Nelly Bassily | juillet 22, 2013
Joseph Tesse appelle l’huile de palme « or noir ». C’est un transformateur d’huile de palme du village de Maleke, dans la Région Littoral de l’Ouest du Cameroun. Le Cameroun est le troisième plus gros producteur d’huile de palme en Afrique, après le Nigéria et la Côte d’Ivoire.
M. Tesse dit: « Chaque ménage ici a une parcelle renfermant des palmiers à huile. » Le palmier, qui est indigène à l’Afrique de l’Ouest, donne des fruits que l’on peut transformer pour faire de l’huile de palme, communément utilisée en cuisine.
Pierre Jonathan Ngom est le coordinateur national du Programme de développement du palmier à huile des petits fermiers du Cameroun. Il dit que plus de 80 pour cent de l’huile de palme produite dans le pays est exportée vers le Nigéria, le Moyen-Orient et l’Europe. À cause de cette priorisation de l’exportation, le Cameroun ne peut pas répondre à la demande intérieure en huile de palme.
Mais des petits agriculteurs relèvent maintenat le défi de produire de l’huile de palme pour le marché domestique.
Deborah Mokwe fait de l’agriculture près de Maleke, et est parmi les 200 producteurs d’huile de palme de la région. Mme Mokwe dit: « Les palmiers à huile sont (…) résistants à la sécheresse et au changement climatique et nécessitent peu ou pas d’engrais ou de produits chimiques, et ont besoin de moins de soins par rapport au cacao et au café. »
D’après le Ministère de l’Agriculture et du développement rural, le Cameroun produit environ 200 000 tonnes d’huile de palme brute (non transformée) par année. Les plantations commerciales comptent pour 140 000 tonnes, et les petits agriculteurs produisent le reste.
M. Ngom dit: « L’offre pour la consommation locale ne cesse de chuter puisqu’une grande partie de l’huile produite est utilisée par les industries de transformation et les marchés d’exportation. » Parce que l’offre décroît au niveau domestique, l’huile de palme produite localement est devenue populaire dans les marchés locaux.
Il poursuit: « La production de palmiers à huile est moins chère [que] d’autres cultures de rente (…) et les palmiers à huile donnent le meilleur rendement d’huile par unité de surface par rapport à d’autres cultures comme le soja. »
Gladys Njeni est une autre cultivatrice de palmiers à huile. Elle dit que le marché local pour l’huile de palme est devenu lucratif. Elle explique: « Un litre d’huile de palme se vend maintenant à 1,90 dollar sur les marchés locaux contre 90 cents au début de 2000. »
Mme Njeni apporte sa récolte au moulin de M. Tesse, où elle est transformée en huile. Elle dit: « Quand j’amène une tonne de noix mûres (pour le traitement), elle produit 200 litres d’huile de palme. »
Le processus d’extraction au moulin de presse de M. Tesse est lent et laborieux. Il emploie neuf personnes pour l’assister. Il dit que les hommes s’occupent des aspects plus physiques du processus. Les femmes sélectionnent les noix à transformer, et décident des meilleures approches pour commercialiser l’huile.
Le processus d’extraction implique la fermentation des noix, que l’on fait bouillir dans de grands fûts en acier. Une fois l’huile extraite, elle est diluée, filtrée au moyen d’un tamis, puis bouillie une fois de plus.
Alain Nkonji est ingénieur agronome à la Société camerounaise de palmeraies, une compagnie impliquée dans la production d’huile de palme. Il n’est pas en faveur des efforts locaux de production d’huile de palme, disant: « [Ce] n’est pas un moyen durable pour obtenir de l’huile de palme. » M. Nkonji pense que trop de déchets sont produits par les petits producteurs, qui ne peuvent pas extraire des noix la même quantité d’huile que les transformateurs industriels. Il trouve aussi que l’huile n’est pas de même qualité.
Cependant, ce que M. Nkonji considère comme des déchets a de la valeur aux yeux des agriculteurs locaux. Un des sous-produits de l’extraction à petite échelle est la « fibre de la pulpe ». Bien qu’on ne puisse pas en extraire de l’huile, les agriculteurs utilisent ce matériau pour fertiliser leurs cultures.
Mme Njeni dit: « Dans les années 1990, j’utilisais de l’engrais chimique sur ma ferme [car] (…) un sac d’engrais de 60 kilos coûtait 18 dollars, mais aujourd’hui, c’est 48 dollars, j’utilise alors la fibre de la pulpe comme engrais. »