir leurs enfants, payer les frais de scolarité et satisfaire les besoins fondamentaux de la famille semblaient souvent impossible.
Madame Banda explique : « Année après année, nous étions en manque de nourriture. Nous dépendions des engrais, mais nous n’avions pas les moyens de nous en procurer suffisamment. Parfois, nous récoltions si peu que nous ignorions comment nous tiendrions jusqu’à la saison suivante. »
Son mari, monsieur Mwafulirwa, explique comme il devait parfois pratiquer la chasse illégale pour nourrir sa famille. Il déclare : « Je n’avais pas le choix à l’époque. Lorsque vous voyez vos enfants affamés, vous faites des choses que vous n’auriez jamais imaginé faire. Regardez ces cicatrices. Elles proviennent des menottes qu’on me faisait passer lors de mes nombreuses arrestations. »
La situation de la famille commença à s’améliorer quand Banda assista à des formations sur l’agroécologie organisées par la Small Producers Development and Transporters Association (SPRODETA). Elle déclare : « Au moyen des connaissances que j’ai acquises, nous avons adopté des pratiques agroécologiques, et c’était la meilleure décision que nous avons prise. Nous pouvons désormais produire suffisamment pour subvenir aux besoins de notre famille et nous vendons l’excédent pour avoir un revenu. »
Judith Chikoko, une agricultrice de 44 ans du village de Samuel Ngoma, luttait autrefois pour cultiver assez de maïs sur son lopin de trois acres. Elle déclare : « Avant, je pouvais seulement me permettre un sac d’engrais et ce n’était pas suffisant. Maintenant, grâce à l’agroécologie, j’utilise du fumier et je plante un maïs par station suivant l’espacement approprié, ce qui a considérablement augmenté mes rendements. Je parviens à produire plus, dépenser moins et protéger l’environnement. »
John Nyangulu, un agriculteur d’un village voisin s’est tourné vers l’agroécologie pour faire face aux pluies imprévisibles. Il déclare : « J’ai décidé de tester l’agroécologie à cause des pluies imprévisibles. J’ai créé des planches permanentes et surélevées pour être sûr que mes cultures retiennent l’humidité durant les périodes sèches. Je fais également du compost et je gère efficacement l’eau, et j’utilise même les eaux usées pour les légumes et les patates douces. »
Il ajoute : « Pour une acre, il vous faut environ quatre sacs d’engrais minéral, qui coûte près d’un demi-million de kwacha. Mais grâce au fumier, le coût baisse à environ 100 000 kwacha. Cela fait une économie importante, et c’est beaucoup plus soutenable. »
Hastings Nyirongo, directeur de l’agriculture du conseil municipal de Rumphi affirme que la municipalité encourage les agriculteurs et les agricultrices à employer des procédés écologiques plutôt que des intrants synthétiques. Il déclare : « Nous encourageons surtout les communautés à exploiter les synergies écologiques qui existent. Nous étudions la possibilité de recourir à la fixation naturelle de l’azote pour améliorer la santé des sols plutôt que d’appliquer beaucoup de produits chimiques. »
Anna Chikoko, gestionnaire de programmes à SPRODETA, explique que les agriculteurs et les agricultrices dépensent désormais moins pour les engrais tout en bénéficiant de plus de rendements. Elle déclare : « Les agriculteurs réduisent actuellement le coût des engrais de plus de 40 %, tout en obtenant des rendements variant de 30 à 40 sacs de 50 kilogrammes de maïs par acre, ce qui prouve que l’agroécologie constitue un moyen durable et rentable pour la production alimentaire. La diversité a également joué un rôle essentiel dans les progrès enregistrés, les producteurs et les productrices pouvant désormais élever divers types d’animaux, ce qui favorise la production de fumier et enrichit ainsi le sol. Le fumier contribue également à la rétention d’eau, ce qui permet aux cultures de bien croître même en période de sécheresse. »
Nozgenji Bilima, experte en agroécologie et en systèmes alimentaires, soutient que cette approche renforce la résilience et la sécurité alimentaire. Elle explique : « L’agroécologie favorise la diversité tant au niveau de la production que de l’alimentation, ce qui améliore la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages. Elle encourage la recherche menée par les agriculteurs et les agricultrices et leur appropriation du projet, et surtout, l’égalité des genres grâce à l’implication des femmes et des jeunes. »
Elle ajoute : « Il y a des compromis à faire. L’agroécologie peut être une pratique exigeante en main-d’œuvre. La culture intercalaire peut limiter la mécanisation, et les idées reçues selon lesquelles « l’agroécologie ne peut pas nourrir une population croissante » freinent les investissements. Un indicateur important de réussite serait la mise en place d’une stratégie nationale claire en matière d’agroécologie. Les financements publics devraient également soutenir les approches durables plutôt que de se concentrer principalement sur les engrais et les semences hybrides.
Gertrude Kambauwa, directrice des ressources foncières au ministère de l’Agriculture du Malawi, explique que le pays intègre l’agroécologie dans ses politiques, afin d’améliorer la résilience face au changement climatique. Elle déclare : « En matière de vérification et de mesure de l’impact, les écoles pratiques d’agriculteurs sont mises à contribution pour présenter les pratiques agroécologiques, grâce à des systèmes de suivi et d’évaluation rigoureux. Il reste désormais à mettre en œuvre l’agroécologie à grande échelle, afin que de nombreux agriculteurs du pays puissent en tirer profit. »
Photo : Grena Banda et Daniel Mwafulirwa. Image de Kelvin Tembo.
La présente nouvelle est inspirée d’un article écrit par Kelvin Tembo pour Mongabay, intitulé « In Malawi, farmers rebuild soil and livelihoods through agroecology. » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://news.mongabay.com/2026/03/in-malawi-farmers-rebuild-soil-and-livelihoods-through-agroecology/