admin | mai 4, 2015
Emmanuel Minani a décidé de quitter le Burundi lorsque l’aile jeune du parti au pouvoir, dénommé Imbonerakure, a menacé d’incendier sa maison. L’agriculteur est précisément l’un des milliers de Burundais(e)s qui se réfugient au Rwanda voisin. Selon les réfugiés, les jeunes terrorisent les Tutsis à l’approche du scrutin présidentiel de juin prochain.
Au Burundi, les souvenirs de la guerre civile qui a duré de 1993 à 2006 sont encore frais dans les esprits. De combats ont récemment opposé la majorité ethnique Hutu à la minorité Tutsi.
M. Minani, sa femme et ses quatre enfants sont arrivés il y a peu dans le village de Gashora, au sud-ouest du Rwanda. L’agriculteur de 44 ans raconte : « Les jeunes des Imbonerakure menacent de nous tuer parce que nous ne sommes pas membres du parti, et que nous refusons de voter pour le président Pierre Nkurunziza … La nuit [les Imbonerakure] patrouillent dans le voisinage et menacent de brûler nos maisons. »
Le président Nkurunziza est au pouvoir depuis 2005. À mesure que les élections approchent, sa décision de briguer un troisième mandat ravive les tensions. Il a le soutien total des Imbonerakure que les Nations Unies accusent d’intimider ouvertement les électrices et les électeurs. Ses membres soutiennent énergiquement le président. Toutefois, ses opposants soutiennent qu’un troisième mandat est contraire à la Constitution. Même les membres de son propre parti contestent son droit à se porter candidat.
À l’instar d’autres Burundais(e)s de Gashora, M. Minani est originaire de Busoni, une localité située à une dizaine de kilomètres à l’intérieur de la frontière burundaise. Lui et compatriotes réfugiés sont arrivés au Rwanda il y a une semaine, avec ce qu’ils pouvaient. Le groupe s’est installé dans les édifices délabrés d’un ancien camp militaire, non loin du village de Gashora qui a été transformé en un centre pour réfugiés.
Certains d’entre eux retraversent la frontière pour aller chercher les biens qu’ils peuvent récupérer. Gérard Macumi a fait déménager sa famille dans une maison sans fenêtre et recouverte d’un toit qui coule. L’homme de 25 ans raconte : « J’ai abandonné mes chèvres et mes poules. Je n’ai même pas pris des vêtements de rechange. » Il soupire et ajoute : « Lorsque vous avez des problèmes avec les Imbonerakure, vous ne pouvez vous plaindre à personne. C’est le gouvernement qui les envoie, et ils sont plus forts que l’armée. »
Comme plusieurs autres, M. Macumi a décidé de partir après qu’une station de radio de l’opposition a rapporté que les factions se préparaient pour la « guerre » et que des armes étaient « distribuées » aux Imbonerakure. Il déclare : « Lorsque j’ai vu mes voisins partir, je suis parti aussi. »
Selon les autorités rwandaises, près de 6 000 Burundais(e)s ont récemment traversé la frontière, et les réfugié(e)s ne cessent d’affluer. Environ un millier arrive au Rwanda chaque jour.
Ce n’est pas facile de traverser la frontière. Lors de la première tentative de M. Minani, les Imbonerakure l’ont intercepté. Il raconte : « Ils ont volé nos chèvres et … nous ont obligés à retourner chez nous. »
M. Minani affirme que le groupe de jeunes occupe des positions le long de la frontière. Il explique : « Les gens essayaient de traverser [la frontière] sous la pluie. Mais les Imbonerakure ont dressé des tentes à la frontière [alors ils sont] capables de nous surveiller en tout temps. » Il soutient que les jeunes des Imbonerakure tabassent généralement les personnes qu’ils interceptent. Ses compatriotes hochent la tête pour confirmer ses dires.
Pour lire l’article duquel provient l’histoire intitulée « Des milliers de Burundais terrorisés à l’approche des élections se réfugient au Rwanda », cliquez sur : http://www.afriqueexpansion.com/depeches-afp/20166-2015-04-16-17-33-15.html
Pour en savoir davantage sur la situation au Burundi, consultez l’article : Burundi on the brink (« Le Burundi sur le seuil »): http://www.pambazuka.net/en/category.php/features/94597 (en anglais seulement)