Kenya : Des propriétaires fonciers massaïs restaurent la faune et protègent les pâturages grâce à des réserves naturelles communautaires (Mongabay)

| décembre 8, 2025

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Nouvelle en bref

Dans le sud du Kenya, la faune revient sur des terres autrefois dégradées par les clôtures et les ventes foncières. La Nashulai Maasai Conservancy, créée en 2016 près du Maasai Mara, appartient entièrement à 64 propriétaires fonciers maasaï qui louent leurs parcelles afin de garder le paysage ouvert au bétail comme à la faune. Son cofondateur, Nelson Ole Reiyia, affirme que la couverture herbeuse s’est rétablie, les rivières ont été restaurées et les girafes, zèbres et gnous circulent de nouveau librement. En gérant la terre collectivement, Nashulai vise à protéger les cycles de pâturage maasaï, prévenir l’accaparement des terres et renforcer les moyens de subsistance locaux.

Debout dans une vaste prairie au sud du Kenya, Nelson Ole Reiyia lève son téléphone pour montrer ce qu’il voit chaque jour. Il déclare : « Regardez, des girafes marchent devant moi. Nous en avons des centaines dans notre réserve. Il y a aussi des zèbres, vous voyez ! Et des éléphants. »

Ole Reiyia est le cofondateur de la Réserve massaï de Nashulai, créée en 2016 près de la Maasai Mara National Reserve dans le comté de Narok. Contrairement à plusieurs aires protégées que le gouvernement ou des ONG gèrent, Nashulai est la pleine propriété et est exploitée par des propriétaires terriens massaïs qui se sont rassemblés pour protéger la faune et sécuriser leurs pâturages. 

La réserve couvre plus de 2400 hectares. Chaque parcelle est une propriété privée, mais 64 propriétaires terriens ont convenu de louer leurs parcelles à la réserve pour une durée de 10 ans. Pendant cette période, ils reçoivent un paiement et s’engagent à ne pas vendre leur terrain à des étrangers ou construire des clôtures. Cela permet au bétail et aux animaux sauvages d’avoir accès à la terre. 

Ole Reiyia raconte qu’on peut voir l’impact. Il explique : « Nashulai était un grand désert de poussière. Il n’y avait aucune herbe sur le sol. Deux ans plus tard, le couvert végétal était meilleur. Nos femmes ont réhabilité la rivière. Elles ont retiré des tonnes d’ordures, et ensuite, avec les jeunes, elles ont replanté des semis d’arbres locaux le long des berges. Au fil du temps, la nature a réagi. La faune est revenue. »

Ces espaces ouverts interconnectent les réserves voisines à Maasaï Mara. Pour Ole Reiyia, voir des girafes, des zèbres et des gnous revenir lui rappelle son enfance, lorsque les animaux sauvages se promenaient librement à côté du bétail.

Cependant, avec le temps, ces paysages ouverts furent morcelés. Des étrangers achetèrent les terres, les clôturèrent et bloquèrent les voies de circulation traditionnelles. Ole Reiyia affirme avoir vu des animaux s’étrangler dans les clôtures électriques. Il explique que ces clôtures nuisaient également aux Masaïs, qui se fiaient aux cycles de pâturage continu pour déplacer les bovins et les moutons durant l’année. 

Joyce Mbataru, gestionnaire des communications à la Kenyan Wildlife Conservancies Association (KWCA), soutient que c’est la raison pour laquelle la gestion collective est importante. Elle explique : « Lorsque différents propriétaires terriens s’unissent, ils peuvent ainsi continuer à faire paître leurs animaux librement, tout en permettant aux animaux sauvages de se déplacer à proximité. Par conséquent, cela profite à la faune et au bétail. »

Elle ajoute que les réserves naturelles protègent les propriétaires fonciers des pressions extérieures. Elle déclare : « L’aménagement d’une réserve naturelle permet d’agrandir les pâturages, d’empêcher d’autres intrusions et de faire en sorte que des structures internationales ou nationales n’essaient d’acheter leur terre. »

Les problèmes fonciers ont des causes qui remontent loin. Après l’obtention de l’indépendance, le Kenya a établi des ranchs collectifs pour préserver les terres des Massaïs. Mais, comme les comités des ranchs détenaient une grande partie du pouvoir décisionnel, certains responsables s’attribuaient de grandes superficies. Beaucoup de familles choisirent plutôt la propriété privée, espérant pouvoir protéger ainsi leurs droits.

