Éthiopie : Des agricultrices et des agriculteurs s’unissent pour s’instruire sur les ondes

| avril 12, 2015

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La pluie abondante qui est tombée dans la nuit a créé un épais brouillard dans l’air frais du matin. Des silhouettes voilées surgissent de l’obscurité, conduisant des bêtes de somme surchargées vers le marché de Durame. Les ânes peinent à tirer les chariots jusqu’au chemin escarpé qui mène à la capitale provinciale. Les automobiles se distinguent par leur absence.

Dans le passé, Ayelech Shalamu ne prenait pas le temps d’écouter la radio. Elle s’occupait de ses enfants et jardinait sa terre agricole d’un quart d’hectare. Mais, il y a sept mois, la station de radio locale a commencé à diffuser une émission intitulée Wese qui a attiré son attention.

Comme tous les habitant(e)s de la province de Kambata, au sud de l’Éthiopie, à 300 kilomètres au sud d’Addis-Abeba, Mme Ayelech compte sur le bananier d’Abyssinie, une denrée locale dénommée wese en langue Kambata. La plante fournit de la nourriture, un abri et un revenu à presque tous les habitant(e)s de cette région de l’Éthiopie. Le bananier d’Abyssinie est également connu sous le nom de « faux bananier, » car il ressemble au bananier, mais ses feuilles se pointent directement vers le ciel.

Elle explique : « Je n’avais jamais entendu aucune information sur le bananier d’Abyssinie auparavant. Toutes nos connaissances se limitaient aux méthodes traditionnelles de nos familles. Nous avions l’habitude de le cultiver n’importe comment et n’importe où. Toutefois, j’ai appris que le sol a besoin d’une bonne culture méthodique, et que les plants doivent être correctement espacés. »

La culture du bananier d’Abyssinie est un travail de longue haleine. Les plantes sont prêtes pour la récolte après au moins trois ans, et certains les laissent grandir pendant cinq ou six ans, voire plus. Cependant, les agricultrices et les agriculteurs locaux ont remarqué récemment que leurs cultures étaient touchées par une maladie et produisaient très peu.

Mme Ayelech ajuste son foulard et pointe le doigt vers le sol situé près de ses pieds. Elle raconte : « Nous avions l’habitude de couper les mauvaises feuilles et de les laisser sur le sol à côté des plantes. L’émission radiophonique nous a révélé qu’il fallait retirer les boutures [infectées] du champ et les brûler. Cela limite la propagation de la maladie. »

Mme Ayelech préside un des vingt groupes d’écoute créés dans le cadre du programme financé par Irish Aid pour sensibiliser les gens par rapport à l’importance de la nutrition et renforcer la sécurité alimentaire.

Son amie, Abebech, fait également partie du groupe d’écoute des femmes dénommée Lemlemitu kosie [Le voisinage fertile], basé dans le village de Desagaba, à quelques kilomètres de Durame. Mme Abebech cultive la banane d’Abyssinie et du blé sur un dixième d’hectare. Elle déclare : « Je sais désormais que je dois seulement répandre du compost entre les jeunes plants une fois qu’ils sont bien enracinés, et non pas sur les plants. Cela permet aux racines de mieux pousser et de renforcer la plante. »

Betsega Bekele est la responsable de la station de radio communautaire de Kambata. Sa station diffuse depuis Durame des émissions qui peuvent être écoutées par environ 270 000 personnes dispersées à travers les vallées accidentées jalonnant les montagnes abruptes de la province de Kambata.

Mme Betsega déclare : « La formation dans la station que nous offre Radios Rurales Internationales nous a permis de cibler exactement ce que les agricultrices et les agriculteurs désirent connaître. Ces derniers ont décidé de baser les émissions sur le bananier d’Abyssinie, car c’est la plante la plus importante que nous cultivons. »

Meles Maarcos et l’agent de vulgarisation du village de Desagaba. Il se réjouit du fait que les agricultrices et les agriculteurs puissent obtenir des informations à travers l’émission radiophonique. Il affirme : « C’est pratique parce qu’ils entendent des choses et les prennent en compte. Pendant des années, je dissuadais les gens de pratiquer la culture intercalaire avec le bananier d’Abyssinie, et maintenant, ils ont fini par comprendre que cela provoque trop de concurrence avec cette culture. »

Nagash Heramo préside le groupe d’écoute formé uniquement d’hommes dénommé Dirbo. Il avait l’habitude de planter les semis en janvier, tous les ans, mais il a appris à creuser des trous de plantation et à les remplir de fumier avant que les pluies commencent à tomber en fin mars. M. Nagash explique : « J’ai préparé mon champ il y a trois mois. Maintenant [que] les pluies sont arrivées, je peux poursuivre la plantation. La radio a créé une certaine intimité entre nos membres. J’ai entendu ma voix à l’émission, et j’étais très enthousiaste! »

Mme Ayelech a mis sur pied un système de contraventions pour encourager les membres de son groupe à ne pas manquer ou arriver en retard aux réunions. Jusque-là, personne n’a reçu aucune contravention. Elle raconte : « Nous aimons nous rencontrer en groupe. Nous avons toutes appris de nouvelles choses, et nous voulons les partager avec le plus grand nombre de gens possible. Chaque village de la province a un groupe. Il s’agit de la meilleure façon de cultiver! »