Côte d’Ivoire: Les producteurs de cacao souffrent à cause des interdictions d’exportation (IPS, IRIN, BBC, RFI, Afrik Nouvelles, Wall Street Journal)

| février 28, 2011

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Les producteurs de cacao de Côte d’Ivoire sont les premières victimes d’un embargo sur les exportations de fèves de cacao. Le 23 janvier dernier, Alassane Ouattara a appelé à une interdiction d’un mois sur les exportations de cacao et de café. Son but est de priver Laurent Gbagbo des fonds qui le gardent au pouvoir.

Lors des élections présidentielles qui se sont tenues à la fin de l’année 2010, Alassane Ouattara a été proclamé vainqueur. Mais le président sortant, Laurent Gbagbo, refuse de quitter ses fonctions.
L’Union Européenne (UE) ainsi que l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine, reconnaît Alassane Ouattara comme le vainqueur légitime. L’Union Européenne a imposé des sanctions financières sur les institutions considérées comme étant des supporters de M. Gbagbo, pour tenter de l’obliger à quitter ses fonctions. Des navires de l’UE n’ont pas le droit d’accoster dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Les sociétés multinationales ont suspendu les achats de cacao.

Blaise Ouraga est un agriculteur dans la région productrice de cacao de San Pedro. Il dit: « Les conditions de production de cette année ont été favorables à une bonne récolte. Mais, ajoute-t-il, le coût du transport et de la nourriture ont augmenté au cours des deux derniers mois. Selon M. Ouraga: « L’embargo n’est qu’une autre embuche. »

Dans un premier temps, de nombreux agriculteurs étaient en faveur de l’interdiction. Maurice Savadogo est cultivateur de cacao dans la ville d’Abengourou. Il dit: « La majorité d’entre nous sommes de petits exploitants du nord ou du centre du pays. Nous trouvons que l’interdiction fait partie du processus de toute révolution. »

Mais d’autres agriculteurs protestent contre l’interdiction. Un certain nombre d’agriculteurs ont brûlé une douzaine de sacs de cacao devant les bureaux de l’UE à Abidjan. Ils demandent à l’UE de lever l’interdiction, disant que la crise post-électorale n’est pas la faute des producteurs. Blandine Gloudoueu est une productrice de cacao de Duékoué, une ville située dans la partie ouest du pays. Elle a assisté à la manifestation. Elle demande: « Je ne suis qu’une simple productrice… Que dois-je faire de cette politique? »

Le café et le cacao génèrent environ 40 pour cent des recettes d’exportation du pays. Il y a environ 900 000 producteurs de cacao dans le pays, et on estime que six millions d’Ivoiriens comptent sur la production de cacao pour survivre.

Les agriculteurs ont déjà des problèmes de financement et de stockage pour la prochaine moisson, qui doit être récoltée entre avril et mai. Les entrepôts débordent de produits non exportés. Les banques locales et internationales ne vendent plus ni ne financent plus les achats de cacao.

Certains producteurs disent qu’ils iront chercher de nouveaux acheteurs en Chine ou en Russie. D’autres pensent qu’ils doivent vendre leurs produits pour la moitié du prix recommandé par l’association de café et de cacao. Fulgence N’Guessan est président de l’Union des coopératives de la Côte d’Ivoire. Il explique: « Les agriculteurs n’ont pas les conditions pour garder les fèves pendant plus de trois semaines. Certains préfèrent les vendre à bas prix plutôt que de risquer de ne pas pouvoir vendre du tout des fèves qui moisiront s’ils tardent à les écouler. »

D’autres agriculteurs menacent de brûler leur cacao. Zabi Youan est un producteur de Vavoua. Il avertit: « Je vais brûler mes produits. Parce que je n’arrive pas à accepter de vendre mes produits pour des sommes dérisoires, compte tenu de tout le dur travail que j’ai mis dans la production. »

Quoi qu’il arrive, les fèves de cacao sont susceptibles de trouver un moyen de sortir du pays. Les vendeurs et les analystes estiment que le cacao fera son chemin à travers les pays voisins (Ghana, Libéria et Burkina Faso), jusqu’au Togo. Kona Haque est une analyste spécialiste des matières premières agricoles, à Londres. Elle dit: « Nous allons voir une sérieuse augmentation des activités de contrebande. »

M. Savadogo, le cultivateur de cacao qui appuie l’interdiction, dit: «… si l’interdiction se prolonge jusqu’à mars, les choses seront extrêmement difficiles pour nous. Après tout, nous sommes juste des planteurs, nous nous sentons très vulnérables. »

Les prix du cacao sont en hausse. Comme il devient plus difficile d’obtenir les fèves de Côte d’Ivoire, les commerçants paient des prix plus élevés. Cette semaine, Ouattara a annoncé une extension de l’interdiction des exportations allant jusqu’au 10 mars. Après cette annonce, les prix du cacao ont atteint un niveau record. Il s’agit de la plus importante hausse de prix en 32 ans. Beaucoup prédisent une catastrophe économique et sociale si l’interdiction et la crise politique continuent.

Voici quelques lectures complémentaires sur la question du cacao:

Côte d’Ivoire: les producteurs de café et de cacao dénoncent l’embargo qui pèse sur leur production :  http://www.rfi.fr/afrique/20110215-cote-ivoire-producteurs-cafe-cacao-tirent-sonnette-alarme

Côte d’Ivoire : les producteurs de cacao en colère : http://www.afrik.com/article22065.html

Pour avoir des mises à jour sur la situation en Côte d’Ivoire :

http://www.rfi.fr/tag/cote-divoire