Côte d’Ivoire : Des femmes transforment des déchets agricoles en charbon écologique

| avril 24, 2026

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À Sokala-Sobara, au nord de la Côte d’Ivoire, des femmes de l’association Weplé-wegno transforment des résidus d’arachides et de manioc en charbon écologique, réduisant ainsi la pression sur les forêts environnantes. Sous la direction de la présidente Dongui Touré, ce groupe de 300 membres se réunit deux fois par semaine pour produire du combustible avec un liant d’amidon de manioc. Initiée en 2022 avec le soutien d’un chercheur local, cette initiative a remplacé le charbon de bois dans plusieurs ménages. Les membres affirment que ce produit est plus écologique, moins coûteux et il procure un revenu stable.

C’est le matin à Sokala-Sobara, en Côte d’Ivoire, et Dongui Touré est assise sous un abri sur la place du village. Il s’agit d’une communauté agricole située à 15 kilomètres de Dabakala, au nord de la Côte d’Ivoire. Entourée d’autres femmes, madame Touré planifie les activités de la semaine de l’association des femmes Weplé-wegno, qui signifie « ensemble nous réussirons. » Elles produisent du charbon écologique avec des coques d’arachides et de l’amidon de manioc. Madame Touré déclare : « Qui aurait pensé que notre salut viendrait des arachides ? Aujourd’hui, nous n’utilisons plus le charbon fait à partir du bois. »

Madame Touré est la présidente de l’association Weplé-wegno qui regroupe 300 membres. Elle explique que, pendant longtemps, les femmes du village ignoraient quoi faire avec les coques d’arachides et les résidus de manioc entassés dans les lieux publics après les récoltes. Aujourd’hui, elles transforment ces résidus agricoles en charbon écologique. Madame Touré déclare : « Grâce à ce charbon, nous ne coupons plus le bois dans la forêt pour nos besoins. »

Les activités des groupements féminins permettent également de nettoyer le village et de préserver la santé des familles. Madame Touré se rappelle que, dans le temps, il y avait beaucoup de résidus d’arachides et de manioc dans les espaces des villages. Désormais, après les récoltes, les femmes recueillent gratuitement les coques d’arachides et la pulpe de manioc auprès des producteurs et des productrices. Elles se rassemblent deux fois par semaine pour transformer ces résidus agricoles en charbon écologique. Selon les explications de madame Touré, le charbon est fait à partir d’un mélange d’amidon de manioc, extrait de la pulpe de manioc, avec des coques d’arachides. Premièrement, les femmes carbonisent les coques d’arachides en les faisant chauffer dans un cadre pauvre en oxygène, puis les écrasent pour obtenir une fine poudre. Elles extraient l’amidon en cuisant le manioc à la vapeur. Ensuite, elles mélangent les coques réduites en poudre avec de l’amidon et elles laissent le mélange fermenter pendant une journée. L’amidon fermenté agit comme un liant naturel lorsqu’elles malaxent la pâte fraîche et font des boules, qu’elles font par la suite sécher au soleil. 

Madame Touré affirme que l’idée du charbon écologique est venue d’un natif du village. Bazoumana Djandé Samuel Ouattara, un jeune enseignant-chercheur à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo, avec le soutien financier de l’Université de Sherbrooke au Canada.

Il a approché l’association des femmes de son village pour leur présenter la production du charbon écologique en 2022. Monsieur Ouattara explique qu’au début, les femmes hésitaient, car elles avaient l’habitude de couper du bois dans la forêt pour faire du charbon. Mais l’idée que ce sont elles, les principales actrices de ce projet, les a convaincues. 

Madame Ouattara souligne que la Côte d’Ivoire a perdu près de 90 % de sa forêt durant les 60 dernières années. Il ajoute que la sécheresse et la désertification touchent désormais 60 % du territoire. Il a entrepris cette activité, en vue de protéger l’environnement et contribuer à la lutte contre la déforestation. Monsieur Ouattara soutient que l’utilisation du charbon écologique permet de réduire la coupe du bois dans les forêts locales. À ses dires, cela favorise une régénérescence des forêts du village. 

Aujourd’hui, les femmes de Weplé-wegno maîtrisent la production du charbon qu’elles utilisent également chez elles. Madame Touré raconte que c’est une précieuse économie pour les budgets de leurs ménages. Elle ajoute que les femmes vendent le surplus de charbon à 3 000 FCFA (5,27 $ US) le kilogramme. Parfois, chaque femme gagne 5 000 FCFA (9 $ US) par semaine. 

Adjata Ouattara, une résidente de Sokala-Sobara et membre de l’association Weplé-wegno, parle des avantages du nouveau charbon, affirmant qu’il produit moins de fumée et qu’il est moins coûteux que le charbon de bois. Elle ajoute : « Depuis que nous l’avons découvert, nous n’utilisons plus le charbon de bois. »

L’initiative des femmes impressionne aussi Marc Kouadio, le sous-préfet de Sokala-Sobara. Il apprécie ce projet qui génère des emplois, nettoie le village et contribue à restaurer la forêt. Il espère que cette expérience pourra être partagée avec les femmes d’autres communautés.

Les femmes de Weplé-wegno sont fières de leur nouvelle activité. Madame Touré conclut : « Grâce à ce projet, le développement du village prend déjà forme, et l’avenir de nos enfants semble prometteur. »