Nelly Bassily | avril 27, 2015
Trois cents femmes du village d’El Poloi ont rompu avec la tradition. Les bergères ont échangé leurs chèvres contre une activité plus lucrative : la culture et la vente de l’aloès.
Elles exportent les feuilles de cette plante désertique vers l’Europe, où l’aloès est utilisé pour la fabrication de produits cosmétiques et de produits médicinaux traditionnels. Les femmes utilisent les profits pour améliorer leurs moyens de subsistance et envoyer leurs filles à l’école.
Seuls quelques arbustes rustiques et herbes des jésuites survivent sur les terres hostiles du nord-ouest du mont Kenya recouvert par la neige. Selon le service météorologique du Kenya, moins de 400 millimètres de pluie tombent chaque année dans la région avoisinante d’El Poloi en proie à la sécheresse. Généralement, les hommes de la localité se rendent au mont Kenya en saison sèche pour faire paître leurs troupeaux, laissant derrière eux les femmes et les enfants ne disposant pas du suffisamment de nourriture.
Les femmes savent que le maïs et les légumes ne produisent pas beaucoup dans leur région. Par conséquent, il y a six ans, elles ont décidé de cultiver l’aloès, une plante que l’on trouve partout dans les régions très arides du Kenya.
Rosemary Putunoi est la responsable de Twala Cultural Manyatta Women, un des quatre groupements féminins qui cultivent l’aloès dans la région. Les hommes de sa communauté ont attribué au groupement une terre aride et érodée de 16 hectares en 2008 pour qu’elles y cultivent.
Mme Putunoi raconte : « Nous y avions vu alors l’occasion d’avoir un revenu en cultivant l’osunguroi [aloès] que nous avons échangé contre des chèvres proposées par nos hommes. Pour commencer, nous avons planté de l’aloès sur [un hectare], et 12 racines de plantes [pouvaient être] échangées contre une chèvre. »
La culture de l’aloès ne procurait pas que ces avantages. En effet, les femmes ont découvert que les plantes amélioraient le sol et freinaient l’érosion. Des herbes ont commencé à pousser entre les plants, du coup, elles ont demandé aux bergers de payer des frais pour faire paître les animaux sur leur terre.
Un problème subsistait toutefois. Les femmes ne savaient pas le gouvernement kenyan avait interdit l’exploitation commerciale de l’aloès en 1989.
Solomon Kyalo veille à l’application d’un traité international, à savoir la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) au Kenya. Il affirme que la plante était menacée d’extinction et que c’est sa surexploitation qui avait entraîné cette interdiction.
Mais la CITES peut émettre des permis pour la culture de l’aloès, et des permis d’exportation sont disponibles. Les femmes ont obtenu leurs permis, ainsi qu’un permis d’exportation en 2013. Il s’agit des premiers groupements à être autorisés à exporter des feuilles d’aloès frais.
Joseph Lentunyoi est le directeur du Centre de permaculture de Laikipia. Après que les groupements ont reçu leurs licences et leurs permis d’exportation, M. Lentunyoi leur a présenté un détaillant de produits cosmétiques artisanaux basé au Royaume-Uni. Les femmes ont décroché un contrat pour ravitailler la société en feuilles d’aloès frais..
Teresa Sarioyo dirige le groupement de productrices d’aloès de Nabulu. Elle déclare : « Un kilo de feuilles d’aloès se vend [à] 380 shillings [4 $US]. Deux grosses feuilles de cette plante succulente pèsent un kilo. Nous pouvons exporter entre 45 à 80 kilos par mois. » Cela pourrait nous rapporter un revenu mensuel de 182 à 344 $US.
Mme Putunoi soutient que son groupement dépose en banque plus 300 000 shillings [3 200 $US] grâce au projet chaque année. Elle poursuit : « Nos conditions de vie se sont beaucoup améliorées. Nous répartissons le dividende entre nos membres et utilisons le reste pour envoyer nos 21 filles étudier dans des pensionnats. »
Toutefois, les femmes s’assurent de ne pas compter uniquement sur les commandes provenant de l’étranger. Elles ont commencé à fabriquer des produits cosmétiques avec la sève d’aloès, y compris du savon, des lotions pour le corps et du shampoing. Elles vendent leurs produits aux hôtels et aux maisons d’hôte locaux. Mme Putunoi déclare : « Nous voulons apporter une valeur ajoutée en exploitant chaque plant d’aloès que nous produisons. »
Pour lire l’article duquel provient cette histoire intitulée « Un bon profit pour les Kenyanes qui vendent de l’aloès à une société de produits cosmétiques britannique », cliquez sur : http://www.trust.org/item/20150421092600-hnm7s/