Avant, la terre était entièrement privatisée. Cependant, des investisseurs touristiques et des promoteurs immobiliers sont arrivés avec des offres alléchantes. Oley Reiyia raconte que plusieurs Massaïs, en proie à une pauvreté chronique et à l’insécurité alimentaire, acceptèrent ces offres rapidement. Il déclare : « Les pauvres ont été exploités par des riches qui voulaient acheter les terres à très bas prix… indépendamment du fait que cette terre était en fait essentielle pour la préservation de la biodiversité de Masai Mara et de Serengeti. »

Il considère cela comme une forme d’invasion des terres. Il déclare : « Mara Serengeti est une industrie de plusieurs milliards de dollars. Pourtant, les populations locales vivent toujours dans la pauvreté. »

Nashulai a été créé comme une solution de rechange. Il maintient la propriété privée des terres, mais les gère collectivement au moyen de baux. Ole Reiyia affirme que cela correspond à la culture Massaï. « La communauté massaï est un clan social; les membres ne peuvent pas vivre indépendamment les uns des autres et de la nature. »

Des recherches révèlent des résultats mitigés concernant la privatisation des terres dans la région. Certaines régions ont constaté une augmentation des clôtures et une baisse des actions collectives, tandis que d’autres ont maintenu le pâturage libre grâce à des systèmes fonciers mixtes. Nashulai entend suivre cette dernière voie.

Toutefois, Mbataru note qu’il faut de la confiance et de la participation pour un succès durable. Elle déclare : « Le défi consiste à mettre en place une structure de partage des bénéfices convenable pour tous… et à s’assurer que tout le monde participe au processus décisionnel. À l’instar d’autres réserves naturelles, la gouvernance représente généralement un défi. »

Selon les responsables de la réserve, Nashulai abrite désormais des centaines de zèbres, de gnous, de phacochères, ainsi que la population la plus importante de girafes massaïs à l’est de Mara. Des données satellitaires révèlent également une augmentation de la densité de la végétation depuis 2016. En 2020, Nashulai a reçu le Prix Équateur du PNUD pour les initiatives de conservation communautaires. 

La réserve contribue également à la lutte contre la pauvreté. Le comté de Narok est confronté à des régimes de précipitations imprévisibles et à une forte insécurité alimentaire. Pour y remédier, Nashulai emploie les membres de la communauté comme gardes forestiers et dirige un centre de formation pour des emplois en tourisme, notamment la photographie et l’hôtellerie.

Selon Ole Reiyia, l’industrie du tourisme néglige souvent les populations locales. Il explique : « Beaucoup n’emploient pas les habitants de la région. Ils disent que ces derniers ne possèdent pas les compétences requises pour leurs emplois. … Alors, nous essayons de changer cela. »

Cependant, le financement demeure un combat. Il déclare : « Notre modèle de conservation n’est pas attrayant pour les financements des grands donateurs, car nous sommes une petite réserve, nous sommes une structure communautaire. Notre concept leur paraît étrange. Comment pouvez-vous avoir des communautés qui vivent côte à côte avec des animaux sauvages ? »

Pour la communauté, Nashulai est plus qu’une réserve naturelle. Il s’agit d’un nouvel élan pour protéger leur terre, leur identité et la faune qu’ils côtoient depuis des générations.

Photo : Des girafes (Giraffa tippelskirchi) dans la réserve naturelle. Image © Nina Wang Mikkelsen, avec la gracieuse permission de la Nashulai Maasai Conservancy pour Mongabay

La présente nouvelle est inspirée d’un article écrit par Elodie Toto pour Mongabay, intitulé « In Kenya, Maasai private landowners come together to protect wildlife corridors. » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://news.mongabay.com/2025/12/a-maasai-conservancy-uses-private-lands-to-protect-kenyas-wildlife-corridors/.