Kenya : Comment le poisson bon marché de la Chine a captivé les clients (CNN)

| juin 11, 2018

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Filets en main et installés dans des embarcations motorisées qui avancent péniblement, des dizaines de pêcheurs partent sur le lac Victoria, le plus grand d’Afrique, au point du jour.

Cette scène se répète depuis des générations.

La pêche est au cœur de la vie des communautés de la région lacustre du Kenya. Cela fait des décennies qu’elle alimente l’économie et fournit de l’emploi. Mais, actuellement, la surpêche, le manque d’infrastructures et les importations de poissons bon marché portent des coups très durs à l’industrie.

Le pêcheur kényan Charles Otieno déclare : « C’est une tendance qu’on observe depuis longtemps. »

Joseph Rehmann est le cofondateur et le PDG de Victory Farms, une entreprise piscicole basée au Kenya. Il déclare : « Depuis 20 à 30 ans, les prises de perches et de tilapias ont diminué de 60 % à 80 % à travers toute la région. » Au même moment, la population kényane a globalement doublé à presque 50 millions.

Les stocks de poissons du Kenya sont mal en point, et leur principal concurrent est la Chine, une des plus grandes économies mondiales et un des principaux producteurs de poisson.

La hausse de la demande de poissons chez les Kényans implique que le pays mise sur les importations de poissons d’élevage congelés. En 2016, la Chine a exporté pour à peu près 30 millions de dollars de poissons vers le Kenya, ce qui représente le double de l’année précédente.

Charles Ngugi, ancien secrétaire des services de pêche du Kenya, exploite maintenant sa propre ferme piscicole. Il déclare : « C’est une bonne chose qu’on ait une entrée de poissons pour combler la pénurie, le déficit que nous avons. Mais d’un autre côté, nous devons être compétitifs en termes de production et baisser le coût ou augmenter nos quantités afin de pouvoir approvisionner nos communautés en poissons. »

Bien que la Chine soit à des milliers de kilomètres du Kenya, les poissons chinois sont souvent moins chers que les poissons locaux.

Le pêcheur et commerçant kényan Maurice Muma déclare : « Si vous pouvez avoir du poisson chinois, l’unité se vend à 150 shillings [environ 1,50 $ US] le kilo tandis que nous vendons à 400 shillings [environ 4 $US]. C’est un très gros problème parce que les gens préfèrent toujours ce qui coûte moins cher. »

Le secteur de la pêche kényane commence à envisager la pisciculture pour renforcer la compétitivité avec les sociétés chinoises.

Victory Farms a été créée en 2015. En moyenne, elle récolte 82 tonnes de poissons par mois. Le PDG de la société, monsieur Rehmann, déclare : « Les pêcheries kényanes des régions où nous intervenons récoltent actuellement [presque deux tonnes] par an auprès de centaines et de centaines de pêcheurs, alors qu’à Victory Farms, nous pouvons retirer [4,5 à 9 tonnes] dans une journée. »

Cependant, la pisciculture industrielle est critiquée pour ses répercussions négatives sur la santé et l’environnement si elle n’est pas pratiquée de façon durable.

Il faudrait certainement plus que de la pisciculture pour combler le manque de poissons au Kenya. Contrairement à la Chine, le Kenya doit importer la majeure partie de ses aliments pour poissons. En outre, le Kenya n’a pas toujours l’approvisionnement stable en électricité nécessaire pour s’assurer que le poisson reste frais de la source au lieu de vente.

Cela fait quelque temps depuis le boom d’exploitation du lac Victoria dans les années 80 et 90. Une meilleure protection de l’environnement et de meilleures infrastructures pourraient contribuer à restaurer le secteur de la pêche.

Monsieur Rehmann déclare : « Ce lac est actuellement sous-exploité, mais à mesure que les activités commencent à s’y développer, la protection environnementale, qui consiste à prévenir les maladies et tenir les poissons étrangers à l’écart, constituera un aspect très important de la durabilité de l’aquaculture à long terme. »

La présente nouvelle est une adaptation d’un article intitulé « Kenya’s empty nets : How cheap Chinese fish imports have hooked buyers » publié par CNN. Pour lire l’article original, cliquez sur : https://edition.cnn.com/2018/04/16/africa/kenya-fish-china-imports-cheap-africa/index.html

Photo crédit: CNN