admin | octobre 17, 2022
Les Batwa, également connus sous le nom de Pygmées, sont des chasseurs-cueilleurs qui, dit-on, auraient vécu des milliers d’années dans les forêts, y compris celles de l’Ouganda. Ils pratiquent la médecine traditionnelle à base de plante, tout en travaillant à préserver leurs terres. Chaque génération se doit d’enseigner ses pratiques durables et traditionnelles à la suivante.
Cependant, il y a trois décennies, le gouvernement ougandais a souhaité créer un parc national. Il espérait que ce parc favoriserait le tourisme et protégerait la nature et la faune de ces forêts. Le gouvernement décida de chasser les Batwa de leurs terres natales en faveur de ce parc.
Après leur expulsion, les Batwa ne reçurent aucun soutien du gouvernement. Ils durent trouver un autre habitat. Leur vie a été (et continue d’être) gravement affectée. Si jamais un Mutwa (terme singulier pour désigner les Batwa) choisit de pratiquer la chasse et la cueillette sur ses terres ancestrales, comme cela se faisait autrefois, il peut être poursuivi ou emprisonné.
Aujourd’hui, la plupart des Batwa vivent dans le district de Kisoro, à la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Cependant, les Batwa peinent également à accéder à la terre là-bas lorsqu’ils tentent par exemple de cultiver.
Patience Akankwasa, une Mutwa mère de six enfants, déclare : « Depuis que nous avons été chassés de la forêt et que nous sommes privés de terre, personne ne nous a permis d’utiliser ses terres pour cultiver. » Ce qui explique que de nombreux Batwa vivent aujourd’hui dans une extrême pauvreté.
Non seulement les Batwa souffrent de la pauvreté, mais l’expulsion de leurs terres rend difficile la transmission de leurs pratiques à leurs enfants. Elias Ssegitondo, un Mutwa vivant près de Kisoro, déclare : « Il est impossible de conserver nos valeurs et nos pratiques lorsque nous n’avons plus de terres. »
Malgré leur situation, les Batwa font preuve de persévérance, de résilience et d’innovation. L’année dernière, le plus haut tribunal de l’Ouganda a confirmé et annoncé que le gouvernement méritait d’être blâmé pour la condition socioéconomique du peuple Batwa. Par conséquent, les Batwa ont reçu des terres achetées par l’Organisation unie pour le développement des Batwa en Ouganda, ou UOBDU. Déjà, certains groupes ont développé de nouvelles pratiques de conservation sur ces terres, dont plusieurs sont liées à l’agriculture régénératrice.
Les nouvelles pratiques de conservation des Batwa englobent des techniques de terrassement appelées fanya chini, un terme kiswahili qui signifie littéralement « jeter vers le bas ». Cette pratique consiste à construire des tranchées et des crêtes en terre orientées vers le bas sur des terres agricoles en pente pour éviter l’érosion des sols. Cela favorise une meilleure rétention de l’eau, un rendement accru de cultures, une saison de croissance plus longue et une augmentation de la biodiversité végétale.
Tout comme leurs ancêtres, les Batwa pratiquent la médecine traditionnelle à base de plantes. Par exemple, ils utilisent une méthode appelée « jardin en sac » sur leurs nouvelles terres. Francis Ssembagale, un Mutwa, explique : « Nous nous assurons qu’il y a des arbres autour de tous nos jardins, y compris certaines espèces comme le bambou que nous avions dans les forêts. Nous les plantons autour de nos jardins pour avoir des médicaments. »
L’UOBDU prodigue aux Batwa des conseils sur la meilleure façon de préserver les terres qu’ils ont reçues. Un agent, Winfred Mukandinda, a informé les Batwa des dangers des engrais modernes pour les éléments nutritifs du sol. Il encourage vivement les gens à utiliser plutôt le fumier local.
Les Batwas transmettent maintenant aux enfants de leur communauté les pratiques agricoles traditionnelles, dont ils se souviennent et les nouvelles pratiques agricoles régénératrices qu’ils ont apprises.
La situation du peuple Batwa n’est pas exceptionnelle. De nombreuses communautés sont déplacées en pour que les gouvernements puissent créer des parcs de conservation. Et pourtant, les communautés autochtones comme les Batwa jouent un rôle important dans la recherche de solutions au changement climatique. Malgré ces défis, ces groupes persévèrent et transmettent leurs connaissances aux générations futures, et des organisations comme l’Organisation unie pour le développement des Batwa en Ouganda se consacrent à leur protection.
La présente nouvelle est inspirée de l’article « Deprived of their forests, Uganda’s Batwa adapt their sustainable practices », écrit par Adolf Ayoreka et publié dans Mongabay. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://news.mongabay.com/2021/10/deprived-of-their-forests-ugandas-batwa-adapt-their-sustainable-practices/.