Harouna Sana | juin 11, 2023
Le soleil est au zénith à Mogtédo, une localité située à environ 100 kilomètres de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Saydou Pacéré est assis à l’ombre d’un karité. Il se repose après avoir creusé des trous zaï dans son champ de quatre hectares toute la matinée, en vue de la saison pluvieuse. Il cultive du maïs, du sorgho et du niébé. Il déclare : « Sans ces techniques culturales, je ne récolte rien dans mon champ. »
Monsieur Pacéré utilise les cordons pierreux, les trous zaï et les demi-lunes pour enrichir son champ et obtenir de bonnes récoltes. Dans le village de Mogtédo, comme ailleurs au Burkina Faso, les terres sont dégradées et appauvries à cause du changement climatique et des mauvaises pratiques agricoles.
Monsieur Pacéré affirme qu’il faut enrichir ces sols avant de pouvoir les exploiter. Il ajoute : « Il est difficile de produire maintenant si on n’adopte pas les techniques agricoles d’enrichissement et de rétention d’eau. »
Pour retenir l’eau de ruissellement, monsieur Pacéré a fait des cordons pierreux sur la terre en pente de l’ensemble de son exploitation agricole. Ces barrières empêchent l’eau de pluie de ruisseler le long des pentes et lui permettent de s’infiltrer dans le sol et de le garder humide. Pour y parvenir, monsieur Pacéré dispose des rangées des cailloux les unes contre les autres, suivant les courbes de niveau, dans le sens contraire à l’écoulement des eaux de pluie. Les cordons pierreux freinent l’écoulement des eaux et retiennent la terre, les feuilles mortes et d’autres débris qui enrichissent le sol.
Monsieur Pacéré creuse des trous sur certaines parties de son terrain qui sont bordés de cordons pierreux. Ces trous portent le nom de trous zaï. Ces trous sont alignés ou en quinconce et espacés d’au moins 50 centimètres. Ils mesurent 40 centimètres de diamètre et 20 centimètres de profondeur et servent à recueillir et retenir l’eau de pluie. Les agriculteurs et les agricultrices ajoutent du compost ou d’autres engrais organiques, et sèment par la suite dans ces trous à l’arrivée des premières pluies.
Une autre technique que monsieur Pacéré utilise est la demi-lune. Il s’agit de grands trous creusés sous forme de demi-cercle de quatre mètres de diamètre et de 25 centimètres de profondeur. Ils sont orientés dans le champ comme les trous zaï, et légèrement remplis avec de la terre mélangée à de l’engrais organique.
En plus, monsieur Pacéré utilise également de la fumure organique ou compost produit à partir de résidus de culture, d’herbes et de déjections d’animaux. Pour faire le compost, il mélange ces matériaux dans une fosse creusée dans le sol. Il arrose et remue le mélange pendant au moins 10 semaines pour obtenir du compost fini.
Boukaré Sankara est un technicien des eaux et forêts au ministère de l’Environnement du Burkina Faso. Il soutient que les demi-lunes, les cordons pierreux et les trous zaï sont des moyens efficaces pour conserver l’eau et enrichir les sols. Selon monsieur Sankara, ces techniques, associées au compost permettent de fertiliser les sols et de préserver leur humidité pendant la sécheresse. Il ajoute qu’une bonne utilisation de ces méthodes permet aux producteurs et productrices de doubler ou tripler leurs rendements. Il soutient que ces techniques ont déjà permis de récupérer au moins 46 % de sols dégradés au Burkina Faso, selon les statistiques du gouvernement.
Avec ces bonnes pratiques culturales, monsieur Pacéré produit suffisamment et est à l’abri des disettes. Il déclare avec fierté : « Grâce à ces techniques, j’ai des surplus de production ces dernières années que je vends pour m’occuper de ma famille. J’ai construit une maison en parpaing et j’ai inscrit mes enfants à l’école. »
