Cameroun : Un jeune passionné d’agriculture va de l’avant malgré le manque de terre

| janvier 5, 2015

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Machette à la main, Daniel Nkodo inspecte chaque rangée de jeunes plants, mis en pot dans des sacs plastiques et alignés les uns derrière les autres. De temps en temps, il se courbe pour arracher une mauvaise herbe et continue son inspection.  Ce pépiniériste de 30 ans gère une pépinière à Obala, une petite ville située à 30 km de Yaoundé la capitale du Cameroun.

M. Nkodo dit d’un air joyeux : « Ces plants sont comme mes enfants. Je les mets au monde et je les vois grandir. Je suis toujours très fier quand je passe dans la plantation d’un client et je vois un arbre qui est sorti de ma pépinière ».

M. Nkodo, aujourd’hui orphelin, est le troisième enfant d’une fratrie de neuf. Il se souvient : « J’ai grandi dans l’agriculture. Mon père était ouvrier agricole et nous allions parfois l’aider au champ. C’est grâce à l’agriculture que nous mangions à la maison et que nous avons pu aller à l’école».

Après avoir arraché les mauvaises herbes des pots, M. Nkodo prend un arrosoir et commence à verser de petites quantités d’eau sur chaque plant. Il continue ses explications et dit: « Lorsque je mettais par exemple une graine en terre et quelque temps après je voyais pousser des épis de maïs, je ressentais une joie immense. Il n’y a pas de mots pour expliquer cette sensation. C’est de là qu’est venue ma passion pour l’agriculture ».

Lorsqu’il était jeune, le père de M. Nkodo n’avait pas de terres ni d’argent pour en acheter. M. Nkodo rêvait de devenir un grand exploitant agricole avec beaucoup d’hectares de cultures. Ayant grandi, il a constaté que la réalité est différente.

Les terrains les moins chers coûtent environ 2000 de Francs cfa (4,20 dollars américains) le mètre carré. À ce pris, il lui faut donc deux millions de Francs cfa (4200 dollars américains) pour un hectare. En plus, un acheteur doit payer 10% de la valeur du terrain au notaire, il y a des impôts et plusieurs taxes. M. Nkodo dit:  « C’est très couteux d’avoir un lopin de terre. Je n’ai pas cette somme d’argent et je ne veux pas devenir ouvrier agricole comme mon père ».

M. Nkodo est donc devenu pépiniériste. Après une courte formation chez un autre pépiniériste, il a créé sa pépinière dans la cour de la maison familiale et s’est très vite constitué une clientèle.

Jean Iréné Ombédé est un client du jeune pépiniériste. Il a huit hectares de plantations et vient régulièrement dans la pépinière de M. Nkodo. Il dit : « J’aime bien m’approvisionner chez Daniel car il est toujours de bonne humeur et a un enthousiasme contagieux. Il ne donne pas l’impression d’être là uniquement pour de l’argent. On sent bien qu’il aime ce qu’il fait».

Mr. Nkodo vend  plusieurs arbre fruitiers dans sa pépinière. Avec les revenus issus de sa pépinière, il dit pouvoir bien s’occuper de sa compagne et ses deux enfants.

Malheureusement, son rêve d’acheter plus de terre s’envole au fil des jours. Malgré cette difficulté, il garde toujours avec le sourire. Il formule cependant un vœu à l’endroit des autorités administratives. Il dit : « Il faut que l’État allège les conditions d’obtention de la terre. On ne peut pas appliquer les mêmes règles aussi bien aux petits exploitants qu’aux grandes entreprises. Ça me semble injuste ».

M. Nkodo conclut: « J’épargne pour pouvoir m’acheter un petit lopin de terre mais c’est un peu compliqué avec mes charges. Je rêvais de devenir un grand exploitant mais aujourd’hui je serais très heureux si je réussissais au moins à devenir un petit agriculteur ».

(Publié à l’origine le 19 mai 2o14)