Cameroun : Des ouvriers d’une plantation de palmiers à huile se plaignent de leurs mauvaises conditions de travail, et des mauvais salaires que leur versent les propriétaires des plantations (Les Inrocks)

| septembre 5, 2016

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Au sud-ouest du Cameroun, des hommes cueillent des régimes de palmier à huile avec de longues perches pesantes sur une palmeraie du district de Dibombari. Sur leurs fronts perlent des gouttes de sueur. Ils racontent que leur travail est difficile et qu’ils ne perçoivent qu’un petit salaire. Certains sont jeunes, et ont peut-être à peine 14 ans.

Un des ouvriers porte des sandales alors qu’il cueille les régimes. Il dit que les ouvriers doivent acheter leur propre matériel. Un autre exhibe ses gants troués et ses mains abîmées. Il déclare : « On dirait que nous sommes des animaux de brousse … Ce comme si on n’était pas des humains. »

Ce sont là quelques images frappantes publiées dans un rapport de Complément d’enquêtes sur la société de production d’huile de palme Socfin et son actionnaire majoritaire, l’industriel français, Vincent Bolloré. Le rapport comporte un extrait filmé des plantations Socapalm au Cameroun, qui appartiennent en grande partie à Socfin.

M. Bolloré nie les accusations formulées dans le documentaire, alléguant que les travailleurs avaient été payés pour faire de fausses déclarations.

Emmanuel Elong vit sur la plantation Socapalm, dans le district de Dibombari, et est le président de Synaparcam, une association qui représente les intérêts des habitants de la région. Il affirme que Socfin paie mal les ouvriers de la plantation, car ils sont rémunérés à la tâche.

M. Elong explique : « Si tu n’es pas suffisamment fort pour soulever la perche à tout moment, tu ne peux pas cueillir 50 régimes en une journée. » Un travailleur gagne 1 500 francs CFA [2,55 $US] pour une récolte de 50 régimes, ce qui est inférieur au salaire des ouvriers d’entrepôt et les chauffeurs au Cameroun. Il ajoute : « C’est la récolte qui rapporte plus d’argent. Si tu n’es pas fort, alors cela n’est pas possible d’avoir un salaire de 40 000 francs CFA [68 $US] dans les plantations de Bolloré. »

Au lieu de cela, M. Elong estime que les salaires versés sur la plantation s’élèvent en moyenne à 18 000 francs CFA (30,50 $US). Il ajoute que les ouvriers « travaillent comme des esclaves. »

Quand la plantation Socapalm appartenait à l’État, ce dernier achetait les noix de palme avec les petits exploitants agricoles de la région. Maintenant, la situation des travailleurs est plus précaire. Plusieurs d’entre eux ont des contrats temporaires et vivent dans des logements temporaires.

M. Elong soutient que les différends entre les ouvriers et les propriétaires des plantations se sont aggravés avec la privatisation de Socapalm en 2000. Il affirme que les avantages sociaux ont été supprimés à ce moment, y compris l’accès aux services de santé, à l’eau et l’éducation, ainsi que leur capacité à posséder des lopins de terre pour y cultiver.

Il est désormais difficile d’avoir de l’eau potable, car les activités de la plantation Socapalm polluent les rivières de la localité. Aucun des 13 villages riverains de la plantation Socapalm, à Kienké, n’est électrifié. Il n’y a aucune bonne route pour le transport des produits ou des personnes, et il n’y a qu’une seule école primaire. Des ONG locales et internationales ont déjà fait état des plaintes des ouvriers dans leurs rapports, et plusieurs organes de presse en ont parlé.

M. Bolloré et les ouvriers de la plantation avaient entamé des négociations en 2014, mais les discussions prirent fin suite au refus de Socfin de s’y joindre. Luc Boedt est le directeur opérationnel de Socfin. En 2015, il a déclaré au journal The Guardian: « Nous négocions avec les véritables parties prenantes. Nous nous discutons avec des élus et non avec quelques villageois agités. »

Depuis lors, Socfin a effectué certains changements que les ouvriers jugent tout de même insuffisants. Certains logements ont été rénovés, mais pas tous. Des systèmes de purification d’eau ont été installés, mais leur contenu se déverse directement dans le cours d’eau, causant ainsi une plus grande pollution.

M. Elong affirme qu’il reconnaît la contribution de Socfin, et la production d’huile de palme, à l’économie camerounaise, mais aurait préféré que la société tienne les promesses qu’elle a faites au gouvernement lors de la privatisation de Socapalm. Il ajoute : « Socapalm ne peut pas continuer à agir sur le modèle des années 30. »

Pour lire l’intégralité de l’article duquel s’inspire la présente histoire intitulée « Le conflit social gronde dans les plantations de Vincent Bolloré, cliquez sur : http://www.lesinrocks.com/2016/08/27/actualite/conflit-social-gronde-plantations-de-vincent-bollore-11859400/

Pour lire l’article de The Guardian publié en 2015, cliquez sur : https://www.theguardian.com/sustainable-business/2015/jul/27/palm-oil-boom-cameroon-land-ownership-protest

 

Photo: capture écran du reportage de Complément d’enquêtes