Noro Raoeliharison | décembre 23, 2016
« Ventre affamé n’a point d’oreilles », nous dit l’adage.
Quand les écoliers et les écolières ont faim, ils sont incapables de se concentrer et perdent tout intérêt pour les études. À Fizinana, à Madagascar, le manque de nourriture se fait sentir pendant la période de soudure entre novembre et mars. Plusieurs enfants refusent d’aller à l’école parce qu’ils ont faim, et finissent par abandonner tout simplement.
En 2010, cinquante parents se sont organisés pour préparer à manger pour les élèves de l’école primaire publique de Fizinana, un village situé à 300 kilomètres au sud d’Antananarivo, la capitale. Par conséquent, plus de 100 élèves déjeunent désormais à l’école, quatre jours par semaine en période de soudure.
Marie Claire Raharovelo a quatre enfants. Elle fait partie des agriculteurs et des agricultrices qui ont instauré la cantine scolaire. Coiffée d’un chapeau en paille de raphia qui recouvre ses cheveux tressés, et vêtue d’un pagne de couleur orange imprimé de fleurs blanches, elle raconte avec enthousiasme comment les parents d’élèves se sont organisés pour faire fonctionner la cantine de scolaire.
Elle explique : « La [cantine] commence en novembre et se termine en fin février. Tous les jours, sauf le vendredi, jour du marché, trois mères rassemblent toutes les provisions nécessaires pour la cuisson des repas. Les élèves, eux, doivent apporter uniquement le bois de chauffe. »
L’école a mis à leur disposition un ancien bâtiment inoccupé qui sert de cuisine et de réfectoire. Durant cette année scolaire, 162 enfants ont déjeuné à l’école pendant la période de soudure. La cantine scolaire préparait près de quatorze kilogrammes de riz par jour.
Les parents, qui sont des agriculteurs et des agricultrices, collectent les provisions destinées à la préparation des repas. Mme Raharovelo déclare : « Notre première réunion a eu lieu pendant les récoltes, entre mars et fin juin. Chaque parent a apporté quinze kilogrammes de riz paddy. Juste avant la rentrée, au mois d’octobre, on se réunit à nouveau pour décortiquer le riz paddy. »
Christian Razafitsirahonana est le directeur de l’école. Debout dans la cour de l’école, il porte un tablier. Il est fatigué après les cours de la journée, et ses mains sont recouvertes de poudre de craie blanche. Pour lui, la cantine est une réussite totale. M. Razafitsirahonana ajoute : « Il n’y a pas eu d’absentéisme durant l’année scolaire ». Il ajoute fièrement : « Je suis content d’être là, les élèves ont changé. Ils sont enthousiastes et participent à l’école. »
Grâce au succès de la cantine scolaire, des parents des villages voisins ont également commencé à envoyer leurs petits à l’école de Fizinana. Le directeur explique : « Cette année, l’école compte 162 élèves, contre 89 en 2009. Tous les enfants ont terminé l’année scolaire, ce qui est essentiel pour nous les enseignant(e)s. » Il est content de rajouter que « les enseignant(e)s ont aussi droit à la cantine. »
Pour les parents d’élèves comme Mme Raharovelo, la cantine comporte beaucoup d’avantages. Elle déclare : « On a plus de temps à consacrer aux travaux champêtres, car les enfants restent à l’école à midi. »
La cantine scolaire bénéficie d’une aide extérieure. Mme Raharovelo confie : « Une association nous a fourni des ignames pour accompagner le riz, et une ONG a réhabilité notre cuisine et notre réfectoire. » Elle ajoute : « Avec ou sans aide, nous continuerons de prendre en charge nos enfants. La [cantine] sera toujours là. »
Cet article a été initialement publié en mai 2015