Anne Mireille Nzouankeu | juin 15, 2015
Perché sur une échelle, Christian Tim cueille des graines de poivre et les range immédiatement dans un sac qu’il porte en bandoulière. Le jeune de 19 ans vit à Penja, une ville à 50 kilomètres au nord de Douala dans la région du Littoral du Cameroun. Il explique : « Je travaille dans cette plantation de poivre depuis un an. En fonction des périodes, je peux être affecté à l’entretien des plantations, à la cueillette ou même au nettoyage des graines. Je gagne ma vie grâce à ce travail ».
M. Tim est un étudiant qui a récemment arrêté ses études faute d’argent et s’est mis à la recherche d’un emploi. Il a pu obtenir ce travail car le secteur du poivre connait une embellie. Depuis septembre 2013, le poivre cultivé dans la ville de Penja a obtenu l’Indication géographique protégée ou IGP.
Le but de l’IGP, reconnu internationalement, est de protéger la réputation des produits régionaux et de promouvoir l’agriculture locale. Elle aide les productrices et les producteurs à obtenir un prix de prime pour les produits authentiques, élimine la concurrence déloyale, et garde contre les vendeuses et les vendeurs qui pourraient duper les consommatrices et les consommateurs avec des produits non authentiques.
L’IGP garantit que seuls les grains de poivre qui proviennent véritablement de la région de Penja peuvent être identifiés et commercialisés comme « poivre de Penja ». Et cela semble avoir bien fonctionné pour les productrices et producteurs de poivre du Cameroun! La demande internationale du poivre de Penja a augmenté après que ce poivre a reçu l’IGP.
M. Tim dit : « Mon père est employé dans cette plantation depuis six ans. Il m’a dit que la demande de poivre augmente sur le marché mondial et que son patron recrute de la main d’œuvre supplémentaire pour agrandir sa plantation. J’ai sauté sur cette occasion car je recherchais du travail ».
René Claude Metomo est le président de l’association des producteurs de poivre de Penja. Il explique que la forte demande du poivre de Penja a suscité l’engouement des producteurs. Il rajoute : « Le nombre de producteurs est croissant. La production de poivre a augmenté entre 20 et 30 pour cent cette année. L’année dernière nous étions autour de 300 tonnes, cette année nous tournons autour de 400 tonnes ».
Lorsqu’on plante un poivrier, on attend quatre ans pour avoir les premières récoltes. M. Metomo explique que si la production a soudainement augmenté, c’est parce que le nombre de producteurs a augmenté dès le début du processus d’obtention de l’IGP, il y a cinq années.
À l’heure actuelle, l’Afrique sub-saharienne ne compte que trois produits agroalimentaires ayant obtenu l’IGP. Il s’agit du poivre de Penja au Cameroun, du miel d’Oku au Cameroun et du café de Ziama-Macenta en Guinée.
L’IGP a aussi permis l’amélioration du prix de vente du poivre de Penja. M. Metomo explique : « Avant l’indication géographique, le prix du poivre était fluctuant. On vendait le kilogramme à environ 3000 Fcfa (5,16 $US) mais en réalité beaucoup le vendait un peu moins cher car la filière était désorganisée. L’indication géographique a été obtenue en septembre 2013. En 2014, nous avons vendu le poivre à 5000 Fcfa (8,61 $US) le kilogramme. Cette année, il est vendu à 9000 FCfa (15,49 $US) le kilo ».
Les travailleuses et travailleurs agricoles récoltent les avantages de cette augmentation de prix. M. Tim affirme qu’il réussit à mettre un peu d’argent de côté chaque mois pour pouvoir poursuivre ses études plus tard.