Pius Sawa | mars 17, 2025
Nouvelle en bref
La communauté de Kapsisiywa a réussi à reconstituer l’écosystème de la rivière Yala en adoptant plusieurs solutions fondées sur la nature. Ces initiatives locales incluent le reboisement, avec la plantation de plus de 200 000 arbres indigènes, ainsi que la non-pratique d’activités agricoles et de pacage près de la rivière. Les femmes et les jeunes participent désormais à des activités durables, comme l’aviculture et le maraîchage. Elizabet Chepleting conserve un lopin de terre pour la production de fourrage, en y laissant l’herbe pousser plus haut pour ses vaches. Elle déclare : « Ensemble, nous discutons de la nécessité de protéger cette rivière, » soulignant l’engagement de la communauté pour la restauration de l’environnement.
Un sentier étroit part de la route en latérite, serpente une plantation de thé et s’enfonce dans une forêt dense peuplée d’oiseaux, de lapins, de sitatungas, de singes et de papillons. Au-delà de la forêt se trouve un vaste marais de roseaux, bordant un ruisseau qui se jette dans la rivière Yala. D’un côté du ruisseau, des bambous poussent, tandis que de l’herbe à éléphant pousse de l’autre côté, démontrant ainsi comment la communauté de Kapsisiywa à reconstituer l’écosystème de la rivière Yala grâce à des solutions fondées sur la nature. Au nombre de leurs actions figurent la protection d’espèces d’arbres indigènes, la plantation de nouveaux arbres, la récupération de l’eau et la prévention d’activités agricoles le long des berges de la rivière.
Originaire du village de Kapsoro, Elizabet Chepleting a gardé un lopin de terre près de la rivière, afin d’y produire des aliments pour animaux. En empêchant les vaches de paître près de la rivière, elle permet à l’herbe de pousser plus haut, et elle la récolte ensuite pour nourrir ses vaches.
Ses sept vaches laitières lui procurent assez de revenus grâce à leur lait qu’elle vend dans les marchés environnants et dans la ville de Kapsabet. Elle a suffisamment de quoi nourrir ses animaux grâce à la restauration du marais de Kapsisiywa. Cependant, il s’agit d’une action communautaire visant à protéger le bassin versant. Elle déclare : « Ensemble, nous discutons de la nécessité de protéger cette rivière. Avant tout, nous avons dit que le pâturage n’était pas autorisé près du marais et autour de la rivière. »
La rivière de Yala longue de 219 kilomètres alimente le lac Victoria et subvient aux besoins de 1,7 million de personnes grâce à l’agriculture et à la pêche. Cependant, des années de production agricole sur la berge, de déboisement pour le charbon et le bois, et la présence de pâturage dans les marais ont détruit le bassin versant. Cette situation a exposé les terres aux inondations, entraînant ainsi le lessivage de la terre dans la rivière et l’éloignement de la faune.
Le Chepling’won Water Resources Users a reçu le soutien du Yala Water Fund, un partenariat entre Women in Water and The Nature Conservancy Association. Il y a six ans, une intervention rapide de la communauté, des autorités et des spécialistes a freiné la déforestation, interdit le pacage sur les terres humides, ainsi que l’agriculture près de la rivière.
Des jeunes hommes ont creusé des tranchées pour permettre à l’eau de s’infiltrer dans le marais, tandis que des groupements de femmes ont planté des bambous et des semis d’arbres indigènes le long des rivières et des ruisseaux. Plus de 200 000 arbres ont été mis en terre. Les familles ont été également encouragées à planter l’herbe à éléphant le long des lisières des exploitations agricoles et à laisser pousser l’herbe naturellement.
Dans la forêt, des points d’eau ont été aménagés pour l’utilisation domestique tandis qu’autour du marais, des réservoirs d’eau ont été construits pour éviter que les animaux pénètrent dans les zones humides.
Aujourd’hui, la communauté de Kapsisiywa récolte les fruits de ses efforts. La biodiversité locale s’améliore. Dans le village de Kapsile par exemple, la grue royale menacée, qui avait disparu, est désormais de retour, et autour de la forêt, on remarque aussi le retour de la célèbre antilope sitatunga. Un résident, Stanley Kimutai déclare : « On les voit simplement gambader partout, et nous ne sommes pas autorisés à les chasser. »
Les jeunes profitent des projets avicoles et de maraîchage. Ils louent des fermes, récupèrent l’eau de pluie pour l’arrosage et élèvent des poules pour avoir un revenu. Un coq coûte 1 000 shillings kényans (7,68 $ US), et un plateau d’œufs coûte 450 shillings (3,45 $ US).
Ignatious Kosgey, 25 ans, est originaire du village de Kapsile. Il déclare : « Avant, je ramassais le sable de la rivière, mais nous avons constaté que ce n’était pas bien, donc j’ai décidé de me joindre à d’autres jeunes camarades pour commencer à élever la volaille. Cela m’a permis d’acheter une moto qui m’aide à gagner assez d’argent chaque jour. »
Stella Wanjala, de l’Université des sciences et des technologies de Masinde, à Kakamega, est l’une des fondatrices de Women in Water and Natural Resources Conservation. Elle fait la promotion des solutions fondées sur la nature pour contrer les effets du changement climatique sur l’environnement.
Selon elle, les solutions fondées sur la nature constituent la bonne direction à suivre, mais il faut impliquer toute la communauté. Les femmes et les jeunes ont contribué largement aux activités ayant détruit le bassin hydrologique. Les femmes y cultivaient des légumes, de la canne à sucre, de l’igname et plus, tandis que les jeunes ramassaient le sable et produisaient du charbon de bois. Mais, depuis que l’ensemble de la communauté a été mobilisé, ils ont désormais d’autres sources de revenus et emploient des pratiques agricoles plus responsables qui protègent l’environnement local.
Aux dires de madame Wanjala, les solutions fondées sur la nature consistent en des actions centrées sur l’utilisation de processus naturels pour régler les problèmes environnementaux et sociaux. Elle déclare : « Ces femmes peuvent s’impliquer dans la plantation d’arbres, elles peuvent produire des semis d’arbres, en vue d’obtenir un revenu. Ensuite, au lieu de creuser autour des marais et des berges des rivières, elles peuvent pratiquer l’apiculture sous les arbres indigènes qu’elles plantent et aussi des projets, comme l’aviculture, leur permettront de vendre des œufs et de la volaille pour gagner leur vie. Ces actions redonneront vie aux rivières et feront repousser les forêts, et le climat sera rétabli. »