Inoussa Maïga | décembre 22, 2014
Pauline Tani Lankoandé ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire quand elle parcourt son champ à maturité. C’est presque inespéré de produire autant de sorgho, de niébé et d’arachide sur une terre aussi dégradée. Toujours souriante, elle dit : «Quand je parcours mon champ en maturité, c’est difficile de contenir ma satisfaction […] Mon silo de niébé est rempli et la récolte n’est même pas encore finie ».
Mme Tani Lankoandé a développé le même rituel depuis plusieurs jours. Elle se lève très tôt le matin pour revenir de son champ avec un sac rempli de récolte. Mais pour arriver à de tels résultats agricoles, ce fut une véritable lutte.
Mme Tani Lankoandé vit à Sagadou, un village dans l’est du Burkina Faso. Avec une pluviométrie des plus faibles,des sols dégradés et les effets du changement climatique. les conditions de production agricole sont précaires. Plusieurs années durant, elle a constaté une baisse de ses récoltes. Elle n’avait pas d’animaux pour espérer avoir de la fumure organique etelle ne pouvait pas non plus se procurer des engrais chimiques.
Mais, Mme Tani Lankoandé ne baisse pas les bras pour autant. Elle se rappelle : « Je cherchais le moyen d’améliorer la fertilité du sol de mon champ sans pour autant exiger des moyens financiers dont je ne dispose pas. J’ai d’abord essayé les cordons pierreux pour retenir l’eau mais le résultat n’était pas à la hauteur de mes attentes. J’ai alors eu l’idée d’utiliser des feuilles mortes des arbres comme fumure organique. L’avantage est que je pouvais ramasser les feuilles mortes partout ».
Mme Tani Lankoandé est partie d’un simple constat que les résidus de feuilles mortes charriées par les eaux de pluies enrichissent le sol par endroit. Elle collecte donc les feuilles mortes, qu’elle dispose par petit tas dans son champ. Elle explique : « [Je prenais] le soin d’ajouter de la cendre pour éviter que les termites n’attaquent mes tas de feuilles mortes et surtout que le vent de l’harmattan les emporte. Puis j’attends les premières pluies pour épandre cette matière sur toute la superficie du champ. Passée cette étape ce sont les labours à la charrue et tout ce qui s’en suit pour que les plans croissent normalement ».
Tout au long de la campagne agricole, Tani Lankoandé constate une nette différence entre les plants de la partie de son champ où elle a pu mettre les feuilles mortes et les plants de la partie où elle n’a pas pu mettre les feuilles mortes.
Au début, Mme Tani Lankoandé était presque seule. Paul, son époux, disait : « Je reconnais que quand ma femme a entrepris cette pratique, j’étais perplexe et pessimiste. Mais aujourd’hui je suis plus que fier d’elle. Elle a inspiré beaucoup de cultivateurs dans les environs qui l’imitent et les résultants sont probants ».
Fatimata Ouoba a vu Mme Tani Lankoandé collecter des feuilles en saison sèche et les empiler. Mme Ouoba témoigne : « Quand débute la saison pluvieuse, son champ se présente bien et elle obtient de meilleures récoltes que nous. Alors on a suivi son exemple et nous ne le regrettons pas. Loin s’en faut. Nous aurons de meilleurs rendements que de par le passé ».
La technique de fertilisation par les feuilles mortes de Mme Tani Lankoandé commence à voyager et à intéresser de plus en plus de monde, et pas que les agricultrices et les agriculteurs. Des chercheur(e)s de l’Institut national pour l’environnement et la recherche agricole (INERA) ont examiné le processus et ont conclu qu’à moyen et long terme, l’innovation de madame Lankoandé est efficace et peu contribuer à augmenter le rendement agricole des terres dégradées.
George Zoumboudré est le directeur régional de l’est de l’INERA. Il explique : « C’est une innovation, un savoir faire local que nous allons effectivement encourager et poursuivre les investigations ».
Mme Tani Lankoandé aura l’occasion de présenter son innovation à Ouagadougou lors de la Foire des Innovations Paysannes en Afrique de l’Ouest qui se déroulera en mai 2015. Elle dit : « Cette pratique a changé positivement ma vie en accroissant le rendement de mon champ. Pour cette année et pour les années à venir ma famille ne manquera pas quoi se nourrir ».