Éthiopie : Le khat dans la Corne de l’Afrique : un fléau ou une bénédiction? (IPS)

| juillet 3, 2017

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Par un dimanche après-midi à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, des hommes dans la cinquantaine et la soixantaine arrivent dans une salle mafraj décorée dans un style traditionnel yéménite, tenant des bottes de tiges vertes feuillues appelées khat.

À mesure que les heures s’écoulent, ils parlent avec animation d’économie, de politique, de la vie et d’autres sujets tout en mâchant les feuilles. Ce rassemblement évoque une image de civilité. Mais dans beaucoup de pays, le khat jouit d’une mauvaise réputation : certains l’interdisent et d’autres demandent qu’il soit interdit.

Il n’est pas aisé de cerner le khat, surnommé également jima ou mira. Les feuilles de cette plante qui paraît inoffensive procurent un effet excitant lorsqu’on les mâche. Certains experts affirment qu’il est aussi doux que le thé. D’autres soutiennent qu’il crée une dépendance tout autant que la cocaïne. Il y a quelques années, le khat était autorisé en Grande Bretagne, interdit aux États-Unis, célèbre au Yémen et vilipendé en Arabie saoudite.

Dans la Corne de l’Afrique, le khat est institutionnalisé. Il a un impact économique considérable et joue un rôle majeur sur le plan social et culturel. À Hargeisa, la capitale du Somaliland, les dissensions à propos du khat sont peu nombreuses. On estime que 90 % d’hommes adultes mâchent le khat pour la sensation d’euphorie qu’il procure. Il est estimé que 20 % de femmes en mâchent également.

Abdul est journaliste à Addis Abeba. Il déclare : « Cette plante rassemble les gens. Elle leur permet de discuter aisément des problèmes et d’échanger des informations….En Occident, les gens ont souvent du mal à socialiser, mais ici, on prend des nouvelles de son voisin et on s’enquière de ses problèmes. »

Le khat constitue également une source de revenus importante pour le gouvernement du Somaliland. En 2014, les ventes de khat ont généré des recettes fiscales équivalant à 20 % du budget national. L’industrie du khat pourvoit 8 000 à 10 000 emplois à Hargeisa.

Le khat représente aussi une source de revenus importante en Éthiopie. Le Somaliland dépense environ 524 millions de dollars par an pour l’importation du khat éthiopien.

Cela signifie que, même si le khat rapporte d’importants revenus au gouvernement du Somaliland, il constitue également un fardeau financier pour lui. Rakiya Omaar est consultant chez Horizon Institute. Il explique : « Le khat est un joug énorme qui pèse sur l’économie fragile du Somaliland, car un gros pourcentage de ses devises étrangères sert à l’achat du khat. »

Sur le plan social, certains disent qu’il faut mâcher le khat pour comprendre ce que c’est. D’autres pensent que cette feuille addictive met à rude épreuve les relations.

Fatima Saeed est conseillère politique pour le Parti Wadani de l’opposition au Somaliland. Elle déclare : « Le problème se résume par le fait que les hommes ne s’impliquent plus au niveau de la famille, laissant ainsi la charge aux femmes de tout faire…. Les hommes passent des heures assis à mâcher du khat. Cette feuille engendre une réelle dépendance. »

Madame Saeed a soutenu le décret adopté en 2014 en vue d’interdire le khat au Royaume-Uni, où il nuisait aux membres de diaspora somalilandaise. Elle déclare : « Le khat arrivait à 17 h par avion et à 18 h les hommes quittaient leurs domiciles pour n’y retourner qu’à 6 heures du matin… Après l’interdiction, on a eu l’impression que les gens se réveillaient d’un profond sommeil. En effet, ils ont commencé à chercher du travail, et assumer leurs responsabilités familiales. »

Néanmoins, de nombreuses personnes continuent de défendre la thèse selon laquelle le khat remplit une fonction communautaire. Bien avant l’adoption du décret public par le Royaume-Uni, le London Institute for the Society of Drug Dependence avait publié une fiche d’information stipulant : « Dans les cultures où son usage est naturel, le khat est généralement utilisé à des fins sociales, tout comme le café dans la culture occidentale. »

Le khat défie les idées préconçues, tout en remettant en question les idées sur ce qu’est une drogue, une accoutumance, et les caractéristiques d’une société « accro ».

Par un dimanche à Addis Abeba, un homme yéménite est assis fumant des cigarettes, mais il ne mâche pas. Cet homme d’affaires prospère déclare : « J’ai mâché du khat pendant 30 ans…. Maintenant, j’en ai assez. Ça ne me manque pas. »

Le présent article est inspiré d’un article de l’Interpress Service, intitulé « Khat in the Horn of Africa: A Scourge or Blessing? » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://www.ipsnews.net/2017/03/khat-in-the-horn-of-africa-a-scourge-or-blessing/

Photo : Hommes relaxant au marché de Chatara à Dire Dawa mâchant du khat, en Éthiopie. Mention de source : James Jeffrey/IPS