Congo-Brazzaville: Une radio communautaire silencieuse depuis deux mois au grand dam des populations de la forêt congolaise (par Privat Tiburce-Massanga pour Agro Radio Hebdo)

| février 10, 2014

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Antoine Moleki, la cinquantaine révolue, est un vannier. Comme beaucoup de personnes dans les zones rurales, il travaille en écoutant la radio. Son poste récepteur est toujours accroché à une des branches du manguier lui servant d’atelier, où il suit divers programmes de sensibilisation, d’éducation et même culturels.

Souvent, ses voisins se joignent à lui quand ils sont de retour des champs. Mais, depuis deux mois déjà, M. Moleki s’interroge à savoir pourquoi il n’arrive plus à capter le signal de la radio communautaire Biso na Biso. Son village enclavé de Ngadzikolo, au bord de la rivière Sangha, en pleine forêt tropicale congolaise, est à plusieurs dizaines de kilomètres de Pokola, la localité d’où cette radio émet.

M. Moleki raconte : « C’est grâce à cette radio que notre petite communauté est informée des visites des autorités administratives, du recensement, des campagnes de vaccination, des périodes d’ouverture et de fermeture de la chasse, des maladies qui attaquent nos cultures. [Nous recevons même] des messages envoyés par les parents situés dans d’autres localités ». Pour en avoir le cœur net, il a envoyé une lettre à la directrice de Biso na Biso pour savoir si ce silence est définitif ou momentané.

Lydie Koungou est la directrice de Biso na Biso, une expression lingala  voulant  dire « entre nous » en français. Mme Koungou reçoit les lettres d’interrogation comme celle de M. Moleki et en pleine croisade de sensibilisation. Elle explique, à tous ceux qui l’interpellent, que les émissions ont été interrompues depuis que le plus gros des deux émetteurs est tombé en panne à cause que le pylône de la station a été frappé par la foudre à plusieurs reprises.

Mme Koungou dit : « Les deux appareils se trouvent chez un technicien local qui pense que l’un des émetteurs est irréparable. » La station a donc besoin d’un nouvel émetteur mais elle dit que la radio n’a pas les moyens de l’acquérir.

Mme Koungou sait que quand une radio gagne la sympathie de ses auditeurs, elle devient un élément incontournable de la vie communautaire. C’est pour cela qu’elle multiplie les démarches pour chercher à relancer les émissions. Elle ajoute : «  La radio n’ayant plus de financement […] Nous avons demandé de l’aide à [une société de bois] pour le dépannage […] J’ai également écrit à certains organismes […] pour que l’on sauve cette radio. »

Les auditeurs se sentent comme sevrés ou séparés d’un outil qui rythme leur vie depuis 2009. Il leur manque des émissions comme «  La Voix du paysan », un programme de vulgarisation d’informations agro-pastorales, ou même « Fovedi ya Baaka », un programme d’éducation et de sensibilisation présenté par des animateurs autochtones.

Pour Moussa Habis, le chef du village des autochtones de Mokouandzo, le regret est total : « Ce silence de la radio nous met mal à l’aise. » M. Habis explique que la station leur permet d’exposer leurs doléances aux autorités. Il dit : « Par exemple, grâce à la Radio Biso na Biso, la communauté a pu dénoncer l’acquisition anarchique des terres cultivables par les populations venant des grands centres urbains comme Ouesso. »

Ce silence de Radio Biso na Biso inquiète aussi Simplice Lombota. Il est enseignant à Pokola. Il dit : « Cette radio fait partie de notre vie en forêt […] Maintenant qu’elle est en panne, nous craignons l’arrêt définitif de ses émissions. Ce média est très important pour que  des peuples  autochtones se décident à laisser leurs enfants partir à l’école ».

Mais Mme Koungou ne baisse pas les bras. Elle est déterminée à lancer un appel à toute personne ou organisation pouvant permettre à Biso na Biso de continuer à servir les populations rurales du septentrion du Congo.

Note du rédacteur : Si vous souhaitez aider la station de radio Biso na Biso à revenir en ondes, veuillez communiquer avec Agro Radio Hebdo à farmradioweekly@farmradio.org afin que vous soyez mis en relation avec la station en question.

ARH avait publié la note suivante sur la façon de faire le marketing de votre station de radio communautaire en 2008 : http://hebdo.farmradio.org/2008/10/06/marketing-pour-votre-station-de-radio-communautaire/ (ARH numéro 39, octobre 2008).