Ouabouè Bakouan | mars 14, 2024
Nouvelle en bref
En 2022, chaque lundi était un jour de vaccination pour les bébés au Centre Médical Urbain de Dano, dans la région sud-ouest du Burkina Faso. Issouf Ouédraogo, un jeune entrepreneur, est arrivé au centre élégamment habillé, avec son bébé de huit mois attaché à sa poitrine. Il venait pour la pesée mensuelle, et était l'un des rares hommes. Une jeune femme nommée Aminata Sawadogo a regardé M. Ouédraogo avec admiration. Elle a dit : « Ça m'aurait plu que mon mari m'accompagne comme cela. Une femme ne devrait pas être seule pendant les moments difficiles de l'accouchement et les premiers moments de la vie du bébé. » Certaines personnes méprisent les hommes qui accomplissent des tâches que la société attribue typiquement aux femmes. Mais M. Ouédraogo veut que cela change. Il était au côté de sa femme tout au long de la grossesse, de l'accouchement, et maintenant dans l'éducation de l'enfant. Il croit que les hommes jouent un rôle important dans le développement et le bien-être de leurs familles.
À 8 heures du matin à Dano, dans la région sud-ouest du Burkina Faso, à environ 280 km de la capitale, Ouagadougou, des femmes se regroupent en petits cercles autour d’une poignée de sages-femmes dans la cour du Centre Médical Urbain de Dano. Chaque lundi est un jour de vaccination pour les bébés et la cour est bondée de mères. Certaines sont venues pour la pesée mensuelle de leurs nouveaux-nés, tandis que d’autres sont là pour leur consultation prénatale.
Comme ailleurs dans les parties rurales et semi-rurales du Burkina Faso, les croyances traditionnelles ont une grande influence sur la vie quotidienne des familles. L’une de ces croyances est que les femmes sont responsables des travaux ménagers et des soins aux enfants. Mais un homme s’engage pour le bien-être de sa famille. Et il le montre en aidant sa femme dans de nombreuses tâches normalement attribuées aux femmes.
Un lundi de 2022, cet homme a attiré l’attention des femmes du Centre de Santé de Dano. Son nom est Issouf Ouédraogo, et c’est un jeune entrepreneur. M. Ouédraogo est arrivé au centre élégamment habillé, avec son bébé de huit mois attaché à sa poitrine. Il est venu pour la pesée mensuelle, et était l’un des rares hommes présents ce jour-là.
Quelques femmes lui ont jeté des regards curieux ; elles n’étaient pas habituées à voir un homme faire ce genre de travail.
Une jeune femme nommée Aminata Sawadogo a regardé M. Ouédraogo avec admiration. Elle a dit : « Ça m’aurait plu que mon mari m’accompagne comme cela. Une femme ne devrait pas être seule pendant les moments difficiles de l’accouchement et les premiers moments de la vie du bébé. »
Abibou Drabo est une autre jeune mère qui a dit que Mme Ouédraogo a beaucoup de chance. Le mari de Mme Drabo n’emmènerait jamais leur enfant au centre de santé car il s’inquiète de ce que les gens penseraient de lui.
Elle a dit que certaines personnes méprisent les hommes qui accomplissent des tâches que la société attribue aux femmes. Les croyances locales maintiennent que puiser de l’eau, porter le bébé et aller au marché sont des tâches pour les femmes. Certains disent que pour les hommes, faire ces tâches nuit à leur honneur.
Mais d’autres, comme M. Ouédraogo, ne sont pas d’accord. Sa vision du rôle d’un homme dans la famille et le ménage est beaucoup plus large.
M. Ouédraogo dit qu’il a été au côté de sa femme tout au long de la grossesse, de l’accouchement, et maintenant dans l’éducation de l’enfant. Il reconnaît les croyances de sa communauté, mais ne les partage pas. Il croit que les hommes jouent un rôle important dans le développement et le bien-être de leur famille. C’est pourquoi il veut aider à changer les mentalités des gens de sa communauté.
M. Ouédraogo demande : « Si un couple a un enfant, pourquoi confier la garde uniquement à un parent ? »
Il dit qu’il n’y a que des avantages quand un mari soutient sa femme, et il invite les autres à considérer leurs épouses comme leurs sœurs ou leurs mères. Qui ne voudrait pas aider sa sœur ou sa mère ?
Jeanne Somda est sage-femme au Centre Médical Urbain de Dano depuis plus de 15 ans et était présente lorsque la femme de M. Ouédraogo a accouché. Elle se souvient avoir pensé que les actions de M. Ouédraogo étaient temporaires, comme beaucoup d’hommes qui accompagnent leurs épouses lors de l’accouchement. Voyant qu’il continue d’être un mari et un père soutenant, elle l’applaudit.
Elle a dit : « J’apprécie vraiment les actions de M. Ouédraogo et j’encourage d’autres hommes à suivre son exemple. »
Pour Mme Somda, M. Ouédraogo représente un mari modèle qui écoute sa femme et sa famille et prend soin de son bébé. Elle note qu’il est actif lors des visites chez le docteur et essaie d’améliorer la nutrition de son jeune enfant. Le bénéfice, dit-elle, est un bébé en bonne santé et une famille heureuse.
André Bayala est sociologue. Il dit que changer les comportements et les croyances traditionnelles est une tâche à long terme. M. Bayala dit que le changement positif viendra, grâce à des personnes comme M. Ouédraogo, mais cela peut prendre du temps.
Malgré la lenteur du changement, M. Ouédraogo n’est pas découragé. Avec le soutien de Mme Somda la sage-femme, il espère créer un club d’hommes qui participent aux rendez-vous médicaux de leurs enfants.
Le jeune père dit être heureux de voir d’autres hommes amener leurs épouses et leurs enfants au centre de santé. M. Ouédraogo espère que ses actions inspireront d’autres hommes et amélioreront le bien-être des familles dans sa communauté.
Photo : Issouf Ouédraogo avec son bébé au centre médical urbain de Dano. Crédit : Bakouan Ouaboué.
La présente ressource a été produite pour le projet VIMPlus. VIMPlus fait partie du programme de renforcement de la résilience au Sahel de l’USAID (RISE) qui aide les communautés vulnérables au Burkina Faso et au Niger à se préparer et à gérer efficacement les crises récurrentes et trouver des moyens durables pour sortir de la pauvreté.