Nelly Bassily | avril 11, 2011
Maxime Ouoba est dédié a la culture du coton biologique. Il justifie son engagement dans la production du coton bio en disant: « Il n’a pas d’effets néfastes sur la santé du producteur. La culture biologique me permet également de maintenir durablement la fertilité de mon champ. J’ai choisi de produire du coton biologique parce que ce mode de production me convient. »
M. Ouoba est un agriculteur de la région de l’est du Burkina Faso. Il s’est lancé dans la culture du coton avec l’avènement du programme de promotion du coton biologique. Ce programme a démarré en 2004, grâce a l’ONG Helvetas.
À l’époque, on comptait 72 producteurs qui produisaient environ 12 tonnes de coton graine. En 2008, près de 7000 producteurs cultivaient un peu plus de 2200 tonnes de coton graine. Cette expansion rapide avait suscité beaucoup d’espoir, tant au niveau des producteurs que du personnel du projet.
Mais aujourd’hui, les producteurs et le personnel du projet se disent inquiets pour l’avenir du coton biologique, suite à la vulgarisation du coton GM. Déjà, en 2009, des gènes d’OGM avaient été retrouvés dans les récoltes de coton bio. À l’époque, à peine 10% des producteurs de coton conventionnel avaient adopté le coton GM. Suite à la diffusion massive du coton GM, près de 90% des producteurs de coton conventionnel avaient adopté le coton GM dès 2010.
Le coton biologique peut être contaminé de plusieurs façons. Les semences de coton bio peuvent être mélangées avec des semences GM ou des semences conventionnelles avant la plantation.
La pollinisation croisée est possible entre les champs de coton GM ou de coton conventionnel et les champs de coton biologique voisins. La contamination peut se produire suite à un mélange (qu’il soit intentionnel ou non) durant le stockage, le transport ou la transformation.
Les promoteurs du coton biologique estiment que le programme de coton biologique du Burkina Faso est menacé. Pierre est un technicien du programme de promotion du coton bio. Il dit avec regrets qu’ « aujourd’hui, il est quasiment impossible de produire du coton bio à 100%. Ce que l’on cherche à faire, c’est réduire le niveau de contamination. »
Un autre technicien confie: « Il y a seulement deux ans, notre mission était d’enrôler toujours plus d’agriculteurs dans la production du coton bio. Aujourd’hui, notre priorité est de retenir ceux qui s’y investissent depuis quelques années déjà. »
En 2010, le nombre de producteurs de coton bio a diminué pour n’atteindre quelques 2400 producteurs. Un élément pour expliquer cette déperdition est lié aux mesures prises pour minimiser les risques de contamination. Georges Giébré est chargé du programme de coton bio. Il explique: « Sur le conseil de l’Institut national pour l’environnement et la recherche agricole, nous avons demandé aux producteurs de respecter une distance de sécurité d’au moins 100 mètres entre les champs de coton bio et ceux de coton GM. » Mais il est difficile pour les agriculteurs de se conformer à cela, à cause de la taille et de la disposition de leurs terres.
La seconde mesure prise est l’interdiction de la culture du coton bio et du coton GM sur une même exploitation. Cette mesure a écarté plus de femmes. M. Giébré explique: « Avant, sur une même exploitation, les hommes cultivaient le coton conventionnel et, à côté, les femmes cultivaient le bio. Mais avec les OGM, cette cohabitation n’est plus possible. Si, sur une exploitation, il y a déjà un champ de coton GM, il n’est plus possible d’y cultiver du coton bio. C’est ainsi que beaucoup de femmes ont été écartées. »
Poussé à abandonner la culture du coton bio, Moustapha, la quarantaine passée, considère sa situation avec une dose de fatalisme. Il confie: « On m’a dit que je ne pouvais plus cultiver de coton bio car mon champ est entouré de champs de coton GM. Si on te dit que tu ne peux pas produire et que tu insistes, à la récolte, on déclasse ton coton. » Le coton qui passe du bio au conventionnel reçoit un prix moins élevé.
Faut-il alors se préparer à un arrêt définitif de la production du coton bio au Burkina, dans les années à venir? M. Georges Giébré, le chargé du programme, reconnaît que « les menaces exercées par l’introduction du coton GM sont réelles et sont prises avec le plus grand sérieux. Mais cela ne remet pas en question la viabilité du programme. »
Certains producteurs suggèrent la création de zones séparées pour le coton bio et le coton GM. Cette proposition aurait besoin d’un appui de l’État. En ce moment, il y a trois grande régions de production de coton au Burkina Faso. Le coton bio est produit dans la région est.
En attendant de trouver des solutions durables, l’unique arme que détient le personnel du programme est la sensibilisation. « Nous encourageons nos producteurs à discuter avec leurs voisins avant l’entamer la saison pour savoir qui compte produire quoi et à quel endroit sur son exploitation. Ainsi, ils peuvent négocier avec les producteurs de coton GM pour qu’ils décalent un peu leur champ ou qu’ils le placent d’un autre côté de leur exploitation » confie le technicien Pierre, pas sûr que cela soit une solution durable